Q Qu'est-ce qui vous donne envie de revenir sur scène?
R Ça fait depuis le début des années 2000 que je n'ai pas fait de spectacle complet. Je viens d'avoir 71 ans, je prépare un nouvel album et si je ne prépare pas mon retour sur scène maintenant, je me dis que ce sera difficile plus tard... Je prépare en quelque sorte mon dernier retour et, s'il y a du succès avec l'album, je serai sur scène quelques années encore.
Q Votre retour sur disque est un projet d'envergure; vous y allez vraiment avec trois CD?
R Il y aura trois disques sur trois ans et le premier, J'ai soif, sera lancé à la mi-septembre. Le projet global s'appelle Néo Noé. Noé donne la thématique des trois albums. Il a sauvé l'humanité des eaux; là, il faut sauver l'eau de l'humanité. L'accessibilité à l'eau pose un gros problème dans beaucoup de pays pauvres qui n'ont pas les moyens de payer les infrastructures que les multinationales leur font payer très cher. Tout ce que je fais en tant qu'artiste touche les éléments : l'eau, la terre, le feu et l'air. C'est une écologie de l'esprit, ça questionne la façon dont on pense le rapport entre l'homme et la nature.
Q Vous avez beaucoup à dire s'il vous faut trois disques...
R Ça fait 10 ans que j'y travaille. Je fonctionne beaucoup comme ça. Le dernier disque remonte à 1998, mais tout le temps où j'ai été absent, j'ai été présent, en train de construire. Dans une chanson, je dis à Noé qu'il doit revenir pour sauver les animaux qui disparaissent à cause de l'économie et du besoin de l'homme de conquérir - mon deuxième disque s'appelle Quête et conquête. Si on oublie que l'évolution se fait par l'esprit et non seulement par la matière, on va vers une catastrophe. Le maître est la nature, il faut créer un équilibre entre ce qu'on lui prend et ce qu'elle nous donne. Là, souvent, on lui arrache. Tout le projet a germé quand je suis devenu porteur d'eau pour la Coalition Eau Secours. J'ai été sensibilisé à toutes les problématiques et j'ai senti la nécessité de m'engager.
Q Quelle est votre intention?
R C'est un hymne à la vie, une célébration de la beauté du monde, mais aussi une critique de la civilisation. Si je peux résumer le projet, je donne un bec sur la joue gauche du visage du monde et, sur la droite, une claque. Constater que l'humanité est à la fois très belle et très laide, je crois que c'est ça, la lucidité. En tant qu'être humain, je me sens responsable. Je fais ma petite part pour amener à réfléchir. Ce n'est pas très pesant, mais c'est ce que j'ai à donner.
Q Sentez-vous plus grande aujourd'hui l'urgence de dire?
R Je suis moins jeune qu'avant... Je ne sais pas si l'urgence de dire est plus forte, mais ma vision est plus globale, je suis plus conscient des enjeux. J'ai travaillé longtemps à élaborer des structures qui puissent rendre ma pensée. Je suis un artiste multidisciplinaire et ce que je ne peux pas dire avec les mots, je le dis avec les couleurs, les formes, les mouvements, les volumes. Passer du piano au crayon ou du piano à la truelle, ce sont juste des matières et des techniques différentes pour traduire la même idée.
Q Chanterez-vous les nouvelles chansons dans la tournée qui débute?
R Oui, la moitié du spectacle sera consacrée aux chansons de J'ai soif et, avec le temps, il y aura des ajouts graduels. Mais j'ai fait 15 disques et pour que les gens puissent s'y reconnaître, je leur fais aussi une sorte de best of.
Vous voulez y aller?
QUI : Raôul Duguay
QUAND : 6 et 12 mars, 20h
OÙ : Centre d'art La Chapelle et Théâtre Petit Champlain
BILLETS : 28 $ et 37 $
RÉSERVATIONS : 418 686-5032 et 418 692-2631











