Dans chaque émission d'une heure, deux équipes de cinq danseuses s'affrontent dans une ambiance de bar et devant un jury composé de deux humoristes, Guy Bernier et Didier La Foutaise, et d'une danseuse invitée. Par exemple, le Garage de Mirabel affronte le Zipper de Saint-Hyacinthe dans la deuxième émission. Il ne s'agit pas ici de dévoiler un bout de sein mais bien de strip-tease intégral pour public averti. Et ce n'est pas gratuit : 12,99 $ pour chaque émission, et 4,99 $ pour des capsules de danse privée, sur Indigo, Illico sur demande et Vu!
La rencontre de presse, où les journalistes étaient invités à visionner le premier épisode mardi, est probablement la plus surréaliste qu'il m'ait été donné de vivre. Regarder en groupe une émission destinée au plaisir solitaire ou en couple a quelque chose de résolument scabreux. Surtout entouré des participantes danseuses, présentes au lancement, qui se mettaient à crier à chaque déhanchement d'une copine, entre deux shooters.
À la barre de l'émission en costume de bunny, et accompagnée d'un boy toy musclé qui dit deux mots dans l'émission, Anne-Marie Losique court sur le plateau comme une chatte en chaleur, lançant de petits cris, les baguettes en l'air, et embrassant langoureusement chacune des danseuses.
Le but du «jeu» : amasser le plus grand nombre de points pour remporter le Pole d'or. De toutes les épreuves, la plus ennuyante est sans contredit «les fesses explosives», qui consiste à faire éclater un ballon avec le postérieur. Comme dans Les tannants, mais en déshabillé. Pour le reste, les plus salaces voyeurs seront servis par «le grimper de poteau», «l'autoportrait à la gouache», «le trio», «le show Bang Bang» et l'ultime épreuve, «le pole dance». Aussi, grand écart, performance dans un bain moussant et danse contact sont au programme de ce divertissement pour adultes aussi léché qu'explicite.
Après chaque épreuve, le jury se prononce. «Conditions fessières incroyables», «trucs qui défient la gravité». On est loin des commentaires d'American Idol. Les trois meilleures candidates de chaque équipe participeront à une grande finale dans la quatrième et dernière émission.
Anne-Marie Losique se défend bien de faire la promotion de bars de danseuses. «On a choisi des clubs sérieux qui sont bien. Il y a des clubs avec lesquels on n'aurait pas travaillé», assure-t-elle.
Pour l'animatrice et productrice, il n'y a rien de dégradant à danser nue. «Je trouve ça magnifique ce qu'elles font. Et il y a des cours de pole dance partout, c'est un phénomène.»
Losique dit rester dans le soft porn, refusant de monter d'un grade en ce domaine. «Ça ne m'intéresse pas», dit-elle. L'une de ses productions dont elle entend le plus parler, Hot parade, a été vendue dans plusieurs pays.
«Il y a vraiment de la demande pour ça, c'est une niche pas exploitée au Québec.»
Et de qui vient la demande? Des hommes de tous âges, des couples, et même des gais, «qui aiment regarder les femmes danser nues», affirme la productrice.
Alors que Hot parade était destinée à un public de 16 ans et plus, Pole position Québec n'a pas encore obtenu de classification. La productrice a l'ambition de lancer des Pole position Canada, France et même USA.
Anne-Marie Losique lancera au printemps prochain deux chaînes érotiques payantes, une en français et une en anglais, dont elle souhaite exporter le signal à l'étranger. Baptisées Vanessa, les deux chaînes proposeront du contenu original, composée de films à moins de 10 %. Dans le rayon non sexuel, Losique prépare aussi une émission littéraire.
Conne et vulgaire, Anne-Marie Losique? En se montrant sans nuance à Tout le monde en parle dimanche dernier, et en multipliant les projets provocateurs, quelle image veut-elle nous envoyer? «Je me fous de l'image que je projette, parce que ce n'est pas une bataille que j'ai envie de livrer», répond-elle, toujours.
De projet en projet, il est de plus en plus difficile de cerner le personnage, unique dans le paysage québécois. Pole position ne fera qu'amplifier cette aura d'ambiguïté, croyez-moi.























