Slipknot: derrière les masques

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Slipknot: derrière les masques

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Shawn Crahan, percussionniste du groupe

Kathleen Lavoie
Le Soleil

(Québec) Active depuis près de 15 ans sur la scène metal, la formation américaine Slipknot n'a pas d'équivalent. D'abord en raison de sa musique, un véritable mur de son, mais aussi de son attirail scénique, comprenant masques personnalisés, bleus de travail et numéros d'identification. Devant ce déploiement d'astuces, certains crient à la manoeuvre commerciale, d'autres au génie. Où se trouve la vérité?

«Tout ça n'existe que pour soutenir la musique», assure d'entrée de jeu le Clown de la formation, Shawn Crahan, qui a accepté?de?laisser tomber le masque... pour mieux en expliquer les origines.

Faisant partie de la démarche artistique de Slipknot depuis ses débuts, le masque a, au fil des ans, connu de nombreuses transformations.?Depuis 1995, chaque tournée du groupe a été l'occasion de rafraîchir cet accessoire de scène controversé.

Car s'il s'agit pour plusieurs d'un gadget sans intérêt destiné à attirer un public impressionnable,?pour d'autres, il en va plutôt d'un écran de fumée qui déresponsabilise le groupe par rapport à sa musique. Selon Shawn Crahan, il s'agit plutôt du contraire.

«Ceux qui prétendent qu'on se cache derrière ces masques n'ont vrai­ment rien compris! Quand on cherche le succès à tout prix, la première chose qu'on publicise, c'est son visage. Or, nous avons fait le choix de porter des masques. À nos yeux, ce geste a une signification plus profonde, à savoir que Slipknot, ce n'est pas une affaire individuelle. Si nous avions voulu être des rockstars, on s'y serait pris autrement! On s'est embarqué là-dedans pour la création. Et de toute façon, ce n'est pas ouvert à débat... C'est ma vie, après tout!» s'est enflammé «Number 6» à l'autre bout du fil.

Quand on investigue un peu plus profondément les origines des masques de Slipknot, qui sera en spectacle aujourd'hui au Pavillon de la jeunesse, on comprend rapidement pourquoi le Clown en défend l'existence avec tant de passion. C'est lui qui, le premier, a développé une affinité pour l'accessoire.

«Toute cette histoire commence avec moi, un enfant unique avec des difficultés d'intégration sociale. Je n'étais pas un sociopathe, mais je n'ai jamais aimé les grandes foules. En même temps, j'avais quelque chose à dire...» offre-t-il.

La découverte d'un masque de clown, à l'adolescence, a fait l'effet d'un véritable déclic chez le percussionniste de 39 ans, le plus allumé des neuf musiciens du groupe par les arts visuels.

«J'ai grandi par moi-même, avec pour seules alliées ma chambre et mon imagination. (...) Plus tard, je me suis mis à la poésie et à la musique. Mais peu importe ce que je faisais, je n'aimais pas que l'attention soit sur moi. Et puis à 14 ans, j'ai trouvé ce masque de clown... Dès que je l'ai enfilé, j'ai ressenti quelque chose de très profond, quelque chose de spirituel.»

Très vite, ce masque est devenu essentiel aux prestations du musicien, alors batteur pour la formation Heads on the Wall.

«Je le plaçais sur ma batterie lorsque je jouais. À cette époque, je n'étais toutefois pas encore prêt à le revêtir pour un concert. Lorsque j'ai fondé Slipknot, ce fut une autre histoire. Je le portais constamment lors de nos répétitions. À la veille de notre premier spectacle, on s'est demandé ce que l'on pourrait porter sur scène pour appuyer la musique. De mon côté, c'était clair : j'allais porter mon masque de clown. Il n'y avait que Joey (Jordison, batteur) qui comprenait exactement ce que ça représentait pour moi. Les autres s'objectaient à ce que je le porte. Mais ça n'avait rien d'un caprice. Avec l'aide de Joey, j'ai finalement convaincu les autres, qui ont convenu de porter des masques qui les représentent eux aussi.»

L'attrait du clown

Pour le percussionniste Shawn Crahan, le personnage du clown en est un de constante fascination. Pourquoi? lui a-t-on demandé.

«Parce que le clown est un terrifiant idiot, qui ne se préoccupe pas le moindrement de ce que vous ressentez. C'est un peu comme ça que je me sens. Je ne me produis pas pour vous sur scène, mais pour moi d'abord. Cette attitude, je l'ai adoptée depuis si longtemps, qu'elle fait maintenant partie de moi.

«À quelque part, le masque de clown m'a permis de me trouver moi-même. Tant et si bien que j'ai déjà pensé de légalement changer mon nom pour ?Mask?. Pour moi, c'est l'expression véridique d'un moment. Le clown a l'habileté de dire ce qu'il veut. Mon clown m'aide et me permet de projeter exactement ce que je souhaite lorsque je suis sur scène.»

La conception des masques

Quel processus se cache derrière la conception des masques?

«Mon masque de clown original était un accessoire de cinéma. Il y en avait un certain nombre en circulation. Puis un beau jour, j'ai voulu aller plus loin. Je voulais quelque chose qui traduise encore davantage la musique et qui serait plus représentatif de mes attributs personnels. C'est pourquoi, lorsque nous avons eu un peu d'argent, l'on s'est mis à faire appel à Screaming Mad George [une compagnie d'effets spéciaux].

«On dessine nos masques nous-mêmes sur papier, mais on fait appel à ces professionnels pour la conception. C'est un très long processus, qui commence par la réalisation de bustes d'argile. À partir de là, ils créent des masques en latex auxquels ils ajoutent toutes sortes de matériaux correspondant à nos spécifications, dont la peinture.» 

La numérologie selon Slipknot

En plus de porter un masque qui le représente, chaque membre de Slipknot est «numéroté». Quelle philosophie se cache derrière cette autre particularité?

«Je ne peux pas parler pour les autres, mais pour moi, ça fait une fois de plus partie du concept de groupe dont chacun est une partie nécessaire. Si j'ai choisi le 6, ce n'est pas parce qu'il s'agit de mon chiffre chanceux. Je ne crois pas à ça. C'est plutôt à cause de la signification religieuse et mythologique de ce chiffre. Et puis, je suis fasciné par le concept du yin et du yang. Par les contrastes aussi. Le jour et la nuit. Parce qu'on peut le changer de côté et qu'il devient un 9, le 6 rappelle tout cela», laisse entendre Shawn Crahan. 

Vous voulez y aller?

Qui : Slipknot, avec 3 Inches of Blood et Trivium

Quand : aujourd'hui, 28 avril, 19h

Où : Pavillon de la jeunesse

Billets : 49,50 $

Infos : www.billetech.com ou 418 643-8131

 

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