Des pièces inédites, on en entendra quelques-unes lorsque les Cowboy Junkies s'arrêteront à Québec, le 21 novembre. Autant en profiter, car il n'y a pas de nouvel album à l'horizon pour la formation ontarienne. Margo Timmins parle, de façon très hypothétique, d'une parution à l'automne 2010. C'est donc à une sorte de synthèse de leur répertoire que la chanteuse, Michael Timmins (guitare et composition), Peter Timmins (batterie) et Alan Anton (basse), accompagnés du multi-instrumentiste Jeff Bird, convient les fans. L'occasion, pour nous, de faire un bilan du chemin parcouru et de la voie à suivre, en compagnie de Margo Timmins.
Q Les Cowboy Junkies semblent plus intéressés à évoluer qu'à révolutionner. C'est-à-dire que même si vous avez essayé différentes choses d'un album à l'autre, vous êtes restés assez proches d'un son et d'une manière d'aborder les pièces, non?
R Je crois que si vous mettez quatre personnes ensemble, vous aurez un son de base et, dans notre cas, c'est le son des Cowboy Junkies. Mais sur chaque album, on essaie d'explorer quelque chose de plus. Il y a continuellement des défis, mais on n'arrivera pas soudainement avec un disque de country, car nous ne sommes pas un groupe country, même si on est influencé par ce genre.[...] On ne s'est jamais assis pour se dire : cet album sonnera comme ça. Ce sont les chansons qui nous guident. Je crois que les pièces sont quelque chose de très organique et qu'elles vous indiquent de quoi elles ont besoin pour prendre forme. Parfois pas suffisamment - et ça vous rend fou!
Q Près de 25 ans ensemble, ce n'est pas si commun dans le milieu musical, surtout quand il y a trois membres d'une même famille au sein du groupe. Comment êtes-vous parvenus à, comment dire...
R Ne pas nous entretuer?
Q Oui!
R On a eu une soirée familiale hier soir. Ma nièce a eu 10 ans et nous y étions tous. Sans nous en parler, nous avons appris, lorsque nous sommes ensemble autrement que pour le travail, à être des oncles et des tantes, à être les enfants de nos parents - qui sont toujours vivants et qui sont encore en couple. Nous sommes une famille unie de six enfants et il y a maintenant beaucoup d'enfants et même de petits-enfants. Je crois que nous avons toujours su que si le groupe éclatait car on se détestait, on ne détruirait pas juste un groupe, mais une grande famille.
Q La réussite des Cowboy Junkies tient d'une part aux chansons de Michael et, de l'autre, à la manière que vous les rendez, avec ce chant éthéré, et cette voix vibrante. Comment procédez-vous pour vous les approprier de façon si personnelle?
R L'élément le plus important est que Michael me permet d'interpréter les chansons à ma manière. Il y a beaucoup d'auteurs-compositeurs qui sont possessifs avec à leurs compositions. Ils les ont écrites de telle façon, avec un certain message et c'est la façon qu'ils veulent qu'elles soient rendues. Michael n'a jamais fait ça. Il a toujours senti que c'est lorsqu'il écrit sa chanson qu'il s'exprime. Une fois qu'il me l'a donnée, ça devient ma pièce et je peux l'interpréter complètement différemment de ce qu'il concevait. (...) Parfois c'est frustrant pour moi, car il peut me donner une pièce et je n'ai pas la moindre idée de ce qu'elle signifie. Je lui demande un indice et il ne me répond pas! Mais les pièces pour lesquelles je me creuse les méninges sont celles que j'apprécie davantage, car ce sont celles dans lesquelles je m'implique le plus.
Q Les textes traitent beaucoup de relations interpersonnelles et, plus particulièrement, sur l'album At the End of Paths Taken, de la famille. Pour vous, les chansons sont des miroirs?
R Oui. Michael écrit à partir d'expériences personnelles. Il sera influencé par quelque chose qu'il a lu dans un livre ou qu'il a vu dans un film, mais la raison pour laquelle il écrira là-dessus est que ça l'a touché sur le plan personnel. Je crois que, depuis le début, ce sur quoi nous écrivons est la condition humaine, sur comment nous sommes tous confus et comment la vie n'est pas facile. Étant donné que nous avons à peu près tous le même âge - Michael a seulement 18 mois de plus que moi - on franchit les mêmes étapes ensemble et ça sert notre équipe auteur-compositeur et interprète. Nos albums sont une sorte de journal intime.
Q Quand vous avez quitté le label Geffen, à la fin des années 90, vous avez remis votre étiquette Latent en route et vous avez lancé un site Web, qui est aujourd'hui florissant. Avez-vous été visionnaires?
R À cette époque, Internet ne commençait qu'à bourgeonner. Moi, j'avais encore à peu près jamais touché à un ordinateur et comme la plupart des autres, hormis peut-être Al, notre bassiste, je ne comprenais pas trop le fonctionnement. Par contre, on sentait que quel-que chose d'important se passait là. Certainement pas l'idée qu'un jour, on téléchargerait des chansons, mais ce qu'on a compris, c'est que c'était un lien avec les fans. On a toujours été conscients du lien avec eux et bien avant les sites Web, on allait à leur rencontre au terme des performances. Quand on a quitté Geffen, on a su qu'on n'aurait plus une imposante équipe de publicité derrière nous, alors on s'est tourné vers le Web. Je pense que c'est l'un des outils les plus importants que nous avons.
Q Vous avez mis en ligne Ty Tyrfu Sessions, un album solo que vous avez lancé en juillet. Comment est né ce projet?
R Je suis une chanteuse, mais pas une compositrice. Et même si j'adore les pièces de mon frère, il y a une foule de grands auteurs-compositeurs dans le monde qui ont écrit des chansons mémorables. Alors quand on avait du temps, j'allais au studio avec Jeff Bird et des musiciens qu'il connaît. Parfois on s'installait seulement lui et moi et on jouait ces classiques. Ce n'est pas quelque chose sur lequel nous avons travaillé longtemps, c'était plus «faisons-le maintenant!»
Q Vous avez passé le plus gros de votre carrière en marge du succès de masse. C'est une bénédiction ou une malédiction?
R Ç'a permis à notre carrière de durer. On n'a pas eu la pression du succès qui s'impose à certaines formations et qui peut en venir à les faire éclater : l'afflux d'argent rend les gens fous. Ça nous a aussi permis de faire tout ce que l'on voulait faire musicalement. Mais si vous me demandez si j'aimerais avoir ma sécurité de vieillesse, grâce aux millions que j'aurais à la banque, ça oui, ce serait bien! [...] En vieillissant -?nous approchons de la cinquantaine - nous avons encore plus de plaisir à jouer ensemble. C'est très important pour moi d'être dans les Cowboy Junkies. Quand je me retrouve dans le groupe, je quitte toutes mes obligations familiales : ce n'est que moi pour quelques secondes; ma musique et celle de mon groupe. Et j'en ai besoin plus que tout au monde. Plus que le chèque de paye.
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Le groupe vu par Margo
Afin de résumer la trajectoire des Junkies, nous avons demandé à Margo Timmins de nous partager des souvenirs associés à six albums marquants de la formation. Les réponses n'ont pas tardé à venir. Franches, touchantes et, parfois, rigolotes.
Whites Off Earth Now!! (1986)
«C'était avant l'arrivée des CD, bien sûr. Je me rappelle avoir tenu l'album entre mes mains. Je me souviens clairement où j'étais assise, dans quelle pièce. Quand j'ai sorti l'album de la boîte, je me suis dit : ?C'est tellement cool,? je suis sur un album!» Je ne savais pas s'il y en aurait un autre...»
The Trinity Session (1988)
«Je dois ma carrière tout entière à The Trinity Session. Je ne sais pas comment décrire ça, mais c'est plus grand que le groupe. Je dois à ça une immense reconnaissance. J'ai l'impression de n'avoir aucune implication là-dedans - je veux dire, j'ai été impliquée dans l'album, mais pas dans le succès qui l'a entouré. La réponse du public a été une chose formidable qui est entrée dans ma vie comme une bénédiction. Il y a un côté quasi mystique à Trinity Session. Je dois tout à cet album, même mon mari - je ne crois pas que je l'aurais rencontré sans cela! Des gens me disent : ?Tu n'es pas tannée de parler de Trinity Session? ?Et je dis : ?Jamais je ne le serai.?
Pale Sun Crescent Moon (1993)
«Je ne me souviens pas de l'avoir enregistré! Je ne sais pas pourquoi. Parfois dans la vie, votre attention est détournée. Je sais où on a enregistré, mais je ne me souviens pas précisément de mon implication. Je me souviens que dans le studio, il y avait toutes ces plantes recouvertes de poussière et j'ai passé beaucoup de temps à nettoyer les feuilles, car je me sentais triste pour ces plantes!»
Miles from Our Home (1998)
«Les sessions d'écriture pour cet album étaient vraiment agréables. On était allés dans une ferme à l'extérieur de Toronto. Parfois les quatre, parfois Mike et moi. On était tous mariés, ce qui voulait dire que c'était un peu plus difficile de se retrouver à quatre sans qu'il y ait d'autres obligations, mais Miles from Our Home nous avait permis de renouer avec cette façon d'être en groupe comme lorsque nous étions plus jeunes. Une autre chose qui s'est passée durant l'écriture de cet album, c'est que j'ai découvert que j'aimais la campagne. Après l'enregistrement, mon mari et moi avons même acheté une ferme.»
Open (2001)
«On arrivait tous à la quarantaine. C'est un moment où tu es encore suffisamment jeune pour changer de métier, pour refaire ta vie. Pour nous, ç'a été un moment pour nous rapprocher dans le groupe. Après Miles from Our Home, qui avait été difficile à amener sur la route en raison des problèmes avec notre maison de disques, nous nous sommes retrouvés. En ce sens, Open est un album spécial.»
At the End of Paths Taken (2007)
«C'est un disque très personnel, qui parle beaucoup de nous. Ces pièces représentaient des défis, car c'était intime, et Michael avait écrit les chansons de façon atypique, dans d'étranges tonalités, ce qui m'a forcée à chanter différemment. Je suis très fière de cet enregistrement : je trouve que j'ai démontré mon habileté de chanteuse là-dessus.»











