Du côté droit de la scène, on a d'abord aperçu Gary Bartz, le saxophoniste invité. Puis le contrebassiste Gerald Cannon a fait son apparition, suivi du batteur Eric Kamau Gravatt. Le leader, pour sa part, est arrivé par la gauche. Si son pas lent trahissait ses 70 ans, il n'en était rien de son jeu.
C'est qu'il a toujours de la verve et de la poigne, le Tyner. Lançant ses motifs recherchés, reposant sur des structures denses et des harmonies modernes, le jazzman martelait les touches d'ivoire et d'ébène comme s'il s'agissait d'un trampoline. Sa main gauche rebondissait jusqu'à hauteur de l'épaule pour mieux atterrir sur le clavier tandis que la droite offrait des bouquets de notes ou y allait de puissants doublés à l'octave, servi par le pouce et l'auriculaire. Le musicien américain nous a servi de tout. Des compositions lumineuses de son propre répertoire (la magnifique Fly with the Wind), mais également des airs de sa mémorable période avec Coltrane, de même que des reprises, telle In A Mellow Tone (Duke Ellington). Comme quoi il faut savoir se rappeler d'où l'on vient pour mieux savoir où l'on va...
Sono discutable
Malheureusement, on n'aura pas toujours pu savourer pleinement le doigté de Tyner. Curieusement, le Palais Montcalm, reconnu pour la qualité de son acoustique, n'a pas bien desservi le jazzman. On perdait souvent les subtilités de son jeu contrasté, le piano se noyant sous la batterie et le saxo. Les crescendos mordants perçaient, bien sûr, mais pas les ornementations nuancées ou son fascinant travail sur les harmonies, obtenues en répétant certaines notes de façon hypnotique.
La contrebasse a également souffert de la sono : le son de Gerald Cannon n'était pas clairement défini, si bien qu'on l'entendait surtout lorsqu'il était sous les projecteurs. Pas grand-chose à redire sur son travail, cependant. Celui qui longtemps joué aux côtés de Roy Hargrove était précis, inventif et brillait par son à-propos.
À la batterie, le vétéran Eric Kamau Gravatt faisait un excellent boulot d'accompagnateur, mais on ne saurait en dire autant de son apport de soliste : sa singulière technique et son équipement, plus rock que jazz, l'amenaient dans des sentiers éloignés des pièces qu'il jouait.
Quant à Gary Bartz, il ne manquait pas de souffle. Vrai que, sur certains titres, on sentait le saxophoniste davantage prudent, ce qui trahissait son statut d'invité, mais lorsqu'il était pleinement à son aise, le ton chaud de son alto et sa recherche mélodique ne faisaient qu'un avec le trio.
En dépit des quelques bémols qu'on a pu relever, cette soirée de clôture du Festival de jazz a compté son lot de moments forts. Juste de voir le légendaire pianiste à l'oeuvre n'ayant rien perdu de sa fougue, de sa finesse et de sa sensibilité méritait le déplacement. Une magnifique leçon de piano et de professionnalisme qui a comblé les nombreux spectateurs présents.











