Sherazade, incarnée avec grâce et sensualité par Rita Tabbakh, voix superbe, raconte au sultan Soliman (Philippe Berghella), un homme blessé, des histoires pour le ramener vers la lumière et l'empêcher de faire mourir les femmes. Son conte préféré est celui d'Aladin, jeune homme pauvre qui veut conquérir le coeur de Jasmina (Caroline Marcoux), la jeune soeur de Sherazade, manipulée par Djinninia (Cassiopée), le mauvais génie.
Il faut beaucoup de temps pour sortir de la confusion qui entoure le rôle de Jasmina, à la fois présente dans le conte d'Aladin et aux côtés de Sherazade, celle qui raconte. Ce n'est pas la faute des textes, clairs et directs -, mais sans poésie. L'auteur Félix Gray, moins grandiloquent qu'au temps de Don Juan, ne sort guère des rimes faciles et des phrases cliché, du genre «je suis comme une hirondelle posée sur une aquarelle» ou «je l'aime et je donnerais pour elle le sang qui coule dans mes veines». La confusion sur Jasmina vient plutôt de son passage des deux côtés du miroir : le conte et la vie.
Les personnages de Sherazade évoluent dans des décors et des costumes somptueux. On a voulu en mettre plein la vue plutôt que de suggérer; un choix qui se défend pour ce type de spectacle. Par contre, du côté de la mise en scène, signée Yves Desgagnés, c'est plutôt appuyé, voire surligné par moments. Par exemple, quand le mauvais génie se pointe, en noir et rouge, forcément, et que la musique prend la couleur d'un rock tonitruant, on rêve d'une plus grande subtilité. Il y a quand même de bonnes idées ici et là, comme les femmes du harem qui tentent d'échapper à l'emprise du sultan.
Les plus beaux moments de Sherazade appartiennent aux danseuses, particulièrement aux danseuses du ventre. L'étoile du groupe, avec ses rondeurs et sa longue chevelure brune, est tout simplement splendide de volupté, sa souplesse est impressionnante et sa présence envoûtante. La finale en groupe présente aussi un caractère grandiose à cause de la beauté des voix réunies.















