Le Petit Larousse est arrivé

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Par pitié, tenez vos chères têtes blondes loin de cette chronique. L'arrivée du Petit Larousse
illustré, ça évoque la rentrée des classes!

On est en plein coeur de l'été et ce qui importe, ce sont les grandes vacances.

À se demander où est l'urgence de sortir ce dictionnaire maintenant...

Je vais vous le dire : juillet et août sont les meilleurs mois de l'année pour les librairies agréées. Parce qu'elles approvisionnent les commissions scolaires en livres et en dictionnaires.

Ceci expliquant cela.

Donc, le Petit Larousse illustré 2011 est arrivé. Les Éditions Larousse prévoient en vendre 700 000 exemplaires. Dont 100 000 ici même au Québec.

Son prix de détail suggéré par l'éditeur? À peine 54,95 $.

En réalité, les libraires le proposent pour beaucoup moins que ça. Par exemple 34,97 $ chez Archambault ou 39,99 $ chez Renaud-Bray.

Et un bonus à tout acheteur : Le Plus Petit Dictionnaire Larousse, un micro-dictionnaire de 582 pages mesurant 5,5 cm par 8. Un gadget bien pratique.

Le millésime 2011 du Petit Larousse illustré se présente sous la forme d'un bon gros pavé de 1812 pages, format 15 cm par 23, solide couverture rigide, des illustrations en couleur sur chaque page, des tableaux, des cartes, des planches thématiques, etc.

Plus précisément :

- 59 000 mots usuels, dont 150 sont nouveaux

- 28 000 noms propres parmi lesquels une cinquantaine de nouvelles entrées

- 5000 illustrations

- 321 cartes géographiques

- une chronologie universelle illustrée de 1250 événements

- huit planches thématiques (les coraux, les épices, les plantes carnivores, les prix Nobel de la paix, les habitats traditionnels, les grands ponts, les animaux en voie de disparition, la Coupe du monde de football, etc.)

- les modèles de conjugaison et un mémento grammatical

- des clins d'oeil de dessinateurs jouant avec les mots (Cabu, Catherine Meurisse, Cestac, Charb, Druillet, Fred, Jul, Lecroart, Lewis Trondheim, MissTic, Moebius, Soledad, Wiz, Willem, Wolinski, etc.)

Prêt pour la revue de détail?

Parmi les mots nouveaux, on trouve batucada (musique inspirée de la samba), cheese-cake, coloc, fashionata, footeux (joueur de soccer), locavore (qui ne consomme que des fruits et légumes locaux), mal-logement, métrosexuel, nerd, pop-up, saladerie, scrapbooking, urgentissime, etc.

Certains mots prennent un sens nouveau. Par exemple jacquerie (toute révolte sociale), mille-feuille (organisation ou texte administratif constitué d'un empilement d'éléments sans lien ni cohérence), graphique (bande dessinée pour adulte d'une longueur comparable à celle d'un roman), hussard (enseignant), perdreau (personne qui fait preuve de naïveté), pétage (fait de perdre la tête), etc.

Sans oublier les habituels mots en provenance de la francophonie, histoire de flatter les clientèles africaine, suisse, belge et québécoise après avoir attiré l'attention de leurs médias respectifs.

Cinq mots africains : capacitation (formation visant à reforcer les compétences), coupé-décalé (danse moderne ivoirienne), harraga (jeunes adultes que l'absence de perspectives d'avenir pousse à fuir leur pays), transhumant (personne qui quitte un parti politique pour un autre) et volontaire (fonctionnaire à statut précaire et révocable).

Quatre mots belges : brèle (brin de ciboulette), ket (gamin des rues), outre-Quiévrain (en France) et pelant (lassant, fastidieux).

Si je continue ainsi, vous allez trouver que cette chronique est pelante. Et vous n'auriez pas tort!

Deux mots suisses : secondo (immigré de deuxième génération) et vilipender (gaspiller).

Enfin, huit mots de notre beau et grand Québec : barre (mélange de céréales et de fruits séchés), brassée (linge mis à la machine à laver), chirurgie (chirurgie légère pour laquelle le patient rentre chez lui après l'intervention), citron (automobile ayant de nombreux défauts), gale (plaque de sang coagulé), itinérant (personne sans domicile fixe), relish (condiment aigre-doux) et rince-bouche (solution antiseptique pour l'hygiène buccale).

Autre chose à signaler?

Parmi les nouvelles personnalités accueillies par le Petit Larousse illustré, quatre Canadiens : le cinéaste James Cameron, la danseuse et chrorégraphe Marie Chouinard, la romancière Alice Munro et le dramaturge Wadji Mouawad.

Ils se joignent à la comédienne Sabine Azéma, à l'humoriste Guy Bedos, à l'écrivain François Cheng, à l'activiste Daniel Cohn-Bendit, à l'actrice Penélope Cruz, au philosophe Régis Debray, à l'écrivain Philippe Delerm, au dessinateur Philippe Geluck, à la chanteuse Françoise Hardy, à l'acteur Sean Penn, à la chanteuse Line Renaud, au politicien Jean Ziegler, etc.

Année après année, je suis médusé par l'éclectisme du Petit Larousse illustré. Est-ce un dictionnaire, au sens strict du terme, ou un fourre-tout qui témoigne de l'évolution de la langue et des moeurs (argot et anglicismes) et qui reflète la culture et les préoccupations du moment?

Carine Girac-Marinier et Jacques Florent, les maîtres d'oeuvre de cet ouvrage, répondent que le Petit Larousse relève le défi de «dresser en un volume l'état des lieux de notre société et de son évolution tout en accomplissant sa mission éternelle : semer à tout vent la culture et le savoir et susciter l'envie de prendre part aux grands débats d'aujourd'hui.»

La question reste entière : livre-savoir ou livre-miroir?

À vous d'en juger.

L'Autrichien Thomas Bernhard fut l'un des grands prosateurs de langue allemande. Il a laissé derrière lui un ouvrage qui fut édité à l'occasion du vingtième anniversaire de sa mort.

Publié par Gallimard, ce livre de 178 pages s'intitule Mes prix littéraires.

Un livre dans lequel l'auteur écrit qu'un prix littéraire n'est jamais un honneur, mais une perversion et une vilenie. Il se sert de son expérience, il a reçu une douzaine de prix littéraires, pour expliquer. C'est édifiant!

Thomas Bernhard dénonce aussi la vanité et la vacuité des théories littéraires et, plus encore, celles des académies littéraires.

Extrait : «Si l'on songe à quel point un seul poète ou écrivain est déjà ridicule et difficilement supportable, on voit bien combien plus ridicule et intolérable encore est un troupeau entier d'écrivains ou de poètes, sans compter ceux qui sont persuadés de l'être. Le verbiage des écrivains est répugnant. Ça empeste encore plus lorsque c'est subventionné par l'État. Les poètes et les écrivains ne doivent pas être subventionnés, mais être livrés à eux-mêmes.»

Le dernier thriller de Jacqueline Lessard, Une affaire de conscience, se lit d'une claque tant il est bien écrit et tant l'action est soutenue.

Un livre de 424 pages publié par Hurtubise.

Mais j'ai eu de la misère avec le scénario. Figurez-vous qu'un intrépide reporter canadien et d'héroïques officiels cubains vont empêcher ces tordus de la CIA de jouer aux terroristes à La Havane pour créer une situation telle qu'elle justifierait l'envoi de GI sur l'île pour renverser le gouvernement!

Cette histoire où les bons gars sont des communistes et les salopards sont des Américains, s'en prend sans nuance et sans subtilité à «l'ingérence américaine sournoise et illégale dans les affaires internes de Cuba.»

Comme de raison, ça se passe au temps de l'infâme Georges W. Bush.

L'intérêt de ce livre, alors? Comme je l'ai dit, on ne s'y ennuie pas une minute. En plus, on y croise les personnages du précédent roman de Jacqueline Lessard, Un homme sincère, qui racontait les déchirements d'un médecin, Sergio Masiquez, partagé entre son désir de liberté (lors d'un congrès à Montréal) et sa fidélité à la révolution.

Les amateurs de Michel Folco seront sans doute déçus à la lecture de La jeunesse mélancolique et très désabusée d'Adolf Hitler, un ouvrage de 352 pages publié par Stock.

Ils n'y retrouveront pas l'étonnant Michel Folco de Un loup est un loup.

Dans ce nouveau roman, il relate l'enfance et la jeunesse d'un jeune Autrichien nommé Adolf Hitler. Ce récit s'achève sur les années de misère à Vienne, au moment où le monde s'apprête à basculer dans l'horreur suite à l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo.

Sur le fond comme sur la forme, le récit de Michel Folco n'arrive pas à la cheville du dernier roman de Norman Mailer, Un château en forêt, un livre de 468 pages publié par Plon en 2007.

Dans lequel l'écrivain américain racontait lui aussi l'enfance et l'adolescence d'Adolf Hitler.

Mais il le faisait de manière plus intense et beaucoup mieux documentée que Michel Folco.


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