Certains d'entre vous sauteront au plafond en lisant ça. Tant pis pour eux. Le scandale du Watergate, aussi choquant soit-il, ne peut effacer ce qu'a fait Nixon.
Qu'a-t-il fait de si important, de si décisif, de si historique? Il a tendu la main à la Chine pour la sortir de son isolement. Et cela a changé la face du monde. Aujourd'hui, on peut en constater les effets.
La manière dont cela est arrivé vaut d'être contée.
Nous sommes en 1967. En reportage en Chine, un journaliste de la revue américaine Foreign Affairs parvient à rencontrer quelques dirigeants chinois. Il leur demande quelle serait leur réaction si Wa-shington manifestait le désir d'une ouverture entre les deux pays.
Les Chinois répondent qu'ils accueilleraient ce geste avec beaucoup de sympathie.
De retour aux États-Unis, le journaliste publie leur réponse dans sa revue.
Par hasard, Richard Nixon tombe sur cet article. Cela l'inspire. Peu de temps après, dans un discours au Congrès, il déclare que les Chinois forment un grand peuple, un peuple essentiel et qu'il ne devrait pas être tenu à l'écart de la communauté internationale.
On connaît la suite. En novembre 1968, Nixon est élu à la présidence. En janvier de l'année suivante, il s'installe à la Maison Blanche et demande à son secrétaire d'État, Henry Kissinger, d'aller discrètement tâter le terrain en Chine.
Le 15 juillet 1971, Chu En-Lai invite officiellement Nixon à visiter la République populaire de Chine.
Le cours de l'Histoire est constitué de hauts faits officiels. En réalité, l'Histoire est le fruit du hasard et d'événements anodins.
Cette anecdote sur Nixon, je l'ai lue dans un livre dans lequel je ne m'attendais pas à la trouver.
Ce livre s'intitule Ceci n'est pas un roman, c'est ma vie!, il est signé Alain Stanké et il est publié par Michel Brûlé.
Tout le monde connaît Stanké. À cause d'une émission de télé, Les insolences d'une caméra, avec laquelle il divertissait le public radio-canadien dans les années 60.
Stanké est un brillant touche-à-tout qui se définit lui-même comme un «éditeur-épicier-en-gros-journaliste-correspondant-recherchiste-animateur-provocateur-joueur-de-tours». Un amuseur public? Oui et non. Il a beaucoup amusé le public, mais entre deux gamineries, il a su faire des choses sérieuses.
Comme cette entrevue avec Nixon pour le premier numéro du Figaro Magazine, en octobre 1978.
Tout le monde ne jure que par l'entretien de Nixon avec le journaliste anglais David Frost. Hollywood en a même fait un film. Mais on oublie que Stanké a fait tout aussi bien, sinon mieux.
Non seulement il a interviewé Nixon pour le compte du Figaro Magazine, mais il a réussi à le traîner jusqu'à Paris, deux mois plus tard, pour participer à une émission de télé, Les dossiers de l'écran.
Nixon avait exigé de voyager en Concorde et d'avoir un cachet de 30 000 $ pour acheter des jouets à ses petits-enfants.
Le passage de Nixon à la télé française fut mémorable. Trois heures et demie d'antenne et une cote d'écoute de 49 points. Les téléspectateurs pouvaient téléphoner et poser une question. Il y a eu 5000 appels!
Ce 32e livre de Stanké est le troisième tome d'une trilogie commencée en 1969 avec Des barbelés dans ma mémoire et continuée en 1998 avec Y a-t-il une vie après la guerre. Une trilogie dans laquelle il se raconte.
Il est vrai que la vie de Stanké est époustouflante. Doté d'un insatiable appétit de vivre, il a connu la guerre, la faim, le froid, le dénuement, la brutalité des troupes soviétiques, l'horreur des camps de concentration allemands, la vie de réfugié apatride en France.
La chance qu'il a eue, c'est de pouvoir émigrer au Canada.
Dans ce livre, Stanké se met en scène avec gourmandise et délectation. Dès qu'il a le crachoir, il ne le lâche plus. On l'écoute ou on le lit parce qu'il sait raconter, qu'il émaille son propos d'anecdotes, qu'il a tendance à exagérer, parfois même à inventer, et qu'il est souvent drôle.
Le bonhomme est vantard, s'attribue toujours le beau rôle et tourne les coins ronds. Mais il est sympathique et il est le genre de type avec lequel on ne s'ennuie pas.
Ce livre est un livre d'amour. Dans lequel Stanké dit son amour du Québec et des Québécois. Et, surtout, des jolies Québécoises.











