La désuétude du Colisée Pepsi, construit en 1949, a souvent été évoquée pour expliquer l'absence chez nous d'artistes majeurs tels que U2 ou Madonna. Elle n'aurait toutefois jamais empêché un spectacle d'être présenté à Québec, affirme le promoteur Michel Brazeau, qui a été mandaté par Groupe Spectacles Gillett, principal présentateur de spectacles de l'édifice, pour répondre à nos questions.
«Au niveau technique, il n'y a pas de spectacles qu'on ne peut pas accueillir actuellement», soutient-il, prenant pour exemple le spectacle très élaboré de Céline Dion, «le même qu'à Montréal ou Los Angeles», qui y sera présenté en février.
Positif mais prudent par rapport au projet mené par Mario Bédard, le promoteur croit que la population de Québec, transportée par le succès des Fêtes du 400e, a perdu le sens des réalités. Selon lui, un nouveau Colisée ne changera rien au marché de la capitale, ni à la capacité de payer des contribuables de la région.
«À long terme, peut-être que oui, mais il faudra vendre des billets en conséquence. Je peux compter sur les doigts de mes deux mains le nombre de spectacles qui ont attiré 15 000 personnes depuis que je produis des spectacles au Colisée. Sans parler que, dans les cas d'artistes comme Madonna ou U2, les billets ne sont pas donnés. Déjà, le monde crie au meurtre parce que les billets de Céline Dion se montent à 200 $. Même dans un Colisée à 20 000 places, les billets de Madonna seraient de 200 $ à 350 $. C'est ce que ça coûte partout. Oui, on aura la capacité d'accueillir, mais aura-t-on vraiment la capacité de payer? J'en doute», laisse entendre Michel Brazeau, qui n'est pas parvenu à remplir l'édifice actuel et ses 15 250 sièges avec des légendes comme David Bowie et Bob Dylan.
Le producteur reconnaît toutefois de nombreux avantages au projet de construction d'un nouveau Colisée.
«C'est clair qu'au niveau technique, le Colisée actuel engendre des coûts supplémentaires parce que les montages sont plus longs. En ce sens-là, un nouvel aréna nous simplifierait la vie. Mais la plus grande différence, elle serait surtout pour le client. Avec plus de sièges, plus de confort, de meilleurs angles de vue, plus de toilettes, plus de restaurants, ce serait lui le vrai gagnant là-dedans.»
Quant aux artistes internationaux, il ne faut pas s'attendre à ce qu'ils accourent à Québec, estime Michel Brazeau.
«Ce qu'un nouveau Colisée me permettrait surtout, c'est de faire des offres plus intéressantes à un groupe comme U2, un groupe pour qui faire le Colisée actuel, ce n'est pas intéressant. Mais des U2, il n'y en a pas des centaines dans le monde...»
Et même si l'offre du producteur tenait la route sur le plan financier, il n'est pas dit qu'elle aurait du sens sur le plan de la logistique d'une tournée mondiale. Il sera toujours plus simple pour un groupe d'ajouter une supplémentaire au Centre Bell, un arrêt obligatoire, que d'offrir une représentation unique à Québec.
«Si je suis capable de remplir le Centre Bell en 30 minutes, pourquoi je me taperais les deux heures de route, le montage et le démontage? À ce compte-là, un Centre Bell à 10 000 places est aussi rentable qu'un Colisée à 20 000», indique Michel Brazeau, ajoutant qu'au bout du compte, la décision revient toujours à l'artiste et à son agent.
Représentant chez S.L. Feldman & Associates, l'une des deux plus grandes agences de booking au pays, Guillaume Lemieux tient essentiellement le même discours. Selon l'agent originaire de Québec, un «enthousiaste» du projet de nouveau Colisée, plusieurs éléments sont à considérer. L'édifice et sa capacité ne sont qu'une variable dans le calcul très complexe de la rentabilité. Il y va aussi de la difficulté de promouvoir un spectacle à Québec en l'absence de véritable radio anglophone. Sans parler de la situation économique, qui a un impact important sur les profits. À une époque où de moins en moins d'artistes sont aptes à remplir de grands arénas, le risque devient d'autant plus grand.
«Ça coûte plus cher pour les artistes de tourner. Et le public, lui, ne peut pas se permettre de voir autant de spectacles. Le projet d'un nouveau Colisée demeure intéressant, mais il ne garantit pas que plus de gros spectacles vont passer par Québec.»
Guillaume Lemieux estime néanmoins essentiel, pour le positionnement de la ville de Québec, qu'elle se dote d'un équipement moderne et conforme aux besoins d'aujourd'hui.
«La ville a besoin d'un meilleur amphithéâtre, qui serait à jour sur le plan technique. Les besoins logistiques des années 40 ne répondent plus à la réalité d'aujourd'hui. On a besoin de ça si on veut que Québec demeure une ville à la hauteur de sa réputation, capable de compétitionner au niveau socioculturel, sportif et économique.»
Ce qu'il faut savoir c'est que, édifice neuf ou non, la ville de Québec se trouve en concurrence avec les plus grandes capitales du monde quand il s'agit de tournées internationales.
«Ce n'est pas seulement Montréal. C'est Berlin, Londres, Paris. Le marché, c'est la planète. (...) Ce n'est pas parce qu'on peut mettre un demi-million de dollars sur la table que ça va nécessairement marcher.»














