Caracol vient d'achever un test de son dans l'enceinte du Capitole. L'avant-veille, elle était à Nashville, le temps d'un showcase. Chez celle qui a troqué ses dreadlocks pour une coupe au carré, on devine à peine la fatigue du voyage. Elle se prête au jeu des questions sans ménager les sourires.«J'aurais pu faire plein de choses, mais la vie m'a poussée vers la musique, constate-t-elle. J'ai appris à trouver mon bonheur là-dedans. (...) Le studio, la création, les tournées, tout ça fait que ma vie n'est jamais pareille. Je peux la réinventer comme je le souhaite. Je suis libre!»
L'archet de la discipline
Carole Facale naît à Vanier, puis grandit en Estrie, partagée entre le sport et la musique. S'il n'y a pas de musiciens professionnels autour d'elle, papa, un Uruguayen, et maman, une Suisse, de même que ses grands-parents affichent un intérêt marqué pour le classique et la chanson française. Parallèlement à son implication dans des équipes de soccer, de basketball ou d'athlétisme, la jeune Carole apprend à maîtriser le violon. Elle le fait si bien qu'elle se retrouve au sein de l'Orchestre symphonique de Sherbrooke.
«C'est à cette époque-là que j'ai développé le sens de la discipline, commente-t-elle. J'aime quand ça fonctionne. Je ne suis pas une artiste tête en l'air. Je travaille dur pour arriver à mes buts et ça me vient du milieu classique et du sport.»
Le parcours de Carole semble tracé à l'avance. Trop à son goût. Après 12 années à manier l'archet, elle se dirige vers des études collégiales en musique. Elle dévie de la trajectoire pour aller du côté des arts plastiques et, deux semaines plus tard, elle abandonne tout pour réaliser un rêve insensé : devenir championne de snowboard, même si elle n'est jamais montée sur une planche! À la fois pour faire un pied de nez à ses parents, dont elle jugeait l'éducation trop stricte, et peut-être pour se prouver qu'elle a les deux mains sur le volant de sa destinée, elle passe les six années suivantes entre la Colombie-Britannique et le Vermont, entre le mont Tremblant et le mont Sainte-Anne. Elle s'installe à Québec, rue Saint-Jean, jusqu'à ce qu'elle se blesse. Elle a beau s'être hissée dans le top 20 des meilleurs planchistes, sa carrière est dans un cul-de-sac. Une fois encore, elle prend un virage radical : elle vend son équipement pour mettre le cap vers les vieux pays.
«Durant mes années de snowboard, j'avais terminé de peine et de misère mon cégep en sciences humaines, raconte la soeur de l'ancien ministre Joseph Facal. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Je suis la sous-scolarisée de la famille : chez nous, tout le monde a un doctorat! Mais à cette période-là, j'ai commencé à écrire de vraies chansons.»
L'ascension
C'est à son retour d'Europe que l'artiste apprivoise ce qui va devenir son gagne-pain. Au terme d'une formation spécialisée, elle oeuvre dans un studio d'enregistrement montréalais, puis rencontre Doriane Fabreg, avec laquelle elle fonde DobaCaracol. L'ascension du duo se fait graduellement. Un premier album, Le calme-son, voit le jour en 2001, mais c'est Soley, en 2004, qui propulse le duo vers les sommets, avec des ventes de 100 000 albums et d'ambitieuses tournées de 400 dates dans 15 pays. À travers tout ça, Carole trouve le temps de devenir maman : le petit Zéphyr naît en 2001. Peut-on être parent sur
la route?
«Ce sont des hauts et des bas. Quand je suis absente, je suis forcément loin, mais quand je suis là, je suis vraiment là. Mon fils a développé une indépendance assez tôt. Cependant, je me suis arrangée pour ne pas qu'il se fasse garder par toutes sortes de personnes; il y a une constance. Mais je dois dire que dans les derniers temps de DobaCaracol, c'était devenu difficile.»
Le périple du duo s'achève un peu abruptement à l'automne 2007, les longs séjours à l'étranger étant au nombre des irritants. Depuis, Carole Facal a lancé sa carrière solo en apprenant à devenir plus qu'une auteure-compositrice-interprète. Pour L'arbre aux parfums, l'artiste de 33 ans a prêté une oreille attentive à la prise de son, supervisé les sessions photo, participé à la genèse des vidéos, mis son nez dans la gestion des tournées, dans la promotion, bref à chacune des étapes de son projet. Car cette nouvelle aventure est trop importante pour être laissée au hasard. Et parce que cette liberté qui lui est chère a un prix : le travail.
Les sens de Carole Facal
Qu'est-ce qui te rend aveugle?
L'ambition
La chanson ou l'artiste que tu préfères écouter?
Ces temps-ci, c'est le dernier album de Ray Lamontagne. Et celui de Bon Iver.
Qu'est-ce qui te touche?
La musique, les enfants
Ta nourriture de l'esprit?
La musique et la famille, encore! Ça se recoupe un peu...
Un parfum qui te fait voyager?
Magnolia
Qu'est-ce que tu composeras dans 20 ans?
J'aimerais que ce soit de la musique de film. Il me semble que ce serait le bon moment.












