Ça se passe pendant le temps des Fêtes.
Dans un vol Paris-Bangkok de la compagnie émiratienne Etihad Airways, un passager français répond à son voisin qui lui demande la permission de poser un paquet à côté de lui : «Bien sûr, si ce n'est pas une bombe.»
Panique à bord. À cause du mot bombe.
L'avion fait escale à Abu Dhabi, le passager français est arrêté, menotté et jeté en prison. Il y passera plusieurs jours.
Ce malheureux voyageur est un ingénieur retraité. Un homme de 66 ans.
Conformément aux règles internationales en vigueur, tout passager suspect ou plaisantant au sujet du terrorisme peut être arrêté.
Dans un avion, les gars, ne jamais dire que l'hôtesse est une bombe. Même si elle est canon.
Et vous, les filles, n'essayez pas le mot pétard en parlant du pilote.
À bord, nos droits les plus élémentaires n'existent plus. À commencer par le plus fondamental d'entre tous, le droit d'expression.
Les droits et libertés garantis par les constitutions et les chartes prennent fin là où commence un aéroport. Nous y sommes traités comme des bandits de grand chemin : épiés, suspectés, enlignés, déchaussés, déceinturés, déstabilisés, fouillés, palpés, scannés, interrogés, tracassés.
Et dire qu'on paye pour ça!
Pourquoi cette anecdote en intro? Aujourd'hui, il est question d'un livre qui évoque les dangers qui nous menacent et dont il vaudrait mieux que vous ne parliez pas avec votre voisin, la prochaine fois que vous voyagerez en avion.
Ce livre, c'est Le marché noir de la bombe de Bruno Tertrais.
Une enquête de 264 pages sur la prolifération nucléaire publiée par Buchet-Chastel.
Tertrais est un spécialiste des questions de sécurité et de défense nationale. Il exerce ses talents à la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris.
D'une certaine façon, ce livre très documenté est rassurant.
En effet, les experts se sont trompés quand ils prétendaient que les terroristes voleraient des armes nucléaires dans l'arsenal de l'ex-Union soviétique.
La poigne de fer de Poutine et la coopération entre l'Amérique et la Russie ont empêché que cela se fasse.
Ensuite, autant rire des menaces d'Al-Qaida de faire exploser une bombe atomique ou, à défaut, une bombe sale à New York : «Les documents trouvés en Afghanistan dans les camps d'Al-Qaida montrent que l'organisation a fait preuve d'un extraordinaire amateurisme dans ce domaine - confondant, par exemple, matière fissile et matière radioactive.»
Allah est miséricordieux!
Reste enfin le Pakistan et sa centaine de bombes atomiques.
Là, malgré le chaos qui règne dans ce pays, les militaires ont pris les choses en mains. Avec l'aide de l'Oncle Sam, bien sûr.
Tertrais écrit : «Les procédures en vigueur au Pakistan sont de nature à rendre impossible l'emploi non autorisé d'une arme nucléaire, le vol ou l'achat d'une bombe, ou encore des transferts de matières fissiles.»
L'ambition des militaires pakistanais n'est pas de nucléariser Israël ou une métropole occidentale, mais de tenir tête à leurs ennemis jurés. À savoir les forces armées indiennes.
Les pessimistes ont quand même raison de l'être.
Jusqu'à présent, un seul pays a renoncé volontairement à son programme d'armes de destruction massive : la Libye en décembre 2003.
Mais d'autres pays rêvent de posséder de telles armes et s'y préparent.
L'Iran, bien sûr.
Ses besoins en uranium enrichi sont d'ordre militaire.
Le bras de fer actuel entre l'Iran et les pays occidentaux est préoccupant parce qu'il révèle l'impuissance des pays occidentaux.
Lorsque l'Iran aura officiellement rejoint le club des pays détenteurs de l'arme nucléaire, il est à craindre que d'autres pays soient tentés d'en faire autant. Pour des raisons de prestige ou de sécurité.
Selon Tertrais, ces pays sont l'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Algérie et la Turquie.
Ces pays sont tous situés dans la même région. Une région en crise : relations conflictuelles entre le Pakistan et l'Inde, la guerre en Afghanistan, l'instabilité en Irak, les tensions entre chiites et sunnites, le problème kurde, l'islamisation des sociétés égyptienne et algérienne, etc.
Israël détient des armes nucléaires. Nul ne peut prédire son attitude si certains de ses voisins veulent en faire autant. Commentaire d'un officier des forces pakistanaises : «Un déploiement d'armes nucléaires sur le sol saoudien serait de nature à créer une situation pire que celle de la crise de Cuba.»
Le 5 septembre 2007, peu avant minuit, huit F15 et F16 israéliens pénétraient dans l'espace aérien de la Syrie pour aller bombarder un site militaire au bord de l'Euphrate.
Ce site abritait un réacteur atomique à graphite-gaz nord-coréen. Un engin destiné à produire du plutonium de qualité militaire.
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LOUISE PORTAL. La Promeneuse du Cap, HURTUBISE, 176 PAGES
ANNIE CLOUTIER. La chute du mur, TRIPTYQUE, 288 PAGES
TOBIAS HILL. La cité sans murailles, RIVAGES, 368 PAGES
ISABELLE QUENTIN. Le Guide des Tendances 2010, GUIDES IQ, 126 PAGES










