Une définition qui, en si peu de lignes, lui convient, rigole-t-il. «J'aurais aimé ça avoir une page, mais ils ne voulaient pas. Ils trouvaient que Bonaparte ou Voltaire, c'était du monde plus important.» Plus sérieusement, Yvon Deschamps précise que ce sont ses propres travers et non ceux de ses contemporains qu'il a dépeints sur scène.
Maître ès vie, l'humoriste a donné à ses monologues des titres courts, mais qui veulent tout dire : Le bonheur, L'intolérance, La violence, La libération de la femme, Le foetus, Les ethnies, Le mariage, La religion...
Son premier, Les unions qu'ossa donne? reste l'un de ses préférés. Il l'écrira pour L'Osstidcho présenté en 1968 au Quat'Sous, dont il est cofondateur. «Cette époque-là, le début, la naissance, ç'a été fantastique», confie Deschamps. Plus tôt, il avait tâté le théâtre, la musique (il a été le batteur et l'accordéoniste de Claude Léveillée), le cinéma. Puis, à partir de ce premier monologue, l'humour s'est imposé. «Ce qui est étrange, c'est que je n'ai jamais pensé être humoriste. Et pourtant, c'est devenu ma vie. C'est un beau hasard.»
De 1968 à 1984, il a gardé une moyenne de 200 spectacles par année, tout en écrivant. Une période très occupée qui l'a toutefois épuisé. Yvon Deschamps se retire de la scène durant huit ans (il se retrouve alors à la barre de l'émission Samedi de rire) jusqu'à ce que l'étincelle du monologuiste lui revienne. Il se remémore avec plaisir les années 1993 à 1996, durant lesquelles il a animé beaucoup de galas et écrit énormément.
De son parcours, il retient plus récemment cette soirée de grand karaoké sur les plaines d'Abraham en 2008, Viens chanter ton histoire. La dernière grande animation qu'il ait faite et un beau souvenir de la capitale qui le touche encore.
Influence
Monument de l'humour au Québec, Yvon Deschamps a marqué plusieurs générations et les humoristes se réfèrent souvent à lui. «Je ne pense pas avoir influencé personne, dit-il pourtant. Peut-être en leur donnant le goût de faire ça, mais sans plus.»
Quand on lui demande qui l'a inspiré, lui, il répond Clémence Desrochers. «Comme je dis toujours, je fais du Clémence.» Il mentionne aussi Gratien Gélinas, Raymond Devos et bien sûr Chaplin, son idole de tous les temps.
«Se rendre utile, c'est très important.» Ces paroles répétées par sa mère ont aussi pesé sur sa carrière. «J'ai toujours essayé d'être utile de deux façons : dans mon travail, en parlant de choses qui me semblaient importantes, en créant un dialogue qui fasse qu'on puisse avancer socialement. L'autre façon, en restant engagé, en faisant beaucoup bénévolement.»
À ce chapitre, Yvon Deschamps a une bonne feuille de route. Il a donné 30 ans au Chaînon, 10 ans à Oxfam, 15 ans au Défi sportif, 28 ans au Centre-Sud, deux ans au CHUM. «Ça serait terrible d'être connu, d'avoir obtenu une grande crédibilité et que ça ne serve à personne.»
Cette humanité, cette conscience lui vient peut-être aussi de ses origines, lui qui a grandi dans un quartier ouvrier de Saint-Henri. Son enfance a été heureuse auprès de parents aimants, Avila Deschamps, dessinateur industriel, et Anna Leduc, qui lui a donné deux frères. Mais l'époque n'était pas facile.
«Quand j'étais p'tit gars, c'était la guerre. Même si on ne l'avait pas ici, c'était le rationnement et la grande misère. La crise du logement était effrayante dans les années 40. On en avait des bidonvilles. T'en sors pas, de ça. On reste marqué.»
Engagé politiquement, Yvon Deschamps l'a aussi été. Mais ce souverainiste qui a voté pour Québec solidaire aux dernières élections provinciales dit ne plus avoir d'intérêt. «Ça fait un an et demi que j'ai commencé à décrocher, à me dire qu'il n'y a pas d'issue. La seule chose qui me console, le gouvernement au pouvoir n'administre pas si mal malgré tous les problèmes. Un de mes très bons amis est ministre des Finances, alors je ne peux pas dire du mal de lui.»
Judi
Impossible de parler d'Yvon Deschamps sans parler de Judi Richards, auteure-compositrice-interprète originaire de Toronto de qui il est tombé amoureux en 1967. «C'est pas pour mon argent qu'elle m'a choisi, c'est pour mon body», peut-on lire dans le livret-souvenirs de son anthologie DVD.
Ces dernières années, tous deux se sont retrouvés en spectacles et en tournée. Alors que lui se produisait au Manoir Rouville-Campbell, une propriété du couple de 1996 à 2006, des gens lui ont demandé pourquoi Judi n'était pas sur scène à ses côtés - c'était aussi chez elle, non?
«Travailler ensemble, on n'y avait jamais pensé. On a fait d'abord des parties séparées, puis un numéro à deux. Judi&Yvon sont ensuite partis en tournée à travers la province. On a aimé ça! On s'en es-tu conté des affaires dans l'auto...», dit-il en soulignant qu'ils avaient 35 ans à rattraper, après avoir élevé leur famille et travaillé à des carrières respectives dont ils ne se mêlaient pas.
Sa femme lui a ensuite fait une petite place dans son spectacle avec le groupe Toulouse. «Je n'allais pas rester tout seul chez nous à attendre.»
Aujourd'hui à la retraite, toujours impliqué, Yvon Deschamps profite de la vie, de ses trois filles et de ses petits-enfants, huit ans, six ans et un an, qui ne comprennent pas encore pourquoi tout le monde vient parler à leur grand-papa.
Les sens d'Yvon Deschamps
Ce que vous ne pouvez sentir?
La mesquinerie
Quelle est la meilleure pièce de théâtre que vous ayez vue?
Visuellement, ce serait La tour Eiffel qui tue, montée par Buissonneau en 1957. C'était un cas, Paul. On n'avait pas d'argent (au Quat'Sous ) et il avait décidé que le décor serait composé de cordes à linge avec des draps. Tout avait rapport avec le lavage : les cuves, les draps, les cordes. Avec tout ça, il fabriquait les costumes, la tour Eiffel... C'était très beau, inventif.
Un péché de bonne chère?
Les fruits de mer
Ce qui vous touche?
La peau de ma petite-fille d'un an
Une chanson de votre femme que vous ne vous lassez pas d'entendre?
Celle que je réécoute le plus souvent, Les papillons. Je revois mes enfants.
Qu'est-ce que l'humour sera dans 10 ans?
Il sera aussi drôle qu'aujourd'hui. Les formes changent, mais le fond ne change jamais. L'humour part de la même place, c'est une caricature de la vie.












