Comme une miche sortie du fourneau, celle-ci était chaude, moelleuse, nourrissante même, parvenant à nous faire oublier certains irritants comme l'absence de programme ou un bruit plutôt déconcertant qui émanait d'un club voisin. Le coeur du récital, commenté par la chanteuse avec son humour habituel, était constitué de mélodies de Falla, de Tchaïkovski et de Hahn, agrémentées de l'air Voi che sapete des Noces de Figaro de Mozart et de la non moins célèbre Habanera de Carmen de Bizet. La berceuse de Godard nous a été offerte en guise de rappel.
Même si la voix de Marie-Nicole Lemieux n'est pas idéale pour Chérubino, rôle qui demande un peu plus de légèreté, on a pu constater dans les mélodies l'étendue de ses moyens vocaux et musicaux. Dans les Siete canciones populares Españolas de Falla, qu'elle a livrées avec des accents de fureur et de désespoir, les aigus étaient centrés comme des rayons laser, et dans les trois mélodies de Tchaïkovski, elle s'est servie avec justesse de ses sonorités de poitrine dans le grave pour donner une couleur slave et une belle rondeur à sa voix. Pour ce qui est des sept mélodies de Hahn, la contralto les a interprétées avec une pureté et une fraîcheur toute juvéniles. Ces petits bijoux, bien français par leur élégance et leur équilibre, n'ont rien de la superficialité qu'on leur prête parfois, et la chanteuse nous l'a joliment prouvé.
Son accompagnatrice, Esther Gonthier, est une musicienne de première classe. Sa palette de couleurs considérable brillait de mille feux dans la nuit étoilée, en particulier dans la musique espagnole. Elle a également fait preuve d'une retenue digne de mention dans les mélodies russes et françaises.
En première partie, Mathieu Savard, originaire, comme Marie-Nicole Lemieux, de Dolbeau-Mistassini, a interprété avec passion, émotion et conviction un florilège de chansons plus ou moins connues de Jacques Brel.










