Gilles Vigneault avait rendez-vous hier avec le Belge Julos Beaucarne (à gauche) et le Suisse Michel Bühler à Montreuil.
Collaboration spéciale Valérie Lesage
Deux rendez-vous au studio de la rue de la Roulette en ce premier jour: le Suisse Michel Bühler et le Belge Julos Beaucarne.
Avant le départ, courte rencontre entre Gilles Vigneault et un producteur suisse, qui raconte n'avoir jamais été témoin, depuis Jacques Brel, d'un accueil aussi grand que celui réservé lundi à M. Vigneault. Le producteur offre cinq dates en Suisse.
Peu après, en route vers le studio, pendant que l'artiste se repose, sa tête appuyée contre l'épaule de sa femme, le producteur Paul Dupont-Hébert téléphone à Guy Béart afin de fixer un rendez-vous pour le lendemain avec Gilles Vigneault. Anne Sylvestre et Charles Aznavour sont aussi attendus.
Dès l'arrivée au studio, le pianiste Bruno Fecteau s'émerveille devant la qualité du magnifique piano à queue, tandis que Michel Bühler commence à répéter Les gens de mon pays avec Gilles Vigneault.
L'auteur de la chanson réchauffe un peu sa voix, s'isole derrière le micro et, en une seule prise, la chanson est parfaite. Il grimpe dans les dernières notes, «Je vous entends demain, parler de liberté», avec une conviction et une intensité vibrantes; difficile de retenir une larme devant une charge émotive si puissante.
«On ne peut pas faire mieux», réagit Thomas Vingtrinier derrière la console en régie.
Michel Bühler, qui a un registre plus bas que son hôte, laisse tomber les notes aiguës pour se concentrer sur les graves, qu'il rend magnifiquement.
Après deux ou trois prises, le pianiste et directeur musical demande de refaire la finale pour créer une harmonie avec les deux voix; l'une qui monte et l'autre qui descend.
«Ça va être écoeurant!» s'exclame Bruno Fecteau, ravi.
Tous les artistes qui participeront à l'album de duos auront leur voix sur Les gens de mon pays. Julos Beaucarne, qui l'a traduite en wallon, en fera un passage dans cette langue.
«Ça va caractériser Julos, ça le nommera», précise Gilles Vigneault, qui a eu l'idée.
Trouvailles musicales
Julos Beaucarne a choisi d'interpréter Je ne vous dirai plus je vous aime, une chanson magnifique dont il s'étonne qu'elle n'ait pas connu plus de succès.
«La mélodie me plaît beaucoup, c'est très recherché. Il y a des trouvailles musicales extraordinaires. C'est frappant parce que peu d'artistes font ça dans la chanson. Il y en a qui effleurent ça, mais Gilles Vigneault, c'est une inspiration musicale divine», témoigne l'artiste belge.
Quand il s'installe derrière le micro, M. Beaucarne doit chasser un chat dans sa gorge. Il faudra quelques prises avant de toucher la grâce, mais alors, c'est si beau de douceur et de vulnérabilité que Gilles Vigneault dit : «Je me demande si je vais participer...»
Quand M. Beaucarne vient rejoindre l'équipe en studio, il a droit à quelques taquineries.
«C'est pas mal pour un Belge», lui lance M. Vigneault à la blague.
L'atmosphère est détendue, comme elle l'est depuis le début de l'aventure européenne. Personne n'a le trac, personne n'a d'exigences difficiles à concilier et Gilles Vigneault entre dans tout ce qu'il touche avec humilité, respect et délicatesse.
Un petit verre de rouge pour finir la journée en beauté et demain, la belle histoire du disque de duos continue. Je serai là encore pour vous la raconter.
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