C'est à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre que l'artiste nous avait donné rendez-vous. Une vaste salle, pas facile à remplir, et qui comptait, justement, plusieurs allées vides. En revanche, le public était fort enthousiaste, prêt à recevoir les salves d'humour vitriolique du comique.
Ce n'est pas tellement avec des thèmes politiques que Dieudonné a frappé le plus fort, mais avec des sketches à teneur sociale. En premier lieu, un sujet qui lui tient à coeur : le sort des Pygmées, que la déforestation condamne à disparaître. Fidèle à lui-même, il a abordé le sujet à l'envers, avec un personnage qui souhaitait la mort de ce peuple, allant jusqu'à vouloir immoler une Pygmée ayant donné naissance à un bébé mort-né. Oui, Dieudonné voulait éveiller les consciences en jouant dur. Son personnage félicitait d'ailleurs les Québécois pour leur tactique d'assimilation des Amérindiens, auxquels les colons ont jadis remis des couvertures porteuses de germes de typhus. Un très bon numéro.
L'artiste s'est par ailleurs attaqué au voyeurisme du public et des médias avec un talk show réunissant des proches de criminels ayant commis des actes odieux. Là encore, il a fait mouche : le rire naissait dans le malaise.
Moins réussi aura été son sketch sur l'administration républicaine, avec un Colin Powell aux allures de «singe savant».
Ses propos sur les mensonges américains n'étaient pas dépourvus d'intérêt, mais après huit ans de politique Bush, l'effet de dénonciation ou de surprise manquait de mordant.
Quant à l'entrevue fictive avec le président camerounais, elle comptait de bons moments dilués dans plusieurs longueurs.
Dieudonné a terminé la soirée sur une note poétique, avec un hommage à Nougaro empreint de finesse. Alliant poésie et politique, il a chanté la vie d'un kamikaze palestinien qui, après avoir perdu foyer et famille en bas âge, se fait exploser.
Certes, certains sketches auraient gagné à être écourtés, mais du reste J'ai fait l'con est un spectacle bien ficelé où rire et réflexion cohabitent harmonieusement.
Reste maintenant à espérer que le controversé personnage public, qui a encore une fois pris beaucoup de place en début de spectacle, avec des références à ses procès, à sa rencontre avec Le Pen ou encore à «l'effet Dieudonné», s'efface au profit de l'artiste créatif qui a quelque chose de plus pertinent à partager.











