Gilles Latulippe: allergique à la dramatique

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Gilles Latulippe: allergique à la dramatique

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Gilles Latulippe

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Patricia Cloutier
Le Soleil

(Québec) Quand on rit et fait rire les autres depuis 50 ans, comme Gilles Latulippe, n'a-t-on pas, à un moment donné, envie de pleurer devant un film triste? «Jamais», répond le principal intéressé. «La vie est trop courte pour regarder des drames», dit-il d'un ton ferme.

Ainsi, vous ne verrez jamais Gilles Latulippe plongé dans un livre si celui-ci n'est pas drôle. Pourtant, il lit tous les jours. Vous ne le verrez pas non plus assister à une pièce de théâtre dramatique. «Ça ne m'intéresse pas, mais alors pas du tout. Aller voir les problèmes des autres qui n'existent même pas? Je suis incapable! Si vous avez un problème et que vous avez besoin de moi, je vais y aller à 100 %. Mais demandez-moi pas de m'apitoyer sur le problème d'une bonne femme à la télévision qui n'existe même pas.»

C'est en s'injectant une bonne dose quotidienne d'humour que M. Latulippe parvient à garder ainsi son sourire et son côté farceur. Même après 50 ans dans le show-business. Un anniversaire qu'il a célébré bien discrètement cette année, sous le chaud soleil de la Floride. De toute façon, on ne célèbre pas la fin d'une carrière parce que M. Latulippe est encore très actif et compte bien le rester. «Je travaille avec des gens que j'aime, à faire des spectacles que j'aime. Je ne vois pas pourquoi je me priverais de ça. Pour faire quelque chose que j'aime moins? C'est ce que j'ai trouvé qui me satisfait le plus, alors je continue.»

Le «niaiseux» et le conteur

En fait, Gilles Latulippe poursuit ce qui est naturel pour lui : raconter des histoires. «J'ai toujours eu le goût de faire rire. Je n'allais pas à l'école et, déjà, je racontais des histoires. J'écoutais des histoires à la radio et je les apprenais. Ce qui m'ennuyait à ce moment-là, c'est que je ne savais pas écrire, alors j'en oubliais! J'avais hâte d'aller à l'école pour apprendre à écrire», raconte-t-il. Mais dès qu'il a su coucher ses blagues sur papier, l'école ne lui plaisait plus. Il n'était surtout pas question pour lui d'entreprendre des études en commerce pour reprendre la ferronnerie (quincaillerie) de son père. Il s'est donc dirigé vers le théâtre et il est tombé sur Gratien Gélinas qui se cherchait un niaiseux pour sa pièce, Bousille et les justes, en 1959. «Ce niaiseux, c'était moi!»

Puis, il a touché au cinéma. Mais ce qu'il affectionnait le plus, c'était la télévision en direct. «J'ai un tempérament nerveux. Avec le cinéma, on est tout le temps arrêté. Ils déplacent l'éclairage, ça prend une heure et quart. On tourne une scène qui dure 45 secondes et on arrête encore. On ne travaille jamais! La télévision, c'est instantané, c'est en direct, c'est là, bang. Les démons du midi, ça partait, c'est ça. Si tu te trompes, c'est ben de valeur, mais tout le monde vient de voir que tu t'es fourré, et c'est pas grave. Ça, c'est accoucher en public», se remémore-t-il.

Gilles Latulippe était là lorsque Télé-Métropole (aujourd'hui TVA) est née. Les Québécois se rappellent surtout de lui pour son rôle-titre dans Symphorien, mais il a aussi joué dans Cré Basile, une émission tournée en direct, devant public, en noir et blanc. «On avait une demi-heure devant nous, mais si Olivier Guimond se permettait trois ou quatre blagues de plus, ça ne marchait plus! Il fallait tout faire pour rattraper le temps. Souvent, on se rendait au bout de l'émission et ça ne finissait pas, il n'y avait pas de punch!»

Humour d'hier et d'aujourd'hui

Même si Gilles Latulippe aime se replonger dans le passé, il apprécie ce qui se fait à la télévision ou sur scène aujourd'hui. Plusieurs jeunes humoristes le font rire aux éclats. Mais ce qu'il trouve extraordinaire surtout, c'est qu'il y en ait autant. «Il n'y en a pas un qui copie l'autre. Chacun a son style. [...] Qu'on soit capable, dans un aussi petit marché, d'avoir autant de gens qui veulent faire rire, c'est remarquable. Est-ce qu'il y a un autre peuple, un autre pays qui est comme ça? Je ne le sais pas», philosophe-t-il.

Sauf qu'il n'est pas question pour lui de tenter de transmettre ses 50 ans de métier aux plus jeunes. Il avoue bien humblement qu'il n'en est pas capable. «J'ai toujours travaillé d'instinct. J'ai un gag qui me vient, je n'analyse même pas, je le fais. Si ça rit, ça rit, si ça ne rit pas, c'est ben de valeur. L'instinct, ça ne s'enseigne pas.»

Il préfère plutôt se concentrer sur la scène. Il foule les planches du Centre culturel de Drummondville depuis 15 ans. Cette année, c'est sa dernière pièce, Peinturé dans le coin, qu'on y joue. «Elle est moins burlesque, plus structurée que les autres. C'est l'histoire d'un bonhomme qui a une maison dans le Nord et qui s'en sert pour aller baiser. Mais sa femme le sait. Et elle a mis une annonce pour la vendre.» De là s'échafaudent des mensonges par-dessus d'autres mensonges.

À la fin de l'été, Gilles Latulippe se met normalement à l'écriture de ses petits livrets de blagues, qu'il sort juste avant les Fêtes. «Il y a toujours un raconteur dans chaque famille. S'il raconte les mêmes jokes que l'année passée, ça va être plate, alors je lui fournis du matériel.» Pour ce faire, il faut seulement que M. Latulippe réussisse à attraper son fils, Olivier, qui lui sert de secrétaire et de premier public, mais qui travaille aussi aux Nations Unies à New York et voyage beaucoup. «Il aurait fallu que je m'en fasse un sédentaire!» lance-t-il à la blague.

Et l'hiver, Gilles Latulippe part en Floride avec sa femme. Il joue au golf tous les jours en nourrissant les animaux. «Je les adore. J'ai un raton laveur, des oiseaux et des canards qui me suivent sur le parcours. Là-bas, ils m'appellent The Bird Man.» Et ici, il est l'incarnation même du «Comic Man».

Les sens de Gilles Latulippe

Quel est le meilleur spectacle que vous ayez jamais vu?

Les spectacles de Broadway. J'y vais trois, quatre fois par année. Les comédies musicales, j'adore ça.

Y a-t-il une chanson que vous ne vous lassez pas d'entendre?

Ce n'est certainement pas une chanson, mais des chanteurs. Je m'attache davantage à l'être humain. Entendre chanter Fernand Gignac, Ginette Reno, c'est fantastique. Peu importe ce qu'ils vont chanter, ça va être beau.

Avez-vous un péché gourmand?

Aucun. Là, par exemple, vous n'êtes pas dans le bon secteur!

Qu'est-ce qui vous touche dans la vie?

Les enfants, les vieillards et les animaux.

Y a-t-il un parfum qui vous replonge dans le passé?

Vetiver, de Guerlain. C'est le premier parfum pour homme avec lequel j'ai été en contact qui m'a vraiment plu.

Où vous voyez-vous dans 10 ans?

Je serai avec vous, en train de parler de mes 60 ans de métier.

 

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