Joint par Le Soleil à Paris, l'auteur français Yves Gautier le dit d'entrée de jeu : il n'était pas un très grand fan de Michael Jackson quand il a entrepris la rédaction de Michael Jackson : de l'autre côté du miroir, paru en 2005. En fait, ce diplômé de Science Po Paris et DEA de sociologie a surtout été porté par une réelle curiosité «sans préjugés» pour le chanteur décédé jeudi. À l'aide de faits compilés, d'analyses d'image et de notions de psychosociologie, il a tenté de répondre à une question : «Dans quel monde vit Michael Jackson?»
La question se pose en effet chez cet artiste auteur de son propre mythe, entretenant une vie pleine de dualité.
Pour Yves Gautier, l'enfance difficile de cet enfant-vedette fournit plusieurs pistes de réflexion. Sous l'emprise d'un père autoritaire et violent, le petit Michael s'est réfugié dans sa tête, résume-t-il. «Il s'est construit un univers défensif, un personnage pour fuir le réel face à la pression physique et psychologique.»
En ce sens, son admiration pour Walt Disney ou son identification au personnage de Peter Pan convient parfaitement au «roi de la pop». «Peter Pan, éternel elfe adolescent asexué, se résume en un complexe jeu d'oppositions : ni humain ni animal, ni naturel ni surnaturel, ni adulte ni enfant et enfin ni homme ni femme. Peter Pan est insaisissable», écrit Yves Gautier dans son ouvrage. La conséquence de cette fuite? «Le prix à payer est de rester coincé, de rester prisonnier de ces mécanismes», poursuit M. Gautier en entrevue.
Un monde qui, chez Jackson, s'est notamment traduit par un culte des objets, estime Yves Gautier. Le singe Bubbles, le ranch
Neverland, autant d'excentricités contribuant à cette fuite de l'enfance perdue. «Parfois on se dit que quand on sera grand, on achètera la boutique de bonbons, mais on ne le fait pas. Lui, il l'a fait.»
Le cirque
Le caractère unique de Michael Jackson fascine aussi Luc Dupont, sociologue et professeur au département de communication à l'Université d'Ottawa. Selon lui, la personnalité du bonhomme tient en partie à sa grande admiration pour l'homme de cirque du
XIXe siècle, P.T. Barnum. «Il a déjà dit que l'un de ses héros était le fondateur du cirque Barnum & Bailey. En 1987, il a eu l'idée d'acheter les restes de l'homme éléphant, c'est très Barnum, ça. On est dans le même univers», explique M. Dupont. Ce spécialiste de la publicité reconnaît d'ailleurs à Jackson un grand talent pour entretenir son image publique, véritable «marque de commerce».
Une photo de lui dans une tente à oxygène en 1986, son mariage avec Lisa Marie Presley en 1994, son bébé suspendu au-dessus d'un balcon d'un hôtel de Berlin en 2002, autant de controverses qui ont gardé Jackson bien présent, malgré son relatif silence professionnel, note Luc Dupont. À la veille d'une nouvelle série de concerts, Michael Jackson aurait pu, tel un phénix, renaître de ses cendres. Malgré les excentricités, les procès et les chirurgies, il a prouvé que son public répondait toujours présent. «Après tout, il est une star. Il est le digne successeur des dieux intemporels d'il y a 2000 ans. On a besoin de croire en des gens qui nous dépassent, et les gens qui nous dépassent, ce n'est certainement pas ceux qui nous ressemblent», estime Luc Dupont.
Son image, Jackson l'aura entretenue jusqu'à la toute fin, ajoute-t-il. «Quand on voyait le transporter de l'hôpital à la morgue, on se disait : ?C'est un dieu, une star, on le transporte dans les airs.? Même dans la mort, il va continuer à alimenter son mythe.»
Pour entendre Yves Gautier parler de Michael Jackson, cherchez «Michael Jackson, la créativité d'un survivant de l'enfance» au www.dailymotion.com.











