«Pierre Karl et moi, on se connaît depuis le début des années 90. C'est quelqu'un que je respecte beaucoup, mais je ne partage évidemment pas ses vues sur le financement de la télévision publique», nous a dit Hubert Lacroix, en rencontre éditoriale au Soleil, jeudi après-midi.
Pierre Karl Péladeau pourfend Radio-Canada d'avoir mis sur pied le site Web Tou.tv, «sans consultation aucune de l'industrie», et reproche à la société d'État de diffuser des émissions américaines comme Beautés désespérées. «Les productions américaines ne représentent que 3 % du budget de programmation de Radio-Canada», rétorque Hubert Lacroix.
À propos de la décision controversée de diffuser les quiz The Wheel of Fortune et Jeopardy! en début de soirée à CBC, il affirme s'en servir comme locomotive pour augmenter l'auditoire des émissions canadiennes qui occupent l'antenne le reste de la soirée. «On n'a jamais eu de résultats comme cette année, c'est la preuve que la stratégie fonctionne.»
M. Lacroix dit n'avoir aucun problème à ce qu'on lance une consultation sur le mandat de CBC/Radio-Canada. «C'est la première chose que j'ai demandée au ministre du Patrimoine, James Moore, mais il a répondu que ce n'était pas dans les priorités.» Quant à «tous les subterfuges imaginables pour se soustraire à la pleine application de la Loi sur l'accès à l'information» dont parle M. Péladeau dans sa lettre, M. Lacroix répond avoir mis au contraire «beaucoup de ressources pour répondre à toutes les demandes».
«L'an prochain, nous devrons rendre publiques nos informations financières, et j'ai vraiment hâte que ça se produise», ajoute-t-il.
M. Lacroix n'a pas digéré la décision du CRTC de permettre aux télévisions généralistes privées d'avoir accès aux redevances des distributeurs de câble et de satellite, et d'en exclure la société d'État. En permettant aux privées de négocier directement avec les distributeurs, le CRTC leur permet aussi de retirer leur signal en cas de mésentente, comme cette station américaine qui a tiré la plogue durant les Oscars. Ce privilège étant refusé à Radio-Canada, le CRTC a tout simplement exclu la société d'État de ce nouveau régime.
«C'est une excuse absolument farfelue qui m'a vraiment fait sursauter, affirme Hubert Lacroix. Jamais nous n'aurions demandé à obtenir le privilège de retirer notre signal.» Il aurait souhaité que le CRTC tranche lui-même au lieu de laisser négocier les diffuseurs. «Forcer un arbitrage, ça t'oblige à être raisonnable», croit-il.
M. Lacroix ne prévoit pas de coupes de postes à court terme à Radio-Canada. «Ça remet en jeu notre financement à long terme», plaide-t-il, déplorant du même coup que les généralistes n'auront probablement plus accès au Fonds pour l'amélioration de la programmation locale avec la décision sur les redevances. L'arrivée du nouveau Fonds des médias, qui privilégie les émissions populaires, inquiète aussi le pdg.
Par ailleurs, Hubert Lacroix refuse de se prononcer sur la rumeur voulant que Le téléjournal de 22h à Radio-Canada soit raccourci et suivi d'un nouveau talk-show. Sur l'obtention éventuelle des droits de diffusion des Jeux olympiques de 2014 et de 2016, il croit que la chose n'est pas impossible, convaincu que leurs coûts seront revus à la baisse, NBC ayant perdu de l'argent après la diffusion des Jeux de Vancouver.
La station de Rimouski en suspens
Rien n'est encore fixé quant au retour d'une station de la télévision de Radio-Canada à Rimouski, tel qu'annoncé il y a deux semaines. Même si le diffuseur détient une licence d'exploitation du CRTC, il faudra convaincre Bell Télé de retransmettre le signal de la station régionale. «Si 35 % de la population qu'on couvre ne reçoit pas notre signal, on ne le fera pas», affirme Hubert Lacroix. Un modèle financier devra être approuvé à la fin du printemps par le conseil d'administration pour donner suite au projet.





















