Bien que les circonstances pénibles du retour à la scène de Leonard Cohen ? la nécessité ? ont bouleversé la majorité de ses fans, ces derniers n'allaient pas manquer le rendez-vous fixé par le Montréalais, l'un des poètes contemporains les plus célébrés du monde anglophone. Ils étaient tous là hier, aussi fébriles et enflammés qu'en ce jour de mars où la totalité des 4300 billets pour ce spectacle se sont envolés.
Le sentiment d'admiration généralisé, devant la noblesse de ce retour, a cependant vite laissé place à autre chose hier, soit le plaisir sincère de voir une authentique légende, plus vivante et pertinente que jamais, donner vie sous nos yeux à un répertoire d'une richesse infinie.
À l'avant-scène, la voix immense de Cohen prenait toute la place. Assurée, grave, chargée. Une voix comme il s'en fait peu. Une voix comme il n'y en a qu'une.
L'émotion était de la partie
Le regard espiègle, à demi voilé sous le rebord de son borsalino, le déhanchement suave et expert, sur le tempo lent des valses qui ont fait sa gloire, Leonard Cohen a offert un récital d'une remarquable générosité ? une trentaine de titres ?, où toutes ses oeuvres les plus populaires ont trouvé leur place.
Avec Dance Me to the End of Love et The Future, livrées toutes les deux en début de programme, un Leonard Cohen intense, accroupi aux pieds de l'admirable guitariste espagnol Javier Mas (mandoline, luth, guitares), annonçait déjà ses couleurs. L'émotion serait de la partie. Et elle l'a été, poignante, durant Famous Blue Raincoat, Suzanne, Chelsea Hotel #2 et In My Secret Life, interprétée en duo avec la collaboratrice Sharon Robinson.
Les yeux souvent fermés, sinon rivés à ceux de l'un ou l'autre de ses 10 merveilleux musiciens, le micro dans une main et le fil enroulé autour de l'autre, Cohen s'est montré tout simplement transcendant, du début à la fin de la soirée.
Entre l'artiste et son public, l'émotion fut également partagée, comme lorsque le premier a repris The Partisan, avec ses trois strophes en français, l'une des pièces les plus applaudies.
Le poète
Et puis, il y a eu la surprise, celle des arrangements revus et corrigés, notamment dans la monumentale Everybody Knows, plus rythmée et inquiétante, et dans la non moins adorée So Long, Marianne, qui a pris des airs de sérénade sous le jeu virtuose de Javier Mas.
Mais là où Leonard Cohen sera véritablement parvenu à suspendre le temps, c'est lorsqu'il aura permis à un autre de ses bijoux, A Thousand Kisses Deep, de reprendre sa forme originale de poème. Déclamés sur un accompagnement minimal, les vers de l'artiste auront touché plus que tout. Plus que sa triste histoire récente même.
En bout de piste, la musique aura gagné. Leonard Cohen aussi. Le public, lui, sera reparti comblé, au son d'un dernier air, qui lui était directement adressé. «Il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai...» a salué l'artiste avant de disparaître en coulisses.











