Charles Breton est déçu de ne jamais avoir été consulté, après la décision unilatérale d'Alain Simard de déplacer l'événement en juin alors que son festival se tient à cette période de l'année depuis plus de 15 ans. «On est les laissés-pour-compte.»
Si rien n'est fait, Tadoussac devra donc lutter avec Montréal pour attirer, en grande partie, les mêmes artistes, la même clientèle et les mêmes commanditaires. M. Breton compare la lutte à celle qu'a dû mener David contre Goliath. Près de 40 % des festivaliers de son événement résident plus près de Montréal que de Tadoussac, sans compter qu'environ 30 % de la programmation des deux festivals se recoupe.
«Nous, on ne peut pas couper dans le champagne et dans les limousines. Sans appui, il faudra couper directement dans la programmation et dans l'accueil ou courir le risque d'encaisser un déficit important. Si on réduit notre programmation, le ministère va nous couper, car il va dire qu'on est trop petits. C'est triste de se faire écraser les orteils comme ça après 26 ans», a-t-il fait valoir, se désolant du mutisme du ministère du Tourisme dans le dossier.
Il a envoyé un protocole écrit aux FrancoFolies pour faire valoir ses points. «On veut que tout le monde réussisse, que le Festival d'été et les FrancoFolies puissent connaître du succès, a rappelé M. Breton. Mais on aurait aimé être écoutés, considérés. Le réseau de tournées d'artistes dans les trois festivals qui avait été développé au fil des ans ne tient plus, et certains artistes sont très déçus eux aussi. Mais ils demeurent silencieux...»
Un «saccage»
M. Breton compare à du «saccage» la scène à laquelle il assiste actuellement. «Le gouvernement nous subventionne depuis des années en nous donnant comme mandat de faire rayonner la culture en région, de développer le tourisme et d'encourager la relève, mais ne nous consulte même pas en laissant les gros décider entre eux. C'est aberrant. C'est comme s'il reconnaissait qu'il a fait tous ces efforts pour rien.»
Le milieu politique est lui aussi à blâmer. «Dès le moment où M. Charest a dit que les deux [FrancoFolies et Festival d'été de Québec] devaient se parler et s'entendre, on a compris que c'était perdu d'avance pour nous. C'était déjà décidé en haut lieu. Quand on a choisi nos dates [mois de juin] en 1993, c'était justement pour avoir la paix. Là, on va simplement assister à un partage encore plus inégal de la tarte», a-t-il déploré.
«Les lobbies urbains sont forts, et les cocktails sont à Montréal. Les régionaux comme nous gagnent un petit peu ici et là, mais finissent toujours par perdre beaucoup en bout de ligne. Tant et aussi longtemps que les gens d'ici vont nous appuyer, on va survivre. Mais il y a des réalités incontournables. Nous avons une région peu populeuse, et c'est difficile d'attirer les médias nationaux. Si en plus les autres gros acteurs du milieu se mettent contre nous...»












