Peter Hammill: générateur de mélodies

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Peter Hammill: générateur de mélodies

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Peter Hammill est loin d'avoir tout dit.

Nicolas Houle
Le Soleil

(Québec) À 66 ans, Peter Hammill est loin d'avoir tout dit. Que ce soit en solo ou au sein de l'énième incarnation de Van der Graaf Generator, l'artiste britannique continue de créer en marge des chemins fréquentés. Il revient à Québec le 15 octobre, au Palais Montcalm, pour défendre son répertoire seul au clavier ou à la guitare. Entretien avec un vétéran qui regarde droit devant.

Q Vos albums et vos spectacles solos sont souvent l'occasion d'entendre votre musique dans une forme dépouillée. C'est la meilleure façon de vous exprimer?

R J'aime varier les plaisirs. Depuis quelques années, j'ai recommencé à jouer avec Van der Graaf Generator et c'est une expérience complètement différente de ce que je peux faire en solo. Jouer seul, ça demande d'une certaine façon plus de responsabilités et de concentration, mais il y a quelque chose d'unique qui provient de cette approche. C'est plus difficile, mais très stimulant.

Q Votre musique est exigeante pour l'auditeur, que ce soit sur le plan musical ou poétique. Comment conciliez-vous contenu intellectuel et émotionnel?

R En spectacle, c'est très exigeant pour un public, surtout s'il n'est pas anglophone. Aussi, quand vient le temps d'écrire, je veux trouver le son qui correspond aux mots. J'essaie de ne pas penser uniquement à la stricte signification des textes, mais aux émotions qu'ils abritent. Interpréter, c'est aussi incarner, devenir l'acteur d'une chanson. Non pas de la rendre faussement, mais entrer dans la sphère du personnage qui chante et présenter ça de la façon la plus juste et la plus personnelle possible. De cette manière, c'est possible d'avoir le sens profond d'une chanson sans négliger le volet expérimental.

Q L'expérimentation et le souci de renouveau sont des éléments-clés de votre travail. Allez-vous jusqu'à laisser de côté des pièces car vous ne les jugez pas suffisamment audacieuses?

R Je ne m'attends pas à réinventer la chanson chaque fois que j'écris. Parfois, la nouveauté provient simplement en mettant côte à côte certains ingrédients plutôt qu'en d'arrivant avec une toute nouvelle idée. Quand j'écris ou je compose en studio (...), j'essaie de ne pas m'imprimer dans l'argile; j'essaie plutôt de la laisser me révéler ce qu'il y a en elle. Autrement dit, je n'essaie pas de me voir dans une pièce, j'essaie de suivre le processus par lequel une chanson devient une chanson.

Q Vous avez été aussi très personnel dans vos écrits. Sentez-vous maintenant qu'il y a une ligne à ne plus franchir, une retenue dont vous devez faire preuve?

R Quand j'étais plus jeune, j'écrivais de façon beaucoup plus directe, en partie parce que j'avais l'assurance et l'égocentrisme propres à la jeunesse. Avec le temps, que vous soyez écrivain ou metteur en scène, vous préférez toucher à des sujets universels en partant d'une projection de votre propre expérience. (...) Au cours de mes années «matures», si je peux m'exprimer ainsi, j'ai créé des personnages à la façon d'un dramaturge, mais traduisant des choses que j'ai vécues. L'équation avec ma vie personnelle ne se fait donc plus aussi directement, ce qui fait que je n'ai plus à m'interroger si je franchis ou non la ligne.

Q Qu'est-ce qui vous a convaincu de remettre en marche Van der Graaf Generator il y a quatre ans?

R On s'était dit «Si on le fait, on doit le faire avant que l'un de nous ne soit plus capable de le faire pour des questions de santé ou de vieillesse». Ça peut paraître curieux, mais on s'était quand même rencontré à quelques reprises aux funérailles de membres de notre équipe de tournée. Alors nous nous sommes réunis et nous avons constaté que oui, c'était toujours plaisant de jouer ensemble et qu'il y avait des choses que l'on pouvait encore faire. On a eu d'excellents spectacles. (...) Après un an, notre saxophoniste nous a quittés et nous avons décidé de voir s'il serait possible de travailler en trio. Ce l'était. Et je dois dire que ç'a été très intéressant. C'est un Van Der Graaf différent de tout ce que nous avons connu par le passé.

Q Vous avez été victime d'une crise cardiaque en 2003. Est-ce que, par la suite, vous avez ressenti une urgence de mener à bien certains projets?

R En fait, je me suis senti très heureux d'être toujours vivant. Je suis devenu très conscient d'être mortel. (...) Je suis plus en santé maintenant que je ne l'étais lors de mon attaque, j'en suis persuadé. Évidemment, quand vous avez eu un infarctus, le coeur est endommagé, mais je ne fume plus et je fais de l'exercice et rencontre mon médecin sur une base régulière. Mais ça n'a rien changé de mon point de vue sur la religion, par exemple, et je n'ai pas eu de souhaits particuliers. Tant que j'ai du boulot à faire, tant que j'ai ma famille, c'est parfait pour moi!

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