D'ailleurs, quelques années après sa sortie de l'École nationale de théâtre en 1975, le comédien a bifurqué vers l'humour. Dans les années 80, il a notamment été scripteur pour le magazine Croc et des émissions humoristiques comme Pop citrouille, Les lundis des Ha! Ha!, Samedi de rire, et a signé des comédies estivales.
À l'époque, Pierre Lebeau trimballait aussi dans les bars et les cafés de la province un spectacle solo intitulé Le sexe et l'argent. Dans un de ses numéros les plus populaires, il se moquait d'un policier de la brigade des moeurs de Mascouche qui avait été pris en flagrant délit d'orgie dans un bar de danseuses. «Curieusement, se rappelle-t-il, les seules personnes qui avaient été accusées, c'était les danseuses.»
Pierre Lebeau dit qu'il s'est toujours fait un devoir de ne pas poser de jugement sur les rôles qu'on lui offrait. Ce qui explique sans doute qu'il soit un des acteurs les plus polyvalents au Québec.
Un peu à son désarroi, le grand public le connaît surtout pour ses rôles au cinéma et à la télévision, notamment pour celui de Méo dans Les Boys, qui lui a permis de remporter le Jutra du meilleur acteur de soutien en 2002. L'acteur est aussi renommé pour avoir incarné Séraphin, dans Un homme et son péché, un rôle qui lui a valu en 2002 le prix Jutra du meilleur acteur. Au petit écran, il a également personnifié l'inspecteur Jean-Marie Dufour dans Fortier, un rôle pour lequel les spectateurs lui ont donné un MetroStar en 2004.
Mais c'est d'abord au théâtre, où il a joué dans une cinquantaine de pièces, que Pierre Lebeau s'est illustré. Qu'on pense à ses rôles dans Matroni et moi, Cyrano de Bergerac, Des souris et des hommes, Macbeth, L'odyssée, Novecento ou Le procès de Kafka, pour n'en nommer que quelques-uns, sa forte présence sur les planches lui a permis d'incarner un large éventail de
personnages.
«Je peux très bien jouer tous ces grands rôles classiques et en même temps jouer dans Les Boys, précise-t-il. J'y attache la même importance, le même soin. Je ne néglige pas Les Boys en me disant que c'est une oeuvre mineure. Je me fends vraiment en vingt pour donner toute la crédibilité nécessaire à ce personnage-là, autant que je pourrais le faire pour un rôle classique.»
Effort et exigence
À 54 ans, Pierre Lebeau espère que l'avenir lui réserve une carrière aussi remplie qu'aujourd'hui, tant au théâtre et à la télé qu'au cinéma. Mais il croit qu'il n'aura plus autant de rôles le jour où il abandonnera son leitmotiv - «effort et exigence».
«C'est la seule façon de bien faire ce métier-là, dit-il. On est dans un petit pays, et on a en quelque sorte vite fait le tour du jardin. Si, en faisant le tour du jardin, tu le fais de façon bâclée, les gens peuvent s'en souvenir. Alors, t'as pas le choix d'être toujours bon, comme ça, après quelques années, tu peux faire partie de la famille. Mais il n'y a rien de plus difficile que d'impressionner sa famille.»
Les sens de Pierre Lebeau
Un parfum qui vous rend nostalgique?
L'odeur des livres. Ma mère aimait beaucoup la littérature et quand j'étais enfant, elle avait ouvert un livre devant moi au hasard et m'avait dit : «Sens, c'est comme un fruit frais.»
Qu'est-ce qui vous fait ouvrir la bouche?
Mes chansons, mes mots.
Ce qui vous touche vraiment?
Les difficultés humaines, comme ces temps-ci, les gens qui perdent leur emploi et vivent dans des conditions précaires. La pauvreté me touche beaucoup aussi, et les personnes âgées qui sont laissées pour compte, dont on s'occupe peu.
Une chanson que vous ne vous lassez pas d'entendre?
Avec le temps, de Léo Ferré. Pour moi, c'est la plus grande chanson du XXe siècle. Ça dit quelque chose d'immuable.
Votre pièce de théâtre favorite?
Cyrano et Novecento, pas parce que je les ai jouées, mais parce que c'est deux textes extraordinaires.
Qu'est-ce que le métier vous réserve encore?
J'espère être là le plus longtemps possible, continuer de jouer, c'est ce que j'aime le plus faire. C'est un métier qui me rend heureux, parce que je n'ai pas l'impression de travailler.












