À l'autre extrémité de l'autobus, Diane Garneau se glisse dans les souliers d'Honorine, la mère de Fanny désirant soutirer des informations au postier coincé sous le sceau du secret professionnel.
Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve
«La première fois, j'étais mort de peur», confie Jack Robitaille, un vétéran de la Journée mondiale du théâtre. Entrer dans la bulle des gens pour leur imposer une performance est angoissant autant sur le plan technique que sur le plan relationnel. Les gens vont-ils être dérangés par l'incursion de deux comédiens venus briser leur bulle matinale? Est-ce que la voix du comédien sera trop forte pour celui qui sera près et trop faible pour celui qui sera loin?», se demande Diane Garneau.
À 7h15, le duo Robitaille-Garneau monte à bord du 272 en direction du Grand Théâtre. «Mesdames, Messieurs, bonjour!» lance le comédien sur un ton enjoué qui a tôt fait de réveiller les voyageurs assoupis.
«Nous vous présentons un extrait de Fanny, un texte de Marcel Pagnol», ajoute celui qui se met derechef dans le rôle du «faqueteur» au fort accent marseillais. À l'autre extrémité de l'autobus, Diane Garneau se glisse dans les souliers d'Honorine, la mère de Fanny désirant soutirer des informations au postier coincé sous le sceau du secret professionnel.
Se lançant la réplique d'un bout à l'autre du véhicule, les comédiens jouent «à la bonne franquette», leur texte à la main. S'accrochant pour ne pas tomber lors d'un virage abrupt ou se déplaçant pour laisser passer un passager, le duo s'active sans prétention, aucune. «On est là pour s'amuser, entrer en contact avec les gens, explique M. Robitaille. Pour une fois, ce ne sont pas eux qui viennent à notre rencontre, c'est nous qui allons les voir!»
Dès lors, la rencontre est un peu timide. Pendant que certains n'osent pas se retourner, d'autres sourient discrètement derrière leur foulard. Chose certaine, personne ne reste indifférent aux propos cocasses de la dyade et nul de se retient de l'applaudir chaudement à la toute fin. «C'est très drôle. Ça fait du bien, dit une passagère en route vers le boulot. Mes collègues vont être jaloux!»
Il est 8h35, le troisième voyage vient d'être complété. Le duo descend du véhicule déserté par les travailleurs. «C'était bien! On a bien rigolé», se réjouit celle qui donnait autrefois la réplique à Félix par Ciboulette, la petite chatte.
L'activité qui s'est déroulée dans plusieurs autobus du RTC et sur les traversiers hier matin aura peut-être un effet sur la fréquentation des théâtres. Peut-être une goutte d'eau, mais elle vaut le coup, précise Mme Garneau. C'est du moins ce que témoigne Lucie Blouin, de Val-Bélair. Elle ne va pas au théâtre, mais pourrait bien y aller maintenant qu'elle vu ce que les comédiens de Québec pouvaient faire. «Je vais regarder la programmation», se promet-elle.
Après l'activité d'animation dans le transport en commun, les comédiens, intervenants du milieu théâtral et le public se sont réunis au Grand Théâtre de Québec pour entendre le message international de l'UNESCO soulignant la Journée mondiale du théâtre. Lu partout à travers le monde, le texte du dramaturge et metteur en scène brésilien Augusto Boal a été livré par les deux porte-paroles de la Journée à Québec : le dramaturge et écrivain André Ricard et la comédienne de la relève Édith Patenaude. Célébrée dans plus d'une centaine de pays depuis 1962, la Journée mondiale du théâtre est l'occasion pour les artistes de la scène de partager avec leur public une certaine vision de leur art et la façon dont il peut contribuer à la compréhension et à la paix entre les peuples.












