Difficile de dire pourquoi notre époque boude encore Telemann alors que ses contemporains Handel et Bach sont au goût du jour. Chose certaine, ce n'est pas faute d'en avoir à se mettre sous la dent. Comme l'a rappelé le chef Bernard Labadie, Telemann a à son actif pas moins de 6000 oeuvres. Un vrai record Guinness. Dans cette profusion se détache entre autres le Tafelmusik - littéralement Musique de table en allemand -, un recueil dans lequel les Violons du Roy ont choisi quelques jolis morceaux.
Pour la mise en appétit, le public a eu droit à une Ouverture en mi mineur dans laquelle deux flûtes se sont jointes aux cordes et au clavecin. On l'a savourée depuis la salle comme une invitation à la détente, comme un plaisir tout simple. De la vraie musique de journée de congé, ensoleillée et dynamique, qui a le pouvoir de repousser instantanément les tracas du quotidien. Ce qui n'exclut pas la grandeur et le brillant, comme l'ont bien fait sentir les instrumentistes au cours d'une exécution vive, pétillante et précise.
La violoniste Nicole Trotier, avec la complicité du violoncelliste Benoît Loiselle et du claveciniste Richard Paré, a enchaîné avec une Sonate en la majeur drôlement bien maîtrisée et bien projetée, servie avec esprit, justesse et un soupçon d'espièglerie tout à fait séduisant.
On sentait un peu d'hésitation au début du Trio offert ensuite par Maud Langlois, Michelle Seto, Raphaël Dubé et Richard Paré, mais celle-ci s'est rapidement dissipée. Après quelques minutes, on a pu sentir la chaleur monter et le propos se tonifier.
Du Concerto pour trois violons, on retiendra deux choses. La première, c'est que Handel a recopié la majeure partie du premier mouvement dans son Arrivée de la Reine de Saba. De nos jours, le compositeur serait très certainement poursuivi pour plagiat.
La deuxième concerne le magnifique mouvement lent et la sonorité diaphane et homogène que les trois solistes, Noëlla Bouchard, Angélique Duguay et Pascale Gagnon, ont réussi à créer.
Au dessert, une Conclusion en mi mineur rassemblant de nouveau l'effectif complet a mis en valeur les flûtes aériennes de Marie-Andrée Benny et de Jean-Philippe Tanguay. La cerise sur le gâteau, en quelque sorte.
LES VIOLONS DU ROY.
Direction : Bernard Labadie, chef d'orchestre.
À la table de Telemann. Extraits de Tafelmusik : Ouverture en mi mineur pour deux flûtes, cordes et basse continue; Sonate en la majeur pour violon et basse continue; Trio en mi bémol majeur pour deux violons et basse continue; Concerto en fa majeur pour trois violons, «violino grosse» et basse continue; Conclusion en mi mineur pour deux flûtes, cordes et basse continue. Hier à la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm.











