Roby Lakatos: virtuosité gitane

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Sur scène, Roby Lakatos (au centre) dirige des yeux et de la moustache avec une attention presque paternelle.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Alexandra Perron
Le Soleil

(Québec) Roby Lakatos s'est montré un digne descendant de Janos Bihari, roi des violonistes gitans, hier soir au Grand Théâtre. Le virtuose d'origine hongroise, qui manie l'archet avec une agilité déconcertante, était accompagné sur scène de sa nouvelle troupe, cinq musiciens dans la vingtaine. Comme quoi la fougue de la jeunesse et la tradition du génie font une belle paire.

Mais où diable a-t-il déniché ces jeunes prodiges? Très rapidement, Roby Lakatos a fait les présentations (il parle très bien français, Bruxelles étant sa ville d'adoption). Son père était le professeur de Laszlo Boni, second violon, à qui il a transmis son savoir-faire. Le guitariste Laszlo Balogh, qu'il a connu tout petit, et le joueur de cymbalum Jeno Lisztes viennent tous deux de Budapest. L'excellent pianiste Frantisek Janoska est Slovaque. Quant au contrebassiste Robert Fehér, il est, à 21 ans à peine, le bébé de la formation.

Et tout ce monde joue avec passion et plaisir. Sur scène, Lakatos dirige des yeux et de la moustache avec une attention presque paternelle. Il se met en retrait pour les regarder s'exécuter avec discipline sur des rythmes effrénés. Puis quand il revient faire gémir son violon juste ce qu'il faut, avec une facilité désarmante, on est hypnotisé par son jeu.

La musique tzigane, principale invitée de la soirée, emprunte à différents styles et change souvent de tempo. Le concert s'est ouvert sur une note plus classique avec Fire Dance de Jozsef Suha Balogh. Puis Roby Lakatos, accompagné au piano, a servi la pièce Papa Can You Hear Me? de Michel Legrand, une version tout aussi magique que celle interprétée par Barbra Streisand dans le film Yentl.

La soirée s'est poursuivie sur un ton plus festif, notamment avec des créations du chef de la troupe, comme A Night In Marrakech et SK. Capriccio. Des accents de jazz, de musique russe et de flamenco se sont mêlés à la trame tzigane. Dans la salle aux lumières à demi tamisées, on pouvait voir les têtes battre la mesure.

Moment fort et ovationné, le solo de cymbalum pour la pièce Hora Di Marc du compositeur roumain Dinicu. Ce morceau a permis de mieux connaître cet instrument à cordes frappées qui fait partie de la famille des cithares sur table, et ô combien fascinant sous les doigts agiles de Jeno Lisztes.

La directrice artistique du Club musical de Québec, Louise Samson, n'avait pas vanté indûment le talent de son invité, Roby Lakatos. Le violoniste tzigane et son orchestre ont servi une belle prestation sans partition et entrecoupé d'improvisations. Seul le son de la guitare semblait parfois faire un peu défaut.

Malheureusement pour ceux qui auraient aimé assister au concert, il s'agissait hier soir de la seule présentation de l'ensemble à Québec.

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