Se vêtir comme on veut est un droit élémentaire!
Au lieu d'ostraciser des musulmanes sous prétexte que leurs codes vestimentaires ne s'harmonisent pas avec les nôtres, nous ferions mieux de leur opposer un idéal supérieur au leur, une tolérance supérieure à leur rigidité mentale.
C'est par la séduction et non par la répression que ces gens venus d'ailleurs adhéreront à nos valeurs.
Me semble que ce n'est pas compliqué à comprendre...
Pour se calmer le pompon, je recommande à tout le monde la lecture - ou la relecture - du très beau livre de la journaliste norvégienne Asne Seierstad, Le libraire de Kaboul.
Pourquoi cette suggestion? Parce que j'émerge du dernier livre de Jacques Godbout, Lire, c'est la vie. Un livre copier-coller de 344 pages que publie Boréal. Dans lequel il évoque le témoignage d'Asne Seierstad.
Elle a porté le niqab dans les rues de Kaboul.
À propos, pourquoi un livre copier-coller? Parce que ce livre est un florilège de chroniques littéraires déjà publiées dans L'actualité entre 1979 et 2009.
Ce livre, explique Godbout, s'adresse à ceux qui souhaitent découvrir des ouvrages qui ont pu leur échapper lors de leur parution.
Un livre jouissif.
Avec le recul du temps, Godbout réécrirait-il les mêmes chroniques?
C'est la question que je me posais en lisant son propos sur Gunther Grass, en février 2001 : «Un auteur exceptionnel à la recherche d'une issue morale.»
Godbout aurait-il manié l'encensoir avec autant d'insouciance en août 2006, après que Grass ait admis avoir menti sur son passé et révélé son engagement dans les Waffen-SS?
Ce livre montre aussi les limites du genre. Un mot assassin un jour, un mot flatteur un autre. Victor-Lévy Beaulieu ne me contredira pas. Selon Godbout, c'est un «démagogue» en août 1984 et un «écrivain génial» en juin 2008. Il est vrai que l'un n'empêche pas l'autre...
Le texte le plus saisissant de Lire, c'est la vie, c'est le portrait du cinéaste Roman Polanski. Parce qu'il est terriblement d'actualité.
En octobre 1984, après avoir lu Roman, Godbout dit de Polanski que c'est un monstre d'égoïsme et de fatuité qui aime se donner en spectacle et qui semble ne posséder aucun monde intérieur : «Polanski nous apprend que la vie se résume à boire, tâter des drogues douces, baiser des jolies filles, rouler dans des voitures de luxe et souffrir tous les deux ans pendant la réalisation difficile d'un film.»
Le réchauffement climatique, ce n'est pas nouveau-nouveau.
Plongé dans la traduction du Voyage au Canada dans les années 1806, 1807 et 1808 de John Lambert, un militaire britannique cultivé, curieux, érudit et sensible, Godbout découvre que le «réchauffement du climat» est déjà un sujet de discussion chez les Canayens!
À l'époque, la révolution industrielle n'est même pas amorcée...
En novembre 1991, Godbout claironne que la vraie vie est dans les livres.
Une hypothèse tirée de la lecture de deux bouquins pointus qui, je le cite, ne s'adressent pas au grand public lecteur : Le Don des morts de Danièle Sallenave et L'Amour du pauvre de Jean Larose.
Extrait de sa chronique du moment : «La vie réelle est à la portée de tous; la vraie vie, celle de la littérature, nous permet d'approfondir la vie réelle, mais demande un effort de l'esprit. En trois heures d'absence au monde, plongé dans un roman russe, vous avez vécu trente ans de plus que votre voisin qui a passé sa soirée au centre commercial; vous êtes donc plus riche, et lui plus pauvre d'être de cette pauvreté qu'aucun bien-être social ne saurait adoucir.»
Le voisin va apprécier!
Mais trois heures pour avaler un roman russe, c'est un exploit. À moins d'être un adepte de la lecture rapide.
La littérature est sans frontières, écrit encore Godbout : «Sans les livres, je n'aurais connu du monde qu'une dimension étroite de l'humanité et une vue paroissiale de nos préoccupations.»
À l'occasion, Godbout se fait volontiers philosophe.
On ne peut être que totalement d'accord avec lui quand il note que «la majorité des gens détestent les questions pertinentes, parce qu'elles mènent à douter des idées reçues; pourtant, la démarche critique est la seule qui permette de distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais.»
Rien d'étonnant qu'il ait invité ses lecteurs, en décembre 2001, à lire Les Consolations de la philosophie d'Alain de Botton et qu'il ait convoqué Montaigne à la barre des témoins. Un Montaigne pour qui «roi ou manant n'ont qu'un cul pour s'asseoir et déféquer, et sont donc égaux».
Et cette réflexion que Naema l'Égyptienne devrait apprécier : «Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.»
Cher Montaigne.
Vous aimerez lire
CHUTES LIBRES
> Destinées aux amateurs d'escalade, une vingtaine de nouvelles sur des moments de rupture. Des nouvelles parfois très courtes : une page, une page et demie. Souvent, des choses intéressantes et bien senties comme celle-ci : «Rien n'a d'importance, dans l'art, lorsque la renommée n'y est pas.» Autrement dit, si vous êtes un artiste renommé, tout ce que vous faites est important et peut être considéré comme une démarche artistique. De là à penser que l'important, dans l'art, c'est la renommée, il n'y a qu'un pas qu'il ne faut surtout pas hésiter à franchir! Dans ce recueil de nouvelles joliment ciselées, je n'ai pas très bien compris le sens de cette phrase : «Une aurore australe illuminant l'obscurité septentrionale.»
LE BATEAU
> Parce qu'elle a des choses à nous dire, la littérature ethnique se vend bien. Se vend souvent mieux que la littérature vernaculaire. Mais, sous prétexte qu'elle a des choses à nous dire, elle se donne parfois le droit d'être plate. Ce n'est pas le cas de Nam Le. Ses sept longues nouvelles sont vibrantes. Au lieu d'exploiter le filon vietnamien, il préfère écrire sur des tueurs colombiens, des orphelins d'Hiroshima, la fête de l'Ashura à Téhéran ou des peintres new-yorkais. En truffant ses récits d'observations fines et pointues. Du genre : «Les jeunes femmes d'aujourd'hui baisent comme si elles avaient la mort aux trousses.» Sa nouvelle la plus prenante, c'est celle qui raconte l'odyssée de Maï à bord d'un bateau de réfugiés vietnamiens dans la mer de Chine. Incroyable...
MA PHILOSOPHIE
> Pour le plaisir, un opuscule léger et sans conséquence. Des aphorismes signés Nadine de Rothschild. Qui vous lance : «Ma profession? Femme.» On avait compris. Mais avant de péter dans la soie, madame la baronne a été ouvrière d'usine sous le nom de Nadine Lhopitalier, modèle pour le peintre Jean-Gabriel Doumergue et comédienne sous le nom de Nadine Tellier. C'est Cendrillon qui a épousé le prince charmant. Et qui constate avec humour et réalisme que le mariage, c'est moitié amour et moitié pardon : «Entre époux, être sourd, aveugle et muet est une preuve d'intelligence.»
J'ÉCRIS PARCE QUE JE CHANTE MAL
> Restons dans la légèreté et la bonne humeur avec cet autre petit livre dans lequel vous croiserez une cohorte de personnages esseulés qui ont jeté la serviette et qui se laissent porter par le courant. Parfois, cela suffira à les rendre heureux. Du moins, c'est l'ambition avouée de l'auteur. Dans ce recueil de nouvelles, il est également question de la dive bouteille. Mais de façon humoristique. À l'instar de cette nouvelle où le narrateur a rendez-vous avec Anne au Petit Medley. Elle lui pose un lapin. Pendant trois heures il cale des bières, réfléchit, prend des notes. Et constate avec philosophie : «Son oubli m'a permis de passer une superbe soirée avec une personne que j'avais perdue de vue depuis trop longtemps.»
Chutes libres DANIEL PIGEON. XYZ ÉDITEUR, 158 PAGES
Le bateau NAM LE. ALBIN MICHEL, 370 PAGES
Ma philosophie NADINE DE ROTHSCHILD. ALBIN MICHEL, 180 PAGES
J'écris parce que je chante mal DANIEL RONDEAU. HAMAC, 210 PAGES










