Je le réécouterai avec le souvenir de la bête humaine qui irradiait la scène de son énergie brute, de sa folie, de son corps devenu musique. Avec le souvenir aussi de l'intensité de sa relation avec la foule, l'un et l'autre se nourrissant de l'échange pour faire exploser le plaisir.
Yann Perreau présentait le tout premier spectacle de sa nouvelle tournée, mais si ça ressemblait à une première fois, ce n'était pas parce qu'il restait à peaufiner l'alignement des chansons ou la cohésion des musiciens (excellents). Ça ressemblait à une première fois comme un privilège, celui de capter la joie intense du retour de l'artiste et de l'offrande de ses nouvelles créations.
C'est rare, un musicien qui fait danser frénétiquement autant de poésie, c'est rare que les belles lettres ont droit à un tel souffle de vie, à de telles vagues d'émotions, à autant de rock et de rythme et à des mélodies aussi enivrantes. Perreau s'en vient au Grand Théâtre le 22 octobre, et je ne saurais trop vous conseiller de goûter l'expérience. On en ressort avec l'envie d'embrasser la vie, d'autant qu'il termine avec son succès Beau comme on s'aime.
Magnifique mara
Plus tôt dans la soirée, je suis allée faire un tour chez Mara Tremblay, dont j'ai eu beaucoup de mal à me séparer pour tendre l'oreille à Caracol. J'avais bien aimé son disque L'arbre aux fruits, qui aborde un territoire musical nouveau, mais ce que j'ai aperçu sur scène prenait invariablement une couleur reggae à la DobaCaracol. Alors, je n'ai pu résister à l'envie de retourner chez Mara, magnifique, épanouie, libre, sensuelle, accomplie. Ce qui crée énormément de beauté chez la même personne, beauté qui nourrit toute sa musique et en particulier le dernier disque. Ça faisait 10 ans qu'elle n'était pas venue au Festival, elle était ravie d'être enfin réinvitée.
Après, j'ai tenté un saut chez les Fatals Picard, mais je suis arrivée trop tard. Idem pour Misteur Valaire, dont je n'ai même pas pu approcher tant la foule sautillante était compacte.
J'ai eu le temps néanmoins d'écouter Coral Egan chanter L'amour existe encore version jazz, très belle. La chanteuse participe à un atelier d'écriture à Tadoussac, car elle veut se convertir au français dans un prochain album. À suivre...
Pas vu David Marin sur le rocher, mais je me suis un peu rattrapée avec la formule trio sur scène. Marin étant plutôt réservé et posé en entrevue, j'avais des doutes sur sa présence scénique, mais je vous le confirme : il assure! Et il joue brillamment avec les mots, chaque suite est une surprise. Tiens, un exemple : «Roule, roule, roue du boulot/Emmène-moi au bout du rouleau...» Marin, pas un gars de bureau, vous l'avez deviné, s'est servi d'une machine à écrire pour jouer de la musique et, plus tard, délaissant sa guitare, il est descendu de scène avec un accordéon, sans micro, et il a allumé plein de regards et de sourires. À côté de la track comme le titre de son CD? Non, plutôt droit dedans et on lui souhaite la destination du succès.
*Les frais de ce séjour ont été en partie payés par le Festival de la chanson de Tadoussac.











