Ses pratiques de gestion sont encadrées par des règles strictes, «pour éviter toute possibilité ou apparence de conflit d'intérêts».
Toutefois, Spectra profite largement de la tenue des festivals dont elle est gestionnaire : le Festival international de jazz de Montréal, Montréal en lumière et les FrancoFolies. Car les artistes qui font partie de sa maison de disques trouvent une belle vitrine et parce que la salle du Métropolis, dont elle est propriétaire, est louée par les festivals pendant toute leur durée, à des périodes où l'achalandage ne serait pas si grand.
«Oui, mais chaque opération [entre Spectra et les festivals] doit se faire à un coût moindre que le prix du marché. On loue le Métropolis moins cher aux Francos qu'à un autre client», a souligné M. Simard.
Pour ce qui est des droits de télédiffusion de concerts enregistrés aux FrancoFolies, l'argent ne revient pas à l'événement, mais à une filiale de Spectra.
«Aucun OSBL [organisme sans but lucratif] ne produit d'émissions de télé parce qu'elles n'ont pas droit aux crédits d'impôt pour la production», explique le président de Spectra, ajoutant qu'en chanson francophone, il n'y avait pas vraiment d'argent à faire avec la télédiffusion, qui ne se ferait que pour offrir une visibilité supplémentaire aux commanditaires privés.
«En humour, c'est différent parce qu'il y a de grosses cotes d'écoute.»
Juste pour rire et le Grand Rire possèdent d'ailleurs des filiales qui produisent leurs émissions de télé, mais les autres festivals du Québec sont majoritairement de véritables OSBL, qui ne sont pas montés dans le train de la convergence.
Déficits chroniques
Le mois de juin est le remède jugé essentiel par l'Équipe Spectra pour «sauver» les FrancoFolies, malades chroniques de déficits depuis leur naissance. Mais les Francos sont-elles si pauvres que ça?
Elles jouissent d'un budget de 10,2 millions $, dont 36 % vient des subventions gouvernementales, 44 % des commanditaires privés, et le reste, de la billetterie et des ventes en kiosque, de la bière et des produits dérivés.
En 2008, les salles où étaient présentés les spectacles payants étaient remplies à 80 %, mais il y a quand même eu déficit. En fait, au cours des trois dernières années, les pertes atteignent le demi-million de dollars.
Compensation de l'État
Une étude commandée par le ministère du Tourisme a évalué que les Francos se privaient de 400 000 $ à 600 000 $ lorsqu'elles étaient présentées en août plutôt qu'un juin. Et depuis, le gouvernement accorde une compensation récurrente de 200 000 $ supplémentaires aux Francofolies. «Le gouvernement ne pourra pas accorder des compensations éternellement», juge le président Alain Simard.
Pourquoi ne pas gérer les fonds selon les budgets disponibles plutôt que de changer les dates? «Écoutez, on va chercher 680 000 $ avec la vente de billets, peut-on vraiment faire plus?» demande-t-il.
Le Festival d'été va chercher plus de 4 millions $ avec la vente de ses laissez-passer, soit le quart de son budget d'exploitation. Les Francos tirent moins de 10 % de leurs revenus de la billetterie; elles plaident qu'elles ont la mission de présenter des spectacles gratuits à l'extérieur - 180 cette année - afin de faire découvrir des artistes francophones de la relève aux jeunes et aux communautés culturelles.
Le volet extérieur gratuit s'est pourtant considérablement développé ces dernières années et il y a de plus en plus d'artistes de renom qui y sont invités. Cette année, il y a eu notamment Marjo, Éric Lapointe et Marie-Chantal Toupin, les Colocs avec Sébastien Ricard et aussi Corneille.
Les FrancoFolies épargneront 250 000 $ en montage et en démontage de scènes en se produisant tout de suite avant le Festival de jazz, qui a cours au même endroit. Leur déménagement permettra au Festival Juste pour rire d'utiliser les installations du Quartier des festivals à la fin juillet.
«On ne peut pas s'empêcher de vivre à Montréal parce que Québec a des inquiétudes», a tranché M. Simard, qui ne comprend pas comment sa décision peut créer une telle «psychose».














