Cette France-là est monstrueuse

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Le biographe Jean-Paul Sermonte publie chez Broquet un... (Archives La Presse)

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Le biographe Jean-Paul Sermonte publie chez Broquet un livre entièrement consacré au roi-poète : Félix Leclerc, que l'on voit ici en 1970.

Archives La Presse

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Ce matin, je me proposais de faire le point sur les grands prix littéraires après l'attribution, cette semaine, de l'Interallié à Yannick Haenel pour Jan Karski (Gallimard). Un livre que je vous avais recommandé.

Je ne le ferai pas parce que ce serait aussi dérisoire que de pisser dans un violon.

Année après année, ce sont les mêmes maisons d'édition qui raflent la mise. Gallimard et Grasset au premier rang.

À croire que c'est réellement arrangé avec le gars des vues.

Cette année, comme par les années passées, des romans dignes de considération n'ont pas été retenus au profit de romans parfois discutables. Ou légers. Ou abscons. Ou inintéressants.

Obnubilés par l'importance qu'ils se font d'eux-mêmes, les jurys ont l'air d'oublier qu'un bon roman, c'est d'abord une bonne histoire. J'insiste : une bonne histoire.

Je ne dis pas ça pour le roman de Dany Laferrière, L'énigme du retour, qui est un livre bien écrit et agréable à lire. Mais ce n'est pas une oeuvre majeure. Loin s'en faut.

Place à une anecdote. Qui a beaucoup fait saliver les Cocoricos.

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Après l'attribution du Goncourt à Marie NDaye pour son très barbant Trois femmes puissantes, un journaliste facétieux a ressorti une entrevue qu'elle avait donnée aux Inrockuptibles cet été.

Son propos sur la France de Sarko était corrosif :

«Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous [son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants] ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : «La droite, c'est la mort. Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus.»

Gros émoi dans l'Hexagone.

Le député sarkoziste Éric Raoult a rappelé Marie NDaye à l'ordre en affirmant que les lauréats du prix Goncourt avaient un «devoir de réserve».

La gogoche s'est mobilisée pour se moquer du député.

Bernard Pivot est monté au créneau pour défendre sa lauréate.

Et tout Paris a bien ri.

Puis, sur Europe 1, Marie NDaye s'est efforcée de contrôler les dommages avant de demander l'arbitrage du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand.

Qui s'en est sorti avec une pirouette :

«Les écrivains qui reçoivent le Goncourt ont le droit de dire ce qu'ils veulent. Éric Raoult, qui est un ami et un homme très estimable, a le droit de dire ce qu'il pense. Je n'ai pas à arbitrer entre une personne privée qui dit ce qu'elle veut dire et un parlementaire qui dit ce qu'il a sur le coeur.»

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Un mot encore sur les prix littéraires pour parler du Robert-Cliche, attribué à Olivia Tapiero pour Les murs.

Un premier roman magnifiquement écrit, mais tout aussi magnifiquement déprimant.

C'est l'histoire d'une ado anorexique et intoxiquée par la coke qui se mutile et qui a des tendances suicidaires. Ses parents la font hospitaliser pour tenter de la remettre sur le sens du monde.

Elle se cabre, mais finit par faire ce qu'on attend d'elle pour sortir de l'hôpital.

Un récit froid, précis, clinique, souvent morbide.

Le prix Robert-Cliche est-il un vrai prix littéraire? Attribué par vlb éditeur à un premier roman, ce prix est devenu un outil de promotion exclusivement réservé à son commanditaire.

Cette année, le jury était composé de Louise Portal, Mathieu Simard et François Hébert.

Olivia Tapiero étudie la littérature à McGill. Sur le plan littéraire, ses modèles sont Marcel Proust, Virginia Woolf, Antonin Artaud et Georges Bataille.

Ce roman, Les murs, avait été soumis à un éditeur parisien qui l'a refusé.

C'est en hommage au juge Cliche, grand amateur de littérature, que le prix Robert-Cliche avait été créé en 1979. Il visait à stimuler le goût de l'écriture chez les jeunes et à leur permettre de publier un premier ouvrage.

Pierre C. Poulin signe une très intéressante biographie du juge Cliche aux Presses de l'Université Laval. Un opuscule de 220 pages qui s'intitule Robert Cliche, juge, politicien et humaniste.

En prime, de nombreuses photos.

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Le biographe Jean-Paul Sermonte publie chez Broquet un livre entièrement consacré au roi-poète : Félix Leclerc.

C'est un livre qui s'efforce de faire entrer le lecteur dans le monde poétique de Félix Leclerc.

Entrer dans le monde poétique de Félix Leclerc, écrit Sermonte, «c'est comprendre que les poètes sont là pour nous révéler ce que nous ne savons plus voir, plus deviner : que chaque feuille d'automne est un tableau de maître, que le temps qui se rit de nous n'est pas digne de nos angoisses.»

Dans ce beau livre de 232 pages grand format, de nombreuses illustrations, une biographie du poète, une étude de son oeuvre, sa discographie et les témoignages de Frida Boccara, Raymond Devos, Yves Duteil, Léo Ferré, Francis Lemarque, Fabienne Thibeault, Cora Vaucaire, Gilles Vigneault.

Félix Leclerc, écrit encore Sermonte, c'est le chant d'un peuple.

Et il dit aussi : «Si l'oreille humaine pouvait percevoir le chant des arbres et des nuages, le chant du brin d'herbe et de la lune; si l'homme pouvait traduire le chant des rivières, du vent qui caracole et des torrents en colère, tout ce qu'il entendrait, tout ce qu'il comprendrait ressemblerait étrangement à la voix de Félix Leclerc.»

Ce biographe est lui aussi un poète. Son livre se vend 39,95 $.

Sachez que cet ouvrage est la réédition du livre Félix Leclerc, roi, poète et chanteur publié en 1989 par les Éditions du Rocher, à Monaco. Quelques pages ont été ajoutées pour évoquer la fondation et l'espace Félix-Lelerc à l'Île d'Orléans.

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Si le coeur vous en dit, c'est le temps d'aller faire un tour à Montréal. Pour cause de Salon du livre à la place Bonaventure.

Ça coûte 8 $ pour y accéder et deux ou trois fois ce montant pour stationner le bazou dans le coin.

Une fois encore présidé par la comédienne Mireille Deyglun, cet événement a pris pour thème «le livre, une affaire de famille».

Des centaines d'écrivains seront sur place, notamment Yves Beauchemin, Tonino Benacquista, Monique LaRue, Denis Monette, Grégoire Polet, Gary Victor et Claude Hagège.

Cette 32e édition de la grande fête du livre commémorera le 100e anniversaire de naissance de Gabrielle Roy ainsi que le 50e anniversaire de la mort de Boris Vian.

Pour plus d'infos sur les innombrables et fascinantes activités de ce salon, allez à www.salondulivredemontreal.com.

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