Savoir bâtir sa chance

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Savoir bâtir sa chance

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Sur son deuxième album, Étienne Drapeau parle d'amour... et de politique.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Régis Tremblay
Le Soleil

(Québec) Quand Étienne Drapeau a été le premier à être éliminé de la cuvée 2004 de Star Académie, il s'est juré qu'il serait le premier du groupe à réussir. Malgré les avis défavorables et les vents con­traires, il fondait sa propre compagnie de disques pour produire ses albums. Le premier s'est vendu à 20 000 exemplaires et le second, sorti il y a tout juste une semaine, en est déjà à un millier de copies.

«À ma sortie précipitée de Star Académie, je me suis dit : ?Surveillez-moi bien! Vous allez entendre parler de moi!? Quatre ans plus tard, je suis le seul de la cuvée à travailler pour de vrai dans le show-business», déclare fièrement ce p'tit gars de Québec qui ne manque ni de coeur, ni de talent, ni de confiance.

Pour lui, il faut vraiment croire en quelque chose pour que cela advienne. Le petit crucifix qu'il porte au cou n'est pas seulement un ornement : «Je suis croyant sans être hyper pratiquant. J'ai foi en la vie et à la chance, et ce crucifix est mon porte-bonheur!»

On fait toujours sa chance, c'est bien connu. Le nouvel album d'Étienne Drapeau est ce qui se fait de mieux chez nous dans le mainstream de la pop de la bonne tradition. On y entend des échos des années 70, 80 et 90 : netteté du son, limpidité d'intention, simplicité des arrangements, peau­finage du détail. Un album franc, rafraîchissant, qui vous emporte gentiment. Drapeau ne réinvente pas la roue... mais elle est parfaitement huilée.

Pour ce beau travail de pro, Drapeau est allé chercher le réalisateur Tino Izzo (Céline Dion, Garou); il a mis à contribution le pianiste Stephan Moccio (Céline Dion, Sarah Brightman, Josh Grobham) et son complice de longue date, Roger Tabra. Il a aussi reçu un coup de main de Florence K et d'Ima. La presque totalité des musiques et des paroles sont de Drapeau, qui nous les livre de sa voix juste et naturelle, dépouillée des tics et des maniérismes de tant de jeunes «académiciens».

«Pour faire passer l'émotion, il n'est pas nécessaire de se mettre à crier. Il est préférable de ne pas trop en mettre. J'ai aussi évité tous les trucs technos qui nuisent également à l'émotion. C'est vrai que je ne suis pas tout à fait de mon temps; j'aurais été parfaitement heureux à l'époque de Beau Dommage, Harmonium et Paul Piché! Je suis peut-être né trop tard...» ajoute malicieusement Étienne Drapeau.

Presque toutes les chansons de l'album parlent d'amour, avec des mots de toujours qui servent à accompagner des airs faciles à retenir, ce qui ne signifie pas qu'ils tombent dans la facilité.

Rocke la langue

Il arrive aussi à Drapeau de rocker sans jouer les durs. Et dans une période où les jeunes se désintéressent de la politique, il évoque l'indépendance. Dans Je me souviens, il s'adresse aux Rivard, Vigneault, Piché, Ferland, Leclerc... «Dites-moi Monsieur Vigneault, combien faut-il d'hivers pour qu'une langue et ses mots deviennent un pays fier?»

«Mes parents se sont rencontrés dans une assemblée du Parti québécois! Quant à moi, je n'abandonne pas le rêve, et je le chante en toute simplicité», déclare Drapeau, qui tient à chanter en français. Il ne comprend pas pourquoi les organisateurs du 400e n'ont pensé qu'à des artistes québécois francophones qui chantent en anglais pour assurer la première partie du spectacle de Paul McCartney, le 20 juillet. «Je n'ai rien contre The Stills, The Lost Fingers et Pascale Picard, mais l'occasion était belle de faire monter sur scène des Québécois qui chantent dans leur propre langue...»

Étienne Drapeau n'est pas seulement amoureux de la langue française : il adore la France. Il a entrouvert quelques portes à Paris, lors d'un séjour d'une semaine, en mai dernier. Avec son nouvel album sous le bras, il se propose d'y retourner. «Si tu ne cognes pas aux portes, elles ne s'ouvriront pas! Quand j'ai mis les pieds en France, j'ai senti quelque chose de très fort. Partout, à Paris et en province, c'est comme dans le Vieux-Québec! Je me suis dit qu'un jour, je vivrais là-bas...»

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