Q Tout d'abord, parlez-nous des débuts de Hairspray sur Broadway.
R Au point de départ, il y avait une grande excitation à l'idée de voir naître une comédie musicale du film de John Waters. Hairspray semblait toute désignée pour devenir une comédie musicale. Il y a eu quelques années de travail sur le spectacle avant qu'il soit produit sur Broadway. Puis le résultat a donné la plus grosse chose au monde, qui d'ailleurs roule encore. Hairspray n'est plus à l'affiche de Broadway, mais reste en vie grâce à notre tournée internationale.
Q Quelles sont les principales différences entre la comédie musicale et le film d'origine?
R Le premier film comportait son lot de chansons, mais la plupart étaient interprétées lors de l'émission de télévision [The Corny Collins Show]. Dans le spectacle, les numéros musicaux débordent de ce cadre et s'insèrent dans le quotidien des personnages. Il y a aussi une différence entre le premier film et le spectacle parce que John Waters, un réalisateur un petit peu underground, a inséré des scènes osées. La comédie musicale s'adresse davantage à un auditoire familial et je crois que les messages véhiculés sont plus clairs et moins subversifs. Il y a tellement de belles choses à dire sur la grande diversité des gens.
Q Il y a quelques années, quelqu'un vous a suggéré d'auditionner pour un grand rôle dans la tournée de Hairspray. Qu'est-il arrivé?
R J'avais décidé d'abandonner le métier d'acteur pour avoir une vie plus tranquille. Mais le personnage d'Edna s'est offert à moi avec tellement de choses importantes à dire. Cette femme n'est qu'amour, elle s'entoure d'amour. Pour ses défauts, pour sa beauté intérieure, pour son dévouement pour son enfant et son mari, je n'ai pas pu résister à incarner un personnage aussi fort, auréolé d'amour, et ça m'a donné la chance de voir le monde.
Q Effectivement, vous avez visité des centaines de villes dans le rôle d'Edna.
R Oui, c'est fou. Nous avons fait 47 États américains, nous sommes allés en Chine, au Japon deux fois et avons traversé le Canada. C'est avec joie que nous viendrons à Québec pour la première fois. J'adore faire le spectacle devant le public canadien qui est très réceptif et embarque bien.
Q Expliquez-nous la tradition qui fait qu'Edna est toujours interprétée par un homme.
R Je crois qu'au départ, l'histoire a été écrite pour Divine (Harris Glen Milstead), qui était la muse de John Waters et qu'il associait à la plupart de ses lubies. Elle était une drag queen. Toutefois, Edna n'est pas un rôle de travesti, d'homme qui porte une robe, mais bien celui d'un homme qui joue une femme. Il y a là une fine différence. C'est une façon de plus pour Waters de dire que tout le monde est pareil. Mon boulot, un beau défi, est de faire oublier aux spectateurs que je suis un homme et de leur faire croire qu'ils ont une femme devant eux, que Wilbur et Edna Turnblad sont réellement mari et femme. C'est alors que la frontière entre les gens s'efface.
Q Vous transformer en Edna prend combien de temps?
R À peu près une heure, avec l'aide de trois personnes. Je me retrouve alors avec environ 65 livres en plus : cheveux, maquillage, costumes...
Q Parlez-nous de l'expérience de groupe, de tournée.
R J'ai commencé en juin 2006, j'entreprends donc ma quatrième saison. J'ai travaillé avec des centaines d'acteurs différents sur ce spectacle jusqu'à présent. Tout le monde est prêt à dire que Hairspray est l'un de ses spectacles préférés, certainement l'un des mieux écrits et montés. Même en coulisses, nous dansons et chantons. Nous aimons les personnages et le spectacle lui-même.
Q Qu'est-ce qui fait le succès de Hairspray : la musique, ses thèmes de rébellion, de discrimination...?
R J'ignore qu'elle est la formule magique. Je crois que la musique y est pour beaucoup.
Mais tout le monde aime les histoires de Cendrillon et il y a beaucoup de ça dans Hairspray : les aspirations de Tracy à participer à l'émission de télé, sa volonté de briser les barrières raciales, son amie (Penny Pingleton) qui tente d'échapper au joug de sa mère, Edna qui combat son manque d'estime de soi... Chacun y trouve son compte.
Q Vous parliez tout à l'heure d'un auditoire familial. Quel est votre public?
R C'est universel. Les enfants, les personnes plus âgées, les homosexuels, les hétérosexuels, les Noirs, les Blancs... tout le monde semble aimer Hairspray. Depuis la sortie du remake en 2007, les jeunes montrent plus d'intérêt, sans doute à cause de la participation du comédien Zac Efron au film.
Q Que pensez-vous des émissions de téléréalité auxquelles participent des jeunes qui rêvent de devenir chanteurs et danseurs?
R J'en suis fou. J'adore ces émissions où des gens tentent de réaliser leurs rêves. Je pleure pour eux quand ils perdent ou gagnent.










