Enquête se penche sur l'affaire Castagnetta

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Claudio Castagnetta, qui est né en Italie, serait... (Photothèque Le Soleil)

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Claudio Castagnetta, qui est né en Italie, serait fort probablement encore en vie si les forces policières avaient agi convenablement, découvre-t-on dans Enquête.

Photothèque Le Soleil

Richard Therrien
Le Soleil

(Montréal) C'est indéniable : la police se montre trop souvent démunie et inefficace devant les cas de maladie mentale. La mort de Claudio Castagnetta, fortement médiatisée à Québec à l'automne 2007, en est la plus triste preuve. Et il n'est pas le seul. Une douzaine comme lui ont perdu la vie depuis 2001 pour les mêmes raisons, et la police de Montréal reçoit jusqu'à 150 appels par jour reliés à des problèmes de santé mentale.

L'émission Enquête, diffusée jeudi soir, 20h, à Radio-Canada, a voulu savoir comment était intervenue la police de Québec dans ce cas précis. Et ce que la journaliste Sylvie Fournier a observé n'est pas reluisant. L'Italien d'origine serait fort probablement encore en vie si les forces policières avaient agi convenablement. Selon Enquête, on a raté au moins trois occasions précises de lui apporter les soins nécessaires.

Le soir du 18 septembre 2007, Castagnetta est entré par effraction dans une maison privée, avant de troubler la paix publique à l'entrée d'une épicerie du quartier Saint-Roch, pieds nus. «Bon, un autre qui fait du trouble», ont dû se dire les policiers, d'après le coroner Jean Brochu. Malgré des signes évidents de détresse psychologique, la police l'embarque comme n'importe quel autre suspect.

Le récit de son incarcération est parfois intenable. Castagnetta a notamment passé la nuit nu dans une cellule. Et dans le fourgon qui le menait aux services correctionnels, il se frappe la tête contre les grillages durant de longues minutes, enchaîné, racontent un voisin de cellule et le coroner. Pendant ce temps, ses amis s'inquiètent parce qu'ils n'ont plus de ses nouvelles. Il mourra à la suite d'un oedème cérébral.

Les amis de Claudio Castagnetta le savaient perturbé depuis quelque temps. Quand le prévenu a informé la police qu'il se croyait maniaco-dépressif et qu'il avait consommé des stimulants, les officiers n'ont pas jugé que son état nécessitait des soins.

Des policiers et le syndicat des gardiens de prison l'admettent eux-mêmes : ils n'ont pas les outils ni la formation pour prendre en charge de tels cas. À peine 20 % des policiers de Montréal, par exemple, ont reçu une telle formation.

De plus, la police a passé outre certaines directives claires sur les soins à apporter. «Il y a des directives qui sont dans des bureaux empoussiérés», admet le président du Syndicat des agents de la paix du Québec, Stéphane Lemaire.

La sous-ministre associée du ministère de la Sécurité du Québec, Brigitte Portelance, affirme dans le reportage que des changements seraient apportés cet automne. Mais rien n'a été fait, découvre la journaliste. Celle-ci a tout de même annoncé mercredi au Téléjournal que les services correctionnels venaient de signer une entente avec l'École nationale de police du Québec afin de mieux former les futurs gardiens de prison.

Parallèlement au récit de Québec, Sylvie Fournier suit un policier spécialisé dans les cas de maladies mentales à Montréal, Michael Arruda. Un des très rares à savoir comment agir en de tels cas. Vous verrez qu'une intervention dans un cas de maladie mentale peut nécessiter le double du temps d'un cas habituel, et exige patience et diplomatie. Dans le cas de Claudio Castagnetta, les policiers de Québec ont agi rapidement et usé du Taser pour maîtriser le prévenu, invoquant un cas de «délire agité», une décision que dénonce le coroner Brochu.

La police de Québec a refusé de participer à l'émission Enquête en raison des poursuites en cours.

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