Mutantès de Pierre Lapointe: la quête du bonheur

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<i>Mutantès</i> de Pierre Lapointe: la quête du bonheur

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Un lourd sentiment de solitude enveloppait Pierre Lapointe, même s'il partageait la scène avec une vingtaine de danseurs et de musiciens.

Le Soleil, Erick Labbé

Valérie Lesage
Le Soleil

(Québec) Il fallait une sacrée audace pour construire tout un spectacle avec des chansons inédites, car la chanson est un art basé sur
la reconnaissance. Pierre Lapointe, qui offrait la première de deux représentations de Mutantès au Grand Théâtre de Québec hier soir, peut se réjouir d'avoir trouvé un public réceptif, mais surtout d'avoir semé, par son immense talent de mélodiste, le désir intense de réentendre plusieurs de ces chansons.

L'artiste a poussé l'inédit plus loin encore en offrant ses nouvelles compositions sur un écrin qui emprunte au théâtre, à la danse contemporaine et aux arts visuels. Pantalon moulant et large capuchon, il a fait son entrée en scène seul, en traversant une porte de lumière. Le mutant amorçait sa quête du bonheur, il allait ensuite être accompagné d'un choeur grec, qui jouerait plus tard les notes de l'âme à travers les corps.

Dans le monde futuriste de Mutantès, un lourd sentiment de solitude enveloppait Pierre Lapointe, même s'il partageait la scène avec une vingtaine de danseurs et de musiciens. Cette solitude, qu'elle soit celle de l'artiste face au monde ou simplement celle de la condition humaine, il la chantait dans des questions. Pourquoi devrais-je toujours être au devant? Pourquoi faut-il toujours être plus fort que soi?

Ici et là, les textes tragiques de Lapointe nous ont happé. Souvent, notre attention était captée par le mouvement de la danse, par la beauté sublime des éclairages ou par les reflets changeants de l'oeuvre d'art géante qui surplombait la scène. Il y avait trop à découvrir pour comprendre tout, on ne reste qu'avec des impressions et des vagues d'émotions fortes. Avec l'envie de revoir, de réentendre, de s'imprégner de cet univers d'extrêmes où les amoureux se sentent massacrés par l'allégresse.

Pierre Lapointe a réussi son pari d'amener un public de chansons vers la découverte presque totale. Mais en dépit de l'ouverture d'esprit de ce public, les deux chansons les plus appréciées de la soirée ont été celles que nous connaissions déjà. La relecture de Deux par deux rassemblés, avec le choeur resserré autour de Lapointe, presque sans musique, était poignante.

La beauté qui a traversé Mutantès du début à la fin s'est présentée sous différents visages. Tantôt froids ou distants, tantôt bouleversants, tantôt rock, tantôt classiques et apaisants. Après une longue ovation, Lapointe est revenu seul au piano offrir une des chansons qu'il nous tardera d'entendre sur disque, début avril.

Entre-temps, il faut saluer la folle audace d'un créateur de génie qui s'est entouré d'une équipe extraordinaire. Claude Poissant signe une superbe mise en scène, et Frédérique Gravel a inventé des chorégraphies qui disent tout haut la difficulté d'être et d'aimer. Mutantès sera présenté une dernière fois à Québec ce soir.

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