En 1891, un groupe de dames de la bonne société québécoise s'inspire d'une idée venant des États-Unis et du Canada anglais pour former une société musicale, le Quebec Ladies' Morning Musical Club. Les 16 membres d'origine (huit anglophones et huit francophones) organisent dès lors de petits concerts donnés dans des salons privés, recrutant de nouveaux membres et cherchant de nouveaux solistes à entendre.
Le Club fait parler de lui en 1896 à la suite d'une soirée de gala au Château Frontenac. Et la liste des abonnées s'allonge. Les dames se rencontrent alors au YMCA, sur la rue Saint-Jean à l'époque. Elles déménagent ensuite au Morrin College, puis à la salle des Chevaliers de Colomb de la Grande Allée, à la salle de bal du Château Frontenac, à l'Institut Canadien et au Grand Théâtre de Québec.
L'appellation du Club s'est transformée et francisée pour devenir le Club musical des dames de Québec et, finalement, le Club musical de Québec en 1969 (même si les messieurs sont admis aux concerts depuis fort longtemps dans le cercle de ces mélomanes).
Malgré des hauts et des bas, l'organisme à but non lucratif vit toujours. Le Club roule avec un budget annuel de 260 000 $. Il compte sur des subventions de la Ville de Québec et du Conseil des arts et des lettres du Québec. Mais 85 % de ses revenus sont générés par ses propres activités. Mille trois cents abonnés mettent l'épaule à la roue bon an mal an.
«Notre public fait partie du miracle», dit l'actuelle directrice artistique, Louise Samson.
La passion selon Louise Samson
L'autre facteur clé de cette réussite : le bénévolat. «C'est vraiment de l'artisanat depuis le début», dit Mme Samson.
Elle-même se dépense corps et âme pour le Club depuis 1969. Une tâche qui s'ajoutait à ses cours, puisqu'elle a enseigné le piano au Conservatoire jusqu'en 1990. Cette année-là, elle acceptait de prendre la direction artistique du Festival international de Lanaudière. Après 10 ans sur la route entre Québec et Joliette, elle a rendu son tablier pour se consacrer au Club de Québec.
Femme débordante d'énergie et d'idées, elle a fait beaucoup avec peu. «La nécessité est la mère de l'invention», cite celle qui a souvent payé ses déplacements à Paris ou à Londres. Tout est question de réseautage pour Louise Samson, qui a réussi à attirer les plus grands comme Martha Argerich, Krystian Zimerman, Yo-Yo Ma ou Renée Fleming.
Quels sont ses critères de sélection? Le coup de coeur, la curiosité et le hasard. «Dès que ça m'impressionne, je vais plus loin. Je reçois des disques et j'écoute tout. Je lis beaucoup, mais je n'aime pas lire les critiques, je n'aime pas qu'on me dise quoi penser.»
Sa passion pour la musique, elle la partageait avec son mari, Marc Samson, qui était critique de musique classique pour Le Soleil et aujourd'hui malheureusement décédé. Le couple a accueilli dans sa maison de Sainte-Foy plusieurs artistes en visite pour le Club (quand ils ne vont pas au Château Laurier), donnant lieu à des rencontres mémorables.
«Ce sont des gens qui passent leur vie dans les avions, les aéroports et les hôtels. De venir chez moi, ça leur fait du bien. » Elle raconte que la contralto polonaise Ewa Podles lui a déjà cuisiné des paczki, crêpes délicieuses. Radu Lupu, pianiste roumain, lui a dit qu'il mangeait n'importe quoi... sauf du poisson, de la volaille et des fraises. Elle a aussi couru toute la ville un dimanche soir pour trouver une chemise blanche qui convenait au gabarit du baryton suédois Hakan Hagegard.
Mme Samson a tissé des liens presque maternels avec certaines étoiles montantes. Elle qui a perdu 208 livres en 18 mois après une chirurgie bariatrique parle encore avec émotion du geste du jeune violoniste russe Maxim Vengerov. Il est venu à ses frais donner un concert bénéfice pour ses groupes de soutien en obésité morbide.
À l'écouter parler, on comprend qu'elle a toujours la passion de continuer sa mission au Club musical de Québec. Son dernier désir est d'attirer le plus de jeunes chez ses abonnés.












