À l'invitation du Grand Rire, le 21 juin, Francis Veber accompagnera dans la capitale deux de ses films qu'il considère les plus drôles : La chèvre, avec Gérard Depardieu et Pierre Richard, et Le dîner de cons, avec Jacques Villeret et Thierry Lhermitte. Les deux projections seront entrecoupées par une entrevue devant public où le réalisateur partagera quelques secrets sur les coulisses de son travail et l'art de faire rire au cinéma.
L'inénarrable François Pignon devrait certainement faire partie des discussions. Au coeur d'un chapelet de films et porté par six acteurs depuis 1973 (Jacques Brel, Gérard Depardieu, Jacques Villeret, Daniel Auteuil, Gad Elmaleh et Patrick Timsit), ce gaffeur invétéré, jamais tout à fait le même mais toujours délicieusement simplet, est un peu devenu le meilleur ami du scénariste. «C'est un fidèle compagnon de voyages, déclare-t-il. Je l'aime parce qu'il n'est pas méchant du tout. Il est ce petit homme qui s'élève un peu à cause de l'aventure qu'il vit. [...] C'est aussi un porte-bonheur. J'ai fait neuf films avec lui qui ont fait environ 43 millions d'entrées...»
De Jacques Villeret à Steve Carell
Francis Veber ne peut pas encore dire s'il retrouvera son vieil ami dans une nouvelle aventure. Le réalisateur a été quelque peu échaudé par l'accueil sévère réservé à son dernier film, L'emmerdeur, dans lequel Patrick Timsit reprenait le rôle tenu il y a 35 ans par Jacques Brel. «Au cinéma, quand je fais un bide, ça me fait peur...» laisse entendre le cinéaste, qui avance deux explications à son récent échec. «Je pense que le public y a vu une profanation de sépulture, analyse-t-il. On ne m'a pas pardonné que je reprenne les rôles de Jacques Brel et de Lino Ventura. Et il y a aussi le fait que ça faisait très, très longtemps que j'avais du succès. En France, c'est parfois mal vu...»
Toutefois, François Pignon reprendra vie une nouvelle fois, aux États-Unis, dans l'adaptation hollywoodienne du Dîner de cons, Dinners for Schmucks, dont la sortie est prévue pour l'année prochaine. Steve Carell y mènera la vie dure à Paul Rudd, mais Francis Veber, lui, restera loin du plateau.
«J'ai pris l'habitude de ne pas travailler sur les adaptations américaines de mes films, explique-t-il. Quand on ne s'entend pas sur certaines idées, ils servent à tout coup l'argument béton ?Ce n'est pas américain...? Que voulez-vous que je réponde à ça?»
Nos voisins du Sud, Francis Veber a appris à bien les connaître. Pendant six ans, il a travaillé comme consultant auprès de grands studios hollywoodiens. Encore aujourd'hui, il vit les deux tiers de l'année dans les collines de Los Angeles, avec Keanu Reeves ou Tobey Maguire pour voisins. Des bus touristiques de chasseurs de vedettes passent devant chez lui et s'il s'adonne à être dehors, il se fait inévitablement bombarder de flash! «Ils le font à tout hasard. Je ne suis pas une vedette, ici. [...] Pour moi, [Los Angeles], c'est comme une ville de province. La vie n'y est pas aussi trépidante qu'à Paris ou à New York.»
S'il apprécie le paysage et le train de vie, Francis Veber est plus critique envers le cinéma comique made in Hollywood. «Ça fait très longtemps qu'on n'a pas vu une véritable comédie américaine», tranche celui qui se dit peu impressionné par les productions qu'il a vues récemment.
À presque 72 ans, Francis Veber s'est attaqué à la rédaction de ses mémoires, qu'on imagine fort colorés, à entendre le lot de rigolotes anecdotes qu'il prend visiblement plaisir à raconter. S'il a momentanément laissé de côté sa caméra, l'homme derrière plus de 35 scénarios et une douzaine de réalisations et un légendaire con ne songe pas encore à la retraite. «Je le ferai le jour où j'aurai perdu trop de neurones. Pour le moment, des idées, j'en ai tout le temps!»











