Il y a quelques années, le romancier français Alain Dubos entreprenait de raconter à ses lecteurs la saga des Français d'Amérique.
Il le fait avec un parti pris évident et réconfortant. D'un côté, les braves gens. De l'autre, les salopards. Ces salopards, ce sont les Anglais. Ou les Américains.
C'est clair, c'est net, c'est sans bavure.
Il y a eu Acadie, terre promise, suivi de Retour en Acadie. Puis l'action s'est déplacée en Louisiane avec La Plantation de Bois-Joli et La Baie des maudits.
L'an dernier, Alain Dubos tournait le dos à ses chers Acadiens pour s'intéresser à la vie de Louis Riel dans Rouges Rivières.
Il nous revient cette année avec Les Amants du Saint-Laurent, publié par les Presses de la Cité.
L'histoire débute à Montréal en 1832. L'année où, place d'Armes, la troupe tira sur une poignée de gens qui fêtaient trop bruyamment la victoire électorale d'un des leurs. Bilan, trois morts. Les premiers martyrs de la rébellion.
Le notaire Louis Fonteneau a deux fils : Julien et Frédéric.
Julien, c'est l'aîné. Lui, il a choisi la voix de la «raison». Il a épousé une aristocrate et gère sagement la seigneurie de Beauharnois. Un «loyal», plus ou moins rallié à la cause des Anglais.
Frédéric, le cadet, est un être entier, généreux et enflammé. Il rompt ses fiançailles avec la fille d'un riche marchand parce qu'il lui préfère Adeline, la fille d'un «laboureur» de Stanfold. Ne cherchez pas sur une carte, Stanfold s'appelle maintenant Princeville.
Il délaisse l'étude de son père et se lance dans le journalisme. D'abord Le Canadien puis La Minerve, le journal de Ludger Duvernay.
À l'époque, les esprits sont survoltés. Louis-Joseph Papineau a déposé ses 92 propositions. Propositions destinées à mettre fin à la corruption, aux cumuls et au népotisme.
Tout le monde attend la réponse de Londres.
Cette réponse se fera attendre trois ans. Et ce sera une fin de non-recevoir.
Le reste de l'histoire, vous la connaissez mieux que moi. Terrible automne 1837. Où les Patriotes se feront massacrer par Colborne, l'un des vainqueurs de Waterloo.
L'intérêt de ce livre, c'est aussi l'interaction entre Frédéric et son frère Julien qu'il sauve d'un sanglant règlement de compte.
Les Patriotes vus par Alain Dubos, ce sont de grandes gueules sympathiques : mal armés, mal organisés, mal préparés, mais équipés d'espérance, d'enthousiasme et d'inconscience.
Cette façon de voir se défend.
Ce qui se défend moins bien, c'est le reste. À commencer par l'illustration de la page couverture. Aucun rapport avec le contenu.
Tout au long de ce roman, il y a des problèmes de géographie et de vocabulaire. Ce n'est pas gênant pour un public français, mais cela peut être agaçant pour un public québécois.
Un exemple, un seul : dans ce Bas-Canada qu'évoque Alain Dubos, il n'y a pas un seul habitant. Il n'y a que des... laboureurs!
Témoignage de l'immense fossé linguistique et culturel qu'il y a entre la France et le Québec.
L'auteur dit s'être servi de «l'excellent et jubilatoire Petit Guide du parler québécois de Mario Bélanger». De toute évidence, cela n'a pas suffi.
Alain Dubos aurait dû faire relire sa copie par un Québécois. Qui aurait pu lui suggérer quelques corrections.
Pourquoi ai-je consacré cette chronique à ça? Pour vous dire à quel point le roman historique est un genre hasardeux. Des détails, des petits mots de rien du tout peuvent foutre par terre un récit honnête et documenté!
Claudette Lévesque nous suggère de lire Les Filles de Lori Lansens (Alto) : «On découvre l'histoire fascinante de jumelles craniopages [soudées à la tête]. À l'aube de la trentaine, leur destin est scellé car la survie dépasse rarement
30 ans dans ce type de malformation. Une jumelle commence le récit de sa vie et incite sa soeur à en faire autant, mais celle-ci se prête à l'exercice avec plus de réticence. Cela donne droit à un récit palpitant et malgré leur proximité on découvre que leur vie a été différente.
«Rose et Ruby ont d'ailleurs des goûts très différents et c'est aussi la richesse de leur vie hors du commun. Jamais d'apitoiement ou de misérabilisme dans la narration. On découvre leur quotidien sans jamais s'ennuyer et leur vie peu banale nous tient en haleine jusqu'à la fin.
«La justesse et la sensibilité de l'auteur nous font croire à une histoire vécue, on dit que c'est une fiction. L'alternance du récit de l'une et de l'autre donne un style différent d'un chapitre à l'autre.
Je recommande chaleureusement ce livre captivant.»
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