Coproducteur de la version originale avec sa conjointe Fabienne Larouche, Michel Trudeau croit que les Français devraient reprendre le tournage après les Fêtes pour une diffusion l'automne prochain. Le diffuseur a commandé l'écriture de huit épisodes supplémentaires, en demandant les modifications qu'il juge importantes.
Même si elle n'a pas connu un succès monstre, la série française a tout de même fait grimper de 11 à 13 % les parts de marché de M6 ce soir-là. À la manière américaine, les Français ont voulu tester l'auditoire avec ces deux émissions pilotes d'une heure avant de poursuivre le tournage.
Sans compromettre la suite des choses d'aucune façon, un désaccord subsiste néanmoins entre l'équipe française et les créateurs de l'oeuvre ici. Là-bas, la maison de production GMT prétend avoir adapté la série québécoise, ce que réfutent les auteurs François Avard et Jean-François Mercier, appuyés par leurs producteurs Michel Trudeau et Fabienne Larouche, qui parlent plutôt d'une transposition, voire d'un calque de l'oeuvre originale.
Alors qu'Avard et Mercier ne reçoivent que 30 % des droits perçus par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pour cette «adaptation», Michel Trudeau juge qu'ils mériteraient jusqu'à 75 % des cachets d'auteurs. «Les épisodes sont à peu près identiques, à part les sacres qui ont été remplacés par ?putain?.»
Pas de poursuites
Assez heureux de constater que les Bougon français restent fidèles aux Québécois, Jean-François Mercier juge néanmoins avoir droit à un cachet plus important. «La situation fait que si tu tombes sur des auteurs français à la moralité douteuse, qui prétendent avoir fait la majorité du travail, c'est gelé en fidéicommis, et tu dois te présenter devant les tribunaux. La SACD ne règle pas les conflits», explique l'auteur et humoriste.
De là à lancer les hostilités, et à poursuivre l'équipe française, Mercier hésite. «Nous allons attendre de voir s'il y aura de nouveaux épisodes en France.»
Le duo Trudeau-Larouche a toujours appuyé ses auteurs dans ce conflit, ce que confirme Jean-François Mercier. Même qu'ils avaient signé avec eux une entente très équitable. «Quand on vend la série, on leur assure qu'on ne gagnera jamais plus d'argent qu'eux. Si les droits sont plus élevés, ils peuvent même en faire plus», affirme Michel Trudeau.
D'ailleurs, alors que les producteurs refusent presque à tout coup de dévoiler des chiffres, Michel Trudeau révèle qu'une adaptation comme Les Bougon rapporte entre 250 $ et 430 $ la minute en droits d'auteur, perçus par la SACD et redistribués entre les créateurs de l'oeuvre et les adaptateurs. Si on fait le calcul, un épisode de 50 minutes diffusé en heures de grande écoute sur une chaîne généraliste française peut donc rapporter jusqu'à 21 500 $ en droits d'auteur.
Il y a trois semaines, à partir de témoignages recueillis, notre dossier sur l'intérêt des Français pour les concepts de séries québécoises concluait qu'une série vendue telle quelle (Sophie Paquin, Minuit, le soir, Le coeur a ses raisons) pouvait étonnamment rapporter davantage à ses créateurs que des concepts refaits avec de nouveaux acteurs (Les Bougon, Les invincibles, Un gars, une fille).
Michel Trudeau soutient au contraire que la vente d'un concept rapporte nécessairement plus qu'une série doublée. «Pourquoi un distributeur ferait plus d'argent avec un produit québécois doublé qu'en refaisant une série complètement? Ça ne tient pas debout», dit-il.
Sans vouloir minimiser l'impact des auteurs québécois en France, Michel Trudeau ne croit pas que l'audace soit le seul facteur qui intéresse les producteurs de l'Hexagone. «Là-bas, la mainmise de l'auteur sur son oeuvre est totale. Jusqu'à la dernière minute, un auteur mécontent peut empêcher la diffusion de sa série. Les producteurs français haïssent ça.» Les auteurs québécois n'ont évidemment pas ce pouvoir.
L'Italie achète le concept
Après la France, une compagnie de production italienne, Mediaset, vient d'acquérir Les Bougon, qu'elle tournera avec des acteurs italiens. Une autre preuve que le sujet est universel. Contrairement à M6, qui a tourné des épisodes d'une heure, l'Italie conservera le format de 30 minutes. Cette adaptation rapporterait aux créateurs québécois la moitié par épisode de ce que leur a rapporté la vente aux Français, puisque ceux-ci en ont acquis les droits pour une diffusion dans toute la francophonie.











