L'asile de la pureté: Frenette en assoiffé d'absolu d'ici

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Jean St-Hilaire
Le Soleil

(Québec) Après le jeune révolutionnaire Hugo dans Les mains sales, l'intransigeant Ivar Kareno dans Aux portes du royaume et l'intempestif bretteur Cyrano de Bergerac, Hugues Frenette défend une fois de plus au Trident un assoiffé d'absolu. Il participe mardi au baptême du théâtre de Claude Gauvreau sur cette scène; il jouera Donatien Marcassilar, alter ego de l'auteur dans L'asile de la pureté.

Écrite en 1953, créée à l'École nationale de théâtre 35 ans plus tard, puis sur une scène professionnelle en 2004, au TNM, dans la mise en scène de Lorraine Pintal (Marc Béland était Marcassilar), L'asile de la pureté est de source autobiographique (voir le texte accompagnant cet article).

Pour défendre la mémoire de sa muse qui vient de se suicider, le poète Marcassilar entreprend un jeûne, résolu à le mener jusqu'à l'inanition dernière. Se presse à son chevet une faune qui l'encourage dans son projet ou cherche à l'en dissuader. Les forces du malheureux déclinant, cette grappe humaine est infiltrée par le surréel : Marcassilar converse avec sa muse disparue, Édith Luel; Cyrano de Bergerac et un Don Quichotte repenti le visitent...

La pièce traite des faux-semblants, de la manipulation et de la lâcheté, du prix à payer pour défendre ses idéaux et ses rêves.

Évidemment, Hugues Frenette n'a pas connu le Québec dans lequel Gauvreau a trempé sa plume. Il a 35 ans, son père même n'avait que huit ans quand l'auteur a commis sa pièce. «Sans avoir toute notion de l'histoire de l'époque, je considère Gauvreau comme un pionnier, comme un kamikaze de la pensée, avance l'acteur. Peut-être aujourd'hui n'aurait-il pas licence d'écrire ce qu'il a écrit. Nos codes culturels et sociaux diffèrent de son époque, nos barrières sont plus subtiles. Mais il reste qu'avec Gauvreau, on peut se demander pourquoi l'offre culturelle reste aussi conformiste. Pourquoi en notre ère du loisir, le théâtre, par exemple, dispose de décors de plus en plus minces, d'artistes de moins en moins bien payés, de moins en moins de moyens pour se réaliser? C'est aberrant de toujours devoir justifier ses décisions artistiques par l'économique!»

Frenette affirme qu'à 56 ans de nous, L'asile de la pureté parle encore fort à qui veut entendre : «On ne la monte pas pour son intérêt historique, mais pour sa pertinence à l'actualité.» Il souligne qu'au-delà du jeûne et de sa métaphore, le metteur en scène Martin Faucher «nous amène à une recherche d'authenticité et d'idéal».

CARNAVAL

Il n'en est pas à un paradoxe près, ce jeune homme qui se laisse dépérir sous motif avoué de fidélité au souvenir de sa muse, et motif moins affiché de soif de notoriété. Car pour Hugues Frenette, Marcassilar «veut être reconnu socialement».

«Il va vers la mort, ajoute-t-il, mais plus les jours avancent, plus il s'interroge sur la finalité de sa décision et plus son entourage désespère de lui donner un sens. Son but, c'est la pureté. Quelle pureté? Gauvreau n'a pas de réponse à ça. Ou peut-être donne-t-il une piste de réponse dans son poème «exploréen» (langue inventée) à Édith. Peut-être le salut est-il dans la liberté totale d'inventer...»

Mais dans son délire, le poète vacille : il espère que Jeanne Rameau viendra...

«Ce personnage est l'antithèse de ce que Marcassilar défend, dit l'acteur, il est la tentation de la facilité. C'est un monstre à la féminité de pacotille. C'est d'ailleurs Frédérick Bouffard, un gars de 6'4'' qui le joue! Jusqu'à la fin, Donatien la trouve belle.»

En fait, Frenette le juge plutôt pathétique, le Donatien. Il con­state qu'«il ne jeûne pas pour changer les choses, mais pour mourir». La critique sociale, elle vient par les défauts et qualités de ceux qui le veillent, constate-t-il. Ce sont des archétypes qui invitent à une grande liberté dans le portrait. Acteurs et concepteurs ne s'en privent pas apparemment. Ils avaient du reste «le carnaval du mauvais goût» pour thème de travail.

L'acteur Frenette ponce son rôle. Son défi premier n'est pas mince : Marcassilar doit décrocher de la quotidienneté dans l'absolu et vice-versa comme si de rien n'était.

Bertrand Alain, Marie-Josée Bastien, Normand Bissonnette, Éva Daigle, Steve Gagnon, Véronika Makdissi-Warren, Jean-

Sébastien Ouellette, Klervi Thienpont, Marjorie Vaillancourt et Réjean Vallée complètent la distribution. Scénographie de Vano Hotton, costumes de Virginie Leclerc, éclairages de Sonoyo Nishikawa, musique de Marc Vallée et maquillages d'Élène Pearson. À l'affiche jusqu'au 28 mars. Réservations au 418 643-8131.

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