Au bout du fil, Larry Coryell nous prévient : son français est loin d'être parfait. Pas de problème, on lui parlera en anglais. Le jazzman s'avoue soulagé. Pourtant, il répondra à chacune de nos questions dans la langue de Molière. Il faut dire que l'Américain a passé beaucoup de temps en France durant les années 70.
Il y a noué des amitiés durables et s'est mis à baragouiner un français qu'il a perfectionné, au fil du temps. C'est là aussi qu'un ami lui a dit : «Il faut créer les modes et non les suivre.» Coryell a toujours mis le conseil en application. N'est-ce pas lui, le fondateur de Eleventh House, qui a débranché sa guitare au moment même où le jazz-rock qu'il avait si bien défendu était au goût du jour?
Cela dit, rien n'est prémédité chez Coryell. S'il passe d'un style à l'autre, d'une approche collective à une en solo, c'est qu'il vit sa curiosité créative comme une maladie dont il ne cherche pas le remède. «J'espère ne pas me guérir de ça! [La fusion, le jazz, le classique, la world], c'est mon monde! Avec la musique indienne, je m'amuse avec des idées rythmiques qui sont très difficiles et compliquées. Je suis encore un étudiant, occupé à apprendre.»
De l'Occident à l'Orient
La genèse de Bombay Jazz remonte à 2003, lorsque Coryell s'est produit en compagnie du saxophoniste George Brooks et du maître de bansurî - une flûte traversière indienne, faite en bambou - Hariprasad Chaurasia. L'entente a été telle que les musiciens ont décidé de rester en contact pour éventuellement mettre sur pied un projet mariant musique traditionnelle indienne et musique occidentale moderne. Quelques changements devaient toutefois survenir. Ronu Majumdar, également flûtiste de bansurî, est entré en contact avec Coryell et ce dernier a tellement été impressionné par son talent que c'est avec lui, Brooks et un joueur de tablas - Aditya Kalyanpur, depuis un an - que Bombay Jazz a finalement vu le jour.
«Les compositions sont très écrites, précise celui qui s'apprête à fêter ses 67 ans. On les joue en respectant les partitions rigoureusement, mais, par la suite, on développe les thèmes individuellement et collectivement. C'est un peu comme la lutte, où tu fais tous ces trucs spontanément en tentant d'attraper l'adversaire!»
Entre discrétion et virtuosité
Larry Coryell s'est intéressé très tôt à la musique - on raconte qu'il a découvert le jazz à quatre ans. Lorsqu'est venu le temps d'en jouer, son choix s'est arrêté sur la guitare, car, à ses yeux, c'est sur une six cordes que la personnalité d'un musicien transparaît le plus. En fait, Coryell apprécie tellement l'instrument qu'au fil des ans, il s'est souvent prêté à des duos ou à des trios en compagnie d'autres guitaristes comme John McLaughlin, Philip Catherine, John Scofield ou encore Paco De Lucia. Mais dans Bombay Jazz, où deux instruments mélodiques oeuvrent à ses côtés, il ne craint pas de se faire plus discret.
«Je fais toujours tout pour la musique. C'est ce qui vient en premier pour moi, souligne-t-il. Mais je reste Larry Coryell et, tôt ou tard, dans un concert, je finis par faire un truc spectaculaire et exploser à l'avant-scène. Je n'y peux rien!»
Vous voulez y aller?
QUI : Bombay Jazz
QUAND : 25 mars, à 20h
OÙ : Palais Montcalm
BILLETS : 12,50 $ (jeunesse), 40 $
TÉL. : 418 641-6040











