En l'espace d'une génération, le Québec et le reste de l'Amérique du Nord sont entrés de plain-pied dans la modernité. La modernité en question, c'est l'épanouissement du capitalisme industriel et le développement des grands centres urbains.
Un événement qui fera date : en juillet 1836 fut inaugurée la première ligne de chemin de fer du Bas-Canada. Elle reliait La Prairie à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Une année avant la rébellion des Patriotes!
Déjà , à Montréal, existait ce qu'on peut appeler un prolétariat urbain. La fièvre qui s'était emparée des esprits dans les années 1830 s'explique autant par des raisons politiques (les 92 propositions de Papineau) que par des raisons socioéconomiques (précarité, chômage, misère).
Quelques livres pour mieux suivre cette évolution.
Dans Le rêve américain de Champlain (Hurtubise), Christian Morissonneau évoque les intuitions de Champlain. Un Champlain qui croyait que le Nouveau Monde pourrait créer une société de petits propriétaires terriens, libres et égaux.
Champlain rêvait d'une «France nouvelle» plutôt que d'une Nouvelle-France, écrit l'auteur qui enseigne à l'Université du Québec à Trois-Rivières.
Pour sa part, Allan Greer, professeur d'histoire à McGill, affirme que la Nouvelle-France a été bâtie autant par les autochtones que par les nouveaux venus européens.
Son développement, explique-t-il dans La Nouvelle-France et le Monde (Boréal), a emprunté des voies de contacts qui, à partir de la vallée du Saint-Laurent, s'enfoncent et se ramifient dans le territoire nord-américain et les cultures autochtones.
Il est vrai que la Nouvelle-France était un immense territoire qui s'étendait bien au-delà des limites du Québec actuel. Elle a laissé son empreinte dans la région des Grands Lacs et la vallée du Mississippi.
La Conquête n'est pas un phénomène isolé. Elle est la conséquence du premier véritable conflit mondial de l'histoire, la guerre de Sept Ans.
De fait, les théâtres d'opération de cette guerre se trouvaient en Europe, principalement, mais aussi en Amérique du Nord, en Asie et sur les côtes africaines.
Dans le cadre du 250e anniversaire de la Conquête, Charles-Philippe Courtois publie La Conquête, une anthologie (Typo).
Professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean, l'auteur propose un «panorama très large des interprétations, souvent divergentes, auxquelles a donné lieu la perte du Canada pour la France, de la part des écrivains et des historiens québécois, mais aussi des Canadiens anglais, des Britanniques, des Français et des Américains».
On trouve dans cette anthologie ce qu'ils ont dit à propos de la Conquête. Extraits provenant de la littérature, de témoignages, de correspondances et d'études historiques ou sociales.
Trois parties dans ce livre : le conflit comme tel, les interprétations qu'on peut en tirer et des réflexions sur ses conséquences.
Un document magistral.
Responsable des cours en science politique et en histoire à la TÉLUQ, Éric Bédard est féru de politique et d'histoire.
Dans Les Réformistes (Boréal), il s'intéresse aux enjeux qui ont eu cours au Québec du soulèvement de 1837 jusqu'aux débats des années 1860. Une période marquée par la morosité et le désenchantement.
Dans ce climat, «toute une nébuleuse de personnages influents, appelés les Réformistes, orientera de façon déterminante les décisions prises au nom de la nationalité canadienne-française».
Lesquels? Étienne Parent, Louis-Hippolyte Lafontaine, Augustin-
Norbert Morin, Georges-Étienne Cartier, Joseph-Édouard Cauchon, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, Antoine Gérin-Lajoie, Hector Langevin.
Un mot pour signaler la biographie de Jacques Viger, l'un des hommes importants des années 1830 : journaliste au Canadien, capitaine dans le corps des Voltigeurs, inspecteur des grands chemins, conseiller municipal puis maire de Montréal.
Signée Léo Beaudoin et Renée Blanchet, cette biographie s'intitule Jacques Viger (vlb éditeur).
Au milieu du XIXe siècle, ici comme ailleurs, le milieu ouvrier prend conscience de sa réalité et s'organise.
Professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa, Peter C. Bischoff publie Les débardeurs au port de Québec (Hurtubise).
Ce volumineux bouquin est une chronique des luttes syndicales au port de Québec entre 1831 et 1902. Les quais bourdonnent d'activité. C'est là qu'arrivent les grands radeaux de bois en provenance de l'Ontario. Les fameuses cages. Chaque année, plus d'un millier de navires viennent prendre livraison de ce bois destiné aux Britanniques.
Voilà qui fournit de l'emploi à de nombreux débardeurs, mais le travail est dur, dangereux et mal payé.













