Anne Casabonne: l'enfance de l'art

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Contrairement à son personnage de Claude dans la... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Contrairement à son personnage de Claude dans la télésérie La Galère, Anne Casabonne adore les enfants et se sent très à l'aise avec eux.

Le Soleil, Patrice Laroche

 

Josianne Desloges
Le Soleil

(Québec) L'aventure de La galère est tombée à point pour la comédienne Anne Casabonne, que l'on avait surtout vu dans des émissions pour enfants et sporadiquement au théâtre depuis le début de sa carrière. Philosophe, elle a toutefois attaqué chaque projet avec la même énergie, reconnaissante d'avoir une place dans ce milieu dont elle redoute les caprices.

À la première lecture, Anne a tout de suite accroché à l'univers de Renée-Claude Brazeau : «Je me suis dit, "enfin on représente des femmes qui ne sont pas parfaites"! On ne voyait que les extrêmes, des superwomen ou des droguées finies, au lieu de montrer de vraies femmes, qui font leur possible avec leurs qualités, leurs défauts et leurs contradictions», dit-elle. La galère a amené de nouveaux thèmes, mais aussi une nouvelle façons de faire de la télévision, plus lucide et plus irrévérencieuse, selon l'artiste.

Le personnage de Claude, «le plus intéressant», l'a séduite : «On peut la faire bête, ou essayer de la rendre sympathique, ce que j'ai fait, il y a plein de façon de la prendre.» Claude supporte de peine et de misère de s'occuper de ses deux enfants, qui l'énervent carrément. Égoïste, hargneuse, elle séduit sans remords le copain de sa meilleure amie et hésite à faire le grand saut avec le père de ses enfants lorsque celui-ci lui apprend qu'il est sans le sou. Une garce, pourtant drôlement sympathique sous les traits d'Anne Casabonne.

Contrairement à son personnage, l'actrice adore les enfants, et se sent très à l'aise avec eux. Sur le plateau, ce sont ses complices : «C'est hilarant! On aime s'envoyer chier devant les caméras - mon personnage est assez raide -, mais je les aime tellement», dit-elle, sans cacher son admiration pour les jeunes comédiens.

Suivre sa voie

À cinq ans, Anne voulait suivre l'exemple de Bobinette et recrutait ses cousins pour monter des pièces intitulées Rita la grosse nouille ou, «dans une phase un peu scato», admet la comédienne, La grosse crotte... Bref, le spectacle, dès la petite enfance, l'attirait : «Je me suis rendu compte que quand j'étais en représentation, je pouvais faire plus de niaiseries que dans la vraie vie. Ma mère ne me chicanait pas, et même riait...»

L'adolescence l'a entraînée dans un tourbillon artistique : improvisation, ballet jazz, danse classique, musique - la belle a fait 14 ans de violon et huit ans de piano! Elle a ensuite suivi le programme de bac en théâtre-interprétation à «la prestigieuse Université de l'UQAM», souligne-t-elle avec un brin d'ironie.

Il faut dire qu'à l'époque (1992), les finissants des écoles de théâtre allaient passer des auditions au Quat'sous pour lancer leur carrière et que les étudiants de l'UQAM étaient les seuls à devoir passer une préaudition, «tellement ils pensaient qu'on était mauvais!» se souvient l'actrice. «Le théâtre était bondé, mais lorsqu'ils ont annoncé l'UQAM, il s'est vidé. J'étais découragée», ajoute-t-elle.

Elle entrait alors dans la vingtaine, venait tout juste de perdre sa mère et d'avoir un bébé : «Je lui avais dit que j'allais trouver de l'ouvrage...» dit-elle, se remémorant la pression qu'elle éprouvait alors. Aujourd'hui, elle est encore reconnaissante envers Lucie Robitaille, Murielle La Ferrière et Suzanne Giroux d'être restées dans la salle d'auditions et de lui avoir donné sa chance.

Carrière de contrastes

La jeune femme a connu un début de carrière difficile et a eu à se battre pour faire sa place. Elle se considère tout de même chanceuse dans sa malchance : «Je ne passais pas beaucoup d'auditions, mais chaque fois, j'obtenais le rôle. Ma bonne moyenne au bâton était rassurante», souligne-t-elle.

Elle a décroché son premier rôle payant dans l'émission Les Zigotos. Facile, direz-vous? «C'était très exigeant, on tournait cinq émissions par jour», répond Anne Casabonne.

Des centaines de sketchs au total, plus de mille émissions jeunesse en carrière si on y joint les épisodes de Macaroni tout garni. Une dure école, avec ses moments drôles et sa rigueur, qui lui a permis de vivre de son métier.

La jeune femme est lucide : «Il faut une panoplie de conjectures et de rencontres pour que ça marche, c'est un métier pas évident». La mère en elle est rassurée que son fils n'ait pas du tout la fibre artistique et se soit dirigé vers un tout autre domaine.

En parallèle de sa carrière télévisuelle, Anne s'impliquait dans des projets plus personnels, au théâtre, avec des amis. «Un peu plus théâtreux pis mange-tes-guenilles», pour la citer.

Outre les pièces «autogérées», elle a également fait partie du projet colossal de la metteuse en scène Brigitte Haentjens, Tout comme elle, un monologue signé par la poétesse Louise Dupré porté par les voix de 50 femmes. La pièce avait été présentée à Québec en 2006 au Carrefour de théâtre.

«Une expérience fantastique, c'était vraiment un grand vertige», selon l'artiste, soudain plongée dans ses souvenirs.

Du coeur et de l'ouverture

Qu'elle rigole avec les autres comédiens sur le plateau d'une émission jeunesse ou qu'elle montre ses tripes sur une scène, la jeune femme met tout son coeur et son talent au service des projets dans lesquels elle plonge. «Si l'histoire est bonne, si le projet se tient, peu importe que ça soit drôle ou dramatique, en autant que ça vienne toucher les gens, j'embarque!», lance celle qui trouve «détestables» les personnes qui boudent un genre, sous prétexte qu'il y en a de meilleurs.

Une ouverture d'esprit qu'elle possède également en musique. «J'aime tous les genres, même si ma mère m'a poussée à sui-

vre une formation classique», confie-t-elle. Elle travaille depuis quelque temps sur un album, en collaboration avec Jean-Sébastien Robitaille. «Je prends mon temps, c'est quelque chose qui me tient vraiment à coeur». Elle y chantera surtout en anglais, une question de musicalité et d'émotion pour elle. «Ça sonnera un peu comme du Peter Gabriel ou du Murray Head, en plus vaporeux.»

Anne Casabonne n'a pas fini de nous surprendre... Chose certaine, cette passionnée est sur une lancée.

Les sens d'Anne Casabonne

Quelle odeur te rappelle ton enfance?

La tourtière du Lac-Saint-Jean, la vraie.

Quel est le truc le plus bizarre que tu aies mangé?

De la cervelle... Dé-gueu-lasse! Mon professeur me faisait dîner le vendredi et me cuisinait toujours des trucs étranges, comme des rognons.

 

Comment écoutes-tu de la musique?

Une toune à la fois, qui joue en boucle. Mon chum est pareil, alors ça ne le dérange pas... Il faut juste aimer les mêmes choses en même temps.

Quel tissu aimes-tu sentir sur ta peau?

Un bon vieux chandail de laine, doux et chaud.

Quel pays aimerais-tu voir?

L'Islande, parce qu'on y rencontre toutes les forces de la nature en même temps : les déserts, la mer, les geysers, les glaciers...

Où te vois-tu professionnellement dans 20 ans?

J'espère être toujours là. Il y en a tellement qui disparaissent...

 

 

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