Dobet Gnahoré: chanter pour changer le monde

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Dobet Gnahoré: chanter pour changer le monde

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Dobet Gnahoré profite de sa tribune pour dénoncer sans détour le pillage et l'inceste, notamment.

Nicolas Houle
Le Soleil

(Québec) Dida, wolof, malinké, xhosa, fon, guéré, lingala... À écouter Dobet Gnahoré chanter, on a l'impression que l'artiste ivoirienne maîtrise tous les dialectes de son continent. Ironiquement, c'est le contraire. Or, si le français est la seule langue qu'elle maîtrise pleinement, son désir de se réapproprier la culture et l'identité africaines n'en est que plus grand.

«J'ai parlé le bété quand j'étais très jeune et que j'habitais mon village natal, mais lorsque je suis arrivée à Abidjan, j'ai appris à parler le français pour aller à l'école et à force de le parler, j'ai un peu oublié ma langue. [...] C'est une petite honte, car j'essaie de parler de l'Afrique et de la défendre.»

À 26 ans, Dobet Gnahoré a déjà un long parcours derrière elle. Sa discographie compte deux albums, dont le récent Na Afriki, chaudement accueilli. Il faut dire qu'elle a fait ses premières armes dans le milieu de façon précoce. À l'âge de 12 ans, elle prenait la direction du village Kiyi M'Bock, à Abidjan. Il s'agit d'une petite communauté artistique, où elle a développé ses talents de chanteuse, de danseuse et de comédienne. C'est là, quelques années plus tard, que débarque le guitariste français Colin Laroche de Féline. La complicité s'installe rapidement : non seulement la chanteuse et le musicien forment-ils un duo, puis un quatuor dont le travail rayonne au-delà de la Côte d'Ivoire, mais également un couple.

La chance de sa vie

«Il est la chance de ma vie! Il y a eu le Kiyi, qui m'a donné le métier, car je ne sais pas où l'école m'aurait emmenée, et de toute façon en Afrique, l'école ne mène nulle part. Puis Colin qui arrive et me propulse en Europe!»

En musique, Dobet Gnahoré se plaît à redécouvrir ses racines et à toucher à plusieurs styles qu'elle unit à travers sa voix et ses interprétations, où la danse et la théâtralité jouent un rôle important. Les textes ne sont pas laissés au hasard : l'artiste profite de sa tribune pour dénoncer sans détour le pillage, l'inceste ou pour partager son admiration envers ce qu'accomplissent les femmes.

Le chemin à suivre

Dobet Gnahoré a une idée très claire du chemin qu'elle compte suivre. Elle se sent habitée d'une responsabilité : soutenir ses proches, puis son pays et son continent. Celle qui habite la France depuis quelques années travaille à achever une maison pour ses parents et espère retourner vivre en Côte d'Ivoire, où elle pourrait cons­truire d'ici cinq ans un mini-village culturel, comme ont pu le faire Fela Kuti et Youssou N'Dour.

« Je vais finir ma vie là-bas, je vais travailler dans l'humanitaire. Le fait que je sois en Europe me permet de faire autre chose, d'apprendre des choses que je pourrai enseigner ensuite, là-bas.»

Dobet Gnahoré sera en spectacle au Palais Montcalm samedi, à 20h.

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