En s'adressant au même public deux jours de suite, on a sans doute un peu divisé les amateurs de rock - à moins que ce ne soit la cote de ces groupes qui soit à la baisse. De 10 000 personnes, il y a trois ans, on était passé à 6500, lundi, pour Guns N' Roses. Et de 7000 personnes pour le Carnival of Sins Tour de Mötley Crüe, il y a quatre ans, on a glissé à 4000 pour le Dead of Winter Tour.
Quoi qu'il en soit, impossible de dire que les vétérans ne sont pas arrivés préparés. Mick Mars, du haut de ses 58 ans, paraissait dans une forme étonnante, en dépit de la spondylarthrite ankylosante qui l'affecte, tandis que le chanteur Vince Neil s'est assuré de soutenir l'intérêt des fans en courant d'un bout à l'autre de la scène, faisant fondre au passage quelques kilos en trop. Nikki Sixx s'est efforcé d'être dynamique aussi, tout comme Tommy Lee, qui martelait ses caisses - dont quelques-unes énormes - sans ménagement.
Quand on sait combien les gars peuvent être tape-à -l'oeil, le show d'hier se distinguait par son relatif dépouillement. Il y avait bien sûr des éclairages élaborés et des pétards en masse, mais c'est surtout la musique qu'on a laissé parler. Rien pour distraire les musiciens ou les excuser s'ils étaient à côté de la plaque, donc. Même Tommy Lee n'a pas fait le clown longtemps, se contentant d'inciter les fans à boire en faisant circuler une bouteille d'alcool. Ils ont eu un comportement quasi exemplaire, les mauvais garçons!
Live Wire, précédée d'une intro de guitare où Mars a cité Jimi Hendrix, était franchement réussie. Idem pour Same Ol' Situation ou Girls Girls Girls. Hormis deux titres de Saints of Los Angeles, il n'y a pas eu beaucoup de nouveautés au programme, mais personne ne semble s'en être formalisé. Avec raison : le «Crüe» a servi une solide performance.
Les riffs de Joe
On avait de la belle visite en première partie du «Crüe». Le guitariste Joe Perry, venu toucher au répertoire de son récent album solo, Have Guitar, Will Travel, à de vieux titres du Joe Perry Project, ainsi qu'à quelques interprétations de son autre formation, Aerosmith. La six cordes était bien sûr à l'avant-plan, tantôt bien ancrée dans la tradition rock, tantôt assaisonnée de blues. S'il est vrai que certains titres nous ont laissé froids et que Joe devrait laisser le micro à Hagen Grohe, son chanteur, sur toutes les pièces, il reste qu'on a eu de sacrés bons moments : Toys in the Attic, Rockin' Train avec l'excellent solo de basse du vieux complice David Hull ou encore l'incontournable Walk This Way.
Les Australiens d'Airborne ont quant à eux lancé la soirée avec leur proverbiale énergie. Mordantes, grinçantes et rythmées, leurs pièces ont ronronné à merveille. Impossible, toutefois, de ne pas voir dans ce band un calque d'AC/DC.













