La folle journée de Normand Chouinard

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La <i>folle journée</i> de Normand Chouinard

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Le metteur en scène Normand Chouinard

Le Soleil, Erick Labbé

Jean St-Hilaire
Le Soleil

(Québec) Tout jeune déjà, Normand Chouinard souscrivait à la passion de son père pour Mozart, en particulier pour son opéra-bouffe Les noces de Figaro. Puces dans l'oreille, les airs effervescents du génie heureux ne l'ont jamais quitté et il coulait de source qu'il s'intéresserait de près un jour au matériau d'origine du régal mozartien.

À la salle Albert-Rousseau, demain, et à la salle Desjardins TELUS de Rimouski, le samedi 14, le Théâtre du Nouveau Monde présente Le mariage de Figaro, de Pierre-Auguste Caron de Beaumarchais (1732-1799). Chouinard a réglé la mise en scène de cette production de janvier dernier. Emmanuel Bilodeau en défend le rôle-titre.Intercesseur du comte Almaviva auprès de la belle Rosine dans Le barbier de Séville, précédent succès de Beaumarchais, Figaro vit un cruel dilemme dans Le mariage... Arrachée aux prétentions de son tuteur, le vieux Bartholo, Rosine est devenue comtesse d'Almaviva, mais trois ans de mariage ont refroidi la flamme du comte. Celui-ci reluque maintenant la chambrière de Rosine, Suzanne, que Figaro doit épouser au soir. La pièce relate cette folle journée (sous-titre de l'oeuvre) où Figaro, valet du comte, cherche, avec le concours indispensable de la comtesse et de Suzanne, à empêcher le comte de se prévaloir de la coutume inique du droit de cuissage.

La pièce a été créée deux ans avant l'opéra, en 1784, après report. Elle a fait scandale. C'est que la Révolution de 1789 point. Par ses actes, Figaro ne remet pas en cause l'ordre établi, il cherche simplement à améliorer son sort, mais il reste qu'il souffle un fort vent de liberté dans Le mariage...

L'introspectif

À l'instar de nombre d'analystes, Normand Chouinard voit dans le rusé valet Figaro un alter ego de l'auteur. Inventeur, maître de musique des filles de Louis XV, premier éditeur des oeuvres complètes de Voltaire, fondateur de la Société des auteurs (l'actuelle Société des auteurs compositeurs SACD), Beaumarchais est un homme des Lumières, mais il a aussi mené une existence de Rocambole. Il a été trafiquant d'armes auprès des révolutionnaires américains et espion. Converti à la République, il n'en a pas moins frôlé la guillotine.

«Il passe du valet roublard dans Le barbier... à l'introspectif dans Le mariage..., note notre metteur en scène. Au début du Ve acte, il est sûr que sa Suzon va le tromper. Il explique lui-même qu'il a perdu ses moyens. D'ailleurs, ce sont les femmes qui mènent l'action dans cette pièce.» Liberté, fraternité, égalité!... hurlera-t-on dans cinq ans. Les liens entre Suzanne et la comtesse ne sont pas tant hiérarchiques qu'affectifs; ils forment un duo de confidentes, ce sont des amies.

Chouinard dit avoir confié le rôle de Figaro à Emmanuel Bilodeau à cause de son «oeil intelligent», mais non dénué de cette fragilité qui assaille Figaro comme on court au dénouement.

Il a inséré à sa proposition un personnage important que ne pouvait évoquer Beaumarchais. C'est un rôdeur. Par ailleurs musicien, Wolfie Mozart en personne, qui s'enivre du champagne visuel et sonore de cette délirante journée. Yves Morin le joue. «C'est avec lui que j'ai répété le plus, il est là de bout en bout», dit Chouinard.

Faut-il rappeler que Normand Chouinard appartient à la fraternité des anciens de Québec? À 11-12 ans, à une classe d'animation théâtrale d'été, il s'entend dire par Jean Guy : «Il faut que tu penses à devenir comédien.» Il reçoit ensuite l'enseignement de Marc Doré, à l'Académie de Québec; joue bientôt chez les Treize, puis fond chez les pros. Il y tient cinq rôles l'année où il entre au Conservatoire d'art dramatique de Québec! Promu en 1974, il s'est aussi fait avocat entretemps. En 1975, au Théâtre du Vieux-Québec, il joue dans Le club Frank Éros Robidoux, après quoi il gagne Montréal.

Gauvreau, Molière, Goldoni, Beckett et Shakespeare sont quelques-uns des nombreux auteurs qui l'attendent là-bas. Il dirigera aussi le conservatoire de l'endroit, puis mettra de plus en plus en scène, Feydeau et Jarry, entre autres.

Estrien depuis deux ans, il s'intègre à la production locale. Il prépare une pièce pour ados au Petit Théâtre. Et cet été, il montera aux Tournesols de Cowansville Vive la mariée!, de Julie Daoust et Hugo Turgeon, des anciens du Conservatoire de Québec. Sa vieille complice Pauline Martin et le fils de cette dernière, Benoît Mauffette, seront de l'équipée. Violette Chauveau, Normand D'Amour, Roger La Rue, Éric Paulhus, Gilles Renaud, Louise Turcot et huit autres comédiens complètent la distribution. La salle Albert-Rousseau reçoit les réservations au 418 659-6710 ou au 1 877 659-6710, Spec'Art de Rimouski au 418 724-0800.

 

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