Martin Matte: comique sous pression

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Martin Matte: comique sous pression

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Martin Matte

Le Soleil, Renaud Philippe

Geneviève Bouchard
Le Soleil

(Québec) Condamné à l'excellence... Le titre du spectacle a beau être pris au deuxième degré, il demeure «dangereux» si on ne réussit pas à livrer la marchandise. Martin Matte le sait. Il se le remémore avant chaque spectacle, lorsque la nervosité l'étreint. À ce moment, le baveux sympathique qui est devenu sa marque de commerce semble bien loin...

«Humoriste, c'est très solitaire comme métier, observe-t-il. Je me le disais encore hier, à 8h03, derrière le rideau. Tu es tout seul en tabarouette!»Les apparences sont souvent trompeuses : le comique chouchou des Québécois n'est pas immunisé contre l'insécurité ni contre la peur de décevoir son public. «La pression, elle est là tout le temps, assure-t-il. On sait que les gens achètent des billets et se déplacent pour venir nous voir. On veut toujours être bon.»

Choyé par les critiques depuis ses débuts, Martin Matte se dit toujours nerveux de lire ce que les scribes ont à dire sur sa création... Après tout le stress vécu dans les semaines précédentes, il avoue avoir versé quelques larmes en lisant la critique de La Presse, après sa première montréalaise. Son remède à l'anxiété? Une énorme dose de travail et une confiance en ses capacités, bâtie au fil de ses quelque 15 ans de carrière humoristique. «Il y a tout un cheminement. Je suis fait pour faire ça! note Martin Matte. On vit beaucoup d'angoisse avant de se rendre là (sur scène). Je suis tellement prêt. J'ai tellement travaillé mes textes et mon show. Si la joke ne lève pas, il faut être inébranlable.»

Quant à son célèbre ton baveux, on n'a pas eu à creuser longtemps pour se rendre compte qu'il a bien peu à voir avec le véritable Martin Matte. «Le personnage est toujours là. C'est évident que c'est un personnage, explique-t-il. Quand on a lancé le show, c'était démesuré. Les gens m'apostrophaient avec ça, ils voulaient ça.»

Pourtant, le comique admet que pour ce spectacle, il n'avait rien écrit de très prétentieux avant de consulter son partenaire en humour, François Avard. «Il m'a dit : "As-tu encore du fun à le faire? Essaie-le!"», raconte-t-il. Dans une salle de Saint-Hyacinthe, Martin Matte a vu que l'arrogant personnage, aussi déplaisant que rigolo, avait encore la cote. Peut-être parce qu'il a cultivé son image dans une série de publicités de Honda... L'impudence a pris l'avant-scène, à travers le titre et dans la promotion du spectacle Condamné à l'excellence... Même si, en réalité, le personnage n'occupe qu'une place limitée sur les planches.

En voiture

Martin Matte n'a aucun scrupule à utiliser sa renommée et son humour pour vendre des autos. Même qu'il parle avec fierté des prix Créa, remis aux meilleurs créateurs publicitaires, qu'a remportés l'agence Bos pour la campagne à laquelle il participe. La pub est un mal nécessaire, clame-t-il. Dans ce contexte, autant en faire de la bonne.

«C'est une belle expérience, même artistiquement, explique-t-il. C'est comparable aux chroniques que je faisais avec Marc Labrèche, au Grand blond avec un show sournois. Je veux que ce soit drôle, que ce soit brillant dans le message, que ça donne un produit trippant. [...] Et ça va plus loin que ça. Ils [Honda] sont partenaires dans ma fondation», laisse-t-il entendre.

Dans son premier one-man show, Martin Matte livrait un touchant monologue inspiré des malheurs de son grand frère, dont la vie a été brisée par un traumatisme crânien. Autrefois son modèle, son frère avait maintenant perdu son autonomie en même temps que sa mémoire à court terme et ses inhibitions. Quelques années plus tard, le comique, par la fondation qui porte son nom, a pu faire sa part pour offrir à son frère un environnement adapté à ses besoins. La première Maison Martin-Matte a ouvert ses portes l'automne dernier et accueille 10 autres pensionnaires aux troubles similaires.

«[Mon frère] a fait 18 maisons d'accueil en 20 ans, raconte l'humoriste. On était rendu à bout. On n'était plus capable de le garder, mais il n'y avait de place pour lui nulle part. Des traumatismes crâniens, il y en a 13 000 par année au Québec. Il y en a du monde sur les listes d'attente. Tant qu'à me démener pour loger mon frère, autant en faire un peu plus.»

Pour la Fondation Martin-Matte, le travail n'est pas terminé : on compte bien ouvrir d'autres maisons dans les prochaines années. Trois-Rivières, Québec et Sherbrooke se trouvent dans sa mire. «C'est un travail colossal mené par plusieurs personnes. Ce qui manque, la plupart du temps, c'est de l'argent et ça bouge plus vite quand tu es connu, estime Martin Matte. Il manque d'argent, moi, j'amène de l'argent. C'est le fun, c'est un beau trip. C'est la beauté de ce malheur. Ça me pousse à m'impliquer dans une cause. [Sans l'accident de son frère], ce n'est peut-être pas quelque chose que j'aurais fait d'instinct.»

Les sens de Martin Matte

As-tu déjà regretté des paroles qui sont sorties de ta bouche?

Si j'ai des regrets, c'est d'avoir manqué de transparence dans le mauvais but de ne pas blesser quelqu'un.

Qu'est-ce qui joue dans ton iPod?

J'ai environ 500 chansons dans mon iPod et je m'accorde un 30 minutes de musique avant chaque show.

Qu'est ce qui te touche?

Mes enfants... En général, je suis une personne assez sensible. Je dirais que je suis touché par la vulnérabilité.

Quel parfum ou quelle odeur te séduit?

Quand je me rappelle mes premières amours, au secondaire, j'aimais beaucoup l'odeur des parfums de Ralph Lauren. Sinon, c'est le cou de mes enfants.

Comment te vois-tu?

Assez noblement, assez humblement, je me vois comme quelqu'un qui a une belle personnalité, un corps parfait, qui est désiré par la majorité des femmes dans le monde...

Où seras-tu dans 10 ans?

Ce que je souhaite, c'est de garder le plus possible ma liberté en continuant à faire ce que j'aime. J'essaie toujours de garder l'équilibre : je ne veux pas trop travailler, mais je ne veux pas non plus pas assez travailler. J'ai plusieurs projets et j'espère trouver le juste milieu.

Vous voulez y aller?

QUI : Martin Matte

QUOI : Condamné à l'excellence

QUAND : du 26 au 28 mars, du 18 au 20 juin, du 25 au 27 juin, du 30 septembre au 3 octobre, du 28 au 31 octobre, du 19 au 21 novembre

OÙ : Grand Théâtre et salle Albert-Rousseau

BILLETS : 49,95 $ à 56,95 $

TÉL. : 418 643-8131 et 418 659-6710

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