Assortie d'une bourse de 4000 $, la distinction lui a été remise hier par le maire de Québec, Régis Labeaume, après lecture publique du texte, en clôture des Impressions d'ici du Périscope.
Jamais cet événement annuel de lectures n'aura paru aussi varié dans ses thèmes et tons. La pièce du lauréat traite du suicide d'un jeune homme par la voix de son amoureuse.
Par fragments du journal personnel de la survivante et reconstitution de scènes annonciatrices de la tragédie, ce texte poétique et d'une poignante révolte met des mots sur l'insoutenable, ouvre un dialogue d'une brûlante vérité avec l'envers du vivant en préalable à la guérison. Prêt pour la production.
Le Voyage, Mata Hari et le Pari
Comment je suis devenue une touriste, de Jean-Philippe Ledoux, expose d'autre part le débat intérieur d'une jeune serveuse ébranlée par l'arrivée d'un colis en provenance des États-Unis dont elle connaît bien le contenu... D'entrée, son moi rebelle mais indécis discute avec son surmoi engagé dans de grandes causes... Puis la résistante nous entraîne dans le voyage qu'elle a fait jadis chez nos voisins du Sud, épiée à distance par un photographe, pestant contre la «dysneylandisation» du monde et le troupeau des amis et parents qu'elle a fui... Un humour sarcastique et une imagination libre racontent ici une quête qui cache habilement son nom, l'amour.
La même quête transite par le mythe de Mata Hari dans Le jour à travers le corps, d'Annie LaRochelle. Il y a là double enquête et double traversée du miroir. Éblouie par son reflet, Mata Hari se compromet et meurt devant le peloton d'exécution. Des décennies plus tard, une jeune femme, son émule au moral, tue un historien de l'art spécialiste de la fameuse espionne. À l'inverse de Mata Hari, la jeune femme est ramenée de l'envers du miroir par l'amour de l'enquêteur assigné à son cas. Le texte est assiégeant, touchant et empreint de sacré.
Dans Le plan de Nancie Cameron, deux hommes se toisent sur le toit d'un gratte-ciel dans l'attente de l'hélicoptère qui les emportera aux Bahamas. Il s'agit de l'allégorie réussie d'un capitalisme vidé de toutes balises morales. Sur le mode de la farce macabre, la vie y est déclinée aux extrêmes de son poids marchand. Le duel est d'autant plus cinglant qu'il se barbouille de faux scrupules et que c'est le plus vicieux qui gagne...













