Les heures sup de Martin Petit

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Les heures sup de Martin Petit

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Martin Petit

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) ­Dans une autre vie, Martin Petit aurait aimé être une rock star. Mais pour celle-ci, le grand gaillard a choisi l'humour. «Au moins, se console-t-il, je n'ai pas besoin de jouer mes vieux hits

Lancée par l'humoriste, cette boutade peut sembler anodine. Sauf qu'après une longue entrevue avec lui, on se rend compte qu'elle a beaucoup plus de sens qu'il n'y paraît. Dans son métier, Martin Petit ne redoute rien de plus qu'être condamné à servir les mêmes vieilles blagues à un public conquis d'avance.

Au Québec, beaucoup d'imitateurs s'amusent à caricaturer d'autres comiques, et l'ex-Bizarroïde devenu stand-up est fier de ne jamais avoir fait partie de leur répertoire. «Ils me disent : Toi, je ne t'ai pas pogné encore. Celle-là, maudit que je l'aime!»

Pourtant, avec ses airs d'éternel cégépien et sa voix de vieux corbeau, Martin Petit ne serait sûrement pas si difficile à imiter. Le problème serait de trouver quoi dire. L'humoriste n'a pas vraiment de sujet de prédilection et quand on lui demande de décortiquer son style, il en arrache.

À l'entendre répondre que l'originalité et la simplicité de ses textes le distinguent, on finit même par se demander si, au fond, il n'est pas un peu plate. Mais quand on se rappelle le gala spécial 400e du Grand Rire que le Lavallois d'origine a animé l'été dernier, il a probablement raison.

Pour ceux qui n'étaient pas là, Martin Petit était arrivé sur la scène du Grand Théâtre vêtu de noir et d'une ceinture fléchée, et avait livré un mémorable monologue sur nos quatre siècles d'histoire, qui lui a d'ailleurs valu une nomination pour le numéro de l'année aux Olivier.

Revenant entre autres sur la controverse du crucifix à l'Assemblée nationale, il avait proposé de le remplacer par un autre symbole du patrimoine québécois qui appartient à toutes les communautés culturelles : «Une pelle!»

Martin Petit aime s'aventurer dans ce genre de sujets sérieux et en retirer des perles d'absurdité. «C'est facile de parler de choses qui te font rire dans la vie de tous les jours - café, tout ça..., dit-il. Mais quand tu t'imposes de respecter un thème [...], c'est pas évident. La contrainte, ça sert à puiser de l'originalité.»

Depuis huit ans, le comique organise dans un petit bar montréalais Les auteurs du dimanche, une soirée humoristico-littéraire au cours de laquelle des auteurs peuvent réciter leurs textes les plus bizarres devant un public d'une soixantaine de personnes. Plusieurs humoristes sont passés par là, dont Jean-Thomas Jobin, qui, paraît-il, y a fait un malheur.

Même s'il n'a jamais repris ses expérimentations du dimanche dans ses spectacles solos, Martin Petit se sert de cette soirée pour garder la forme. «Je pars en tournée trois ans pour le même show, dit-il. Quand vient le temps d'écrire un autre show, si j'ai pas gardé le muscle créatif d'écrire, je m'expose à la page blanche inutilement.»

On demande souvent aux artistes ce qui les passionne dans la vie. Avec Martin Petit, pas besoin de chercher trop loin. Il suffit de parler d'humour. Celui qui a joué dans Un gars, une fille pourrait deviser pendant des heures de l'influence américaine sur les humoristes québécois.

Mais en ce qui le concerne, du moins, Martin Petit a été marqué par le premier one-man show d'Eddie Murphy dans les années 80, à l'époque où il s'habillait en cuir rouge moulant et simulait les ébats sexuels d'un fictif Mr. T gai. En l'observant, «je me suis rendu compte qu'il y avait une puissance dans le stand-up qui n'était pas loin de la musique rock, dit Petit. Trois rires/minute, c'est beaucoup d'énergie, c'est un build-up, c'est très fort».

Aujourd'hui, l'humoriste continue de s'inspirer des gros noms du stand-up chez nos voisins du sud, comme David Chappelle, Chris Rock, Jerry Seinfeld et Robin Williams. Mais il commence à les trouver un peu trop prévisibles. «Ils vont te parler de religion, de politique, d'Israël, des républicains, de la ville où ils ont grandi, des relations hommes-femmes, de leur blonde et, à la fin, tu vas avoir un excellent monologue sur les cunnilingus, énumère-t-il. Quand le gars te parle de cette zone-là, pars ton chrono et dans trois minutes, le show est fini.»

Ces temps-ci, Martin Petit admire particulièrement l'humoriste britannique Eddie Izzard, un homme qui s'habille en femme et choisit des thèmes éclatés. Il raffole notamment d'un numéro dans lequel Izzard s'imagine que Darth Vader tente de commander des penne arrabiatta dans la cantine d'un vaisseau spatial de Star Trek et s'engueule avec la préposée parce qu'il refuse de prendre un plateau comme tout le monde.

Mais avant de chercher aux États-Unis ou même en Angleterre, il faut revenir au Québec pour trouver les racines humoristiques de Martin Petit. Plus précisément durant son long passage au Cégep Montmorency, où il a commencé à faire de l'improvisation et à animer avec des artistes bien connus aujourd'hui comme Michel Courtemanche, Claude Legault et Ken Scott. «C'est là que j'ai appris à avoir du culot», résume-t-il.

Après deux one-man shows, de nombreuses apparitions aux galas Juste pour Rire, des émissions à la radio, à la télé et l'animation du gala Les Olivier (il a lui-même remporté six Olivier), l'animateur du Gala américain en juin au Grand Rire peut dire que sa carrière a été bien remplie.

À 40 ans, Martin Petit tente toutefois de ne pas fonder son bonheur sur le succès professionnel et souhaite rester près de sa famille. Il croit que dans le showbiz, une gaffe ou un dérapage peut couler une carrière comme celle de Dieudonné, et espère qu'il pourrait être heureux même si ça lui arrivait.

De toute façon, l'humoriste a déjà réalisé son rêve de faire le théâtre Saint-Denis à Montréal, après avoir gagné les auditions Juste pour Rire il y a plusieurs années. «Depuis ce temps-là, lâche-t-il, j'ai le feeling sincère d'être en overtime

Les cinq sens de Martin Petit

Votre meilleure pièce de théâtre?

Au hasard, n'importe quelle de Robert Lepage

 

Une chanson que vous ne vous lassez pas d'entendre?

Une toune de Leonard Cohen, Sisters of Mercy

 

Qu'est-ce qui vous touche vraiment dans la vie?

Ce serait bizarre de dire la pauvreté plus que la faim dans le monde. Mais je dirais les inégalités des conditions humaines.

 

Un péché de bonne chère?

Des pâtisseries

 

Un parfum qui vous plonge dans le passé?

Le patchouli, en espérant que ça reste du passé.

 

Qu'est-ce que le métier vous réserve encore?

Ma blonde m'a dit récemment que je faisais un métier qui permet d'aller au bout de soi-même, au bout de sa créativité. C'est ça que je veux.

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