S'inspirant de la Nuit blanche parisienne, la directrice artistique du Carrefour, Marie Gignac, a mandaté Frédéric Dubois et ses complices pour mettre sur pied cet imposant spectacle, qui sera offert gratuitement les 28, 29 et 30 mai. Où tu vas quand tu dors en marchant...? est composé de six stations, où près de 200 artistes amèneront le théâtre loin du milieu contrôlé des planches et instaureront une rare proximité entre interprètes et spectateurs. Dans ce contexte, l'imprévu est bienvenu, avec la dose d'humour, de surprise, voire de magie qu'il implique. «C'est comme un blind date, illustre Dubois. On se met tout beau, on s'arrange pour que tout fonctionne, mais il y a une part du travail qu'on ne contrôle pas. Ça fait partie du côté happening de tout ça.»
Chaque tableau de chaque halte durera de 10 à 20 minutes et sera livré en boucle entre 21h et 23h. On pourra visiter les lieux dans l'ordre qu'on préfère, or il est recommandé de débuter par les Jardins secrets, en haute-ville, et de terminer sur le parvis de l'église Saint-Roch ? l'ordre que nous vous proposons ici, dans cet avant-goût commenté par les concepteurs.
Jardins Secrets - Parc Lucien-Borne
Lorsque Frédéric Dubois a approché Véronique Côté pour qu'elle mette sa griffe dans le parcours, il souhaitait que sa collègue élabore une station où chaque spectateur serait associé à un comédien, avec lequel il cheminerait. Comme la thématique de la nuit est au coeur du projet, Véronique est arrivée assez rapidement avec l'idée d'une histoire qui serait racontée dans un lit. Ne restait qu'à trouver le contenu. Inspirée par le site Web www.postsecret.com, la conceptrice a demandé au public de lui envoyer des confidences de façon anonyme (on peut en lire près de 250 au www.carrefourtheatre.qc.ca) qui lui ont servi, ainsi qu'à son co-auteur, Steve Gagnon, pour écrire 35?courts récits. Ceux-ci seront interprétés par autant de comédiens dans le parc Lucien-Borne, qui deviendra un immense dortoir avec un fond musical assuré par le trio Who Are You. «C'est quand le théâtre sort des salles qu'il prend tout son sens, juge Véronique Côté. On pourra voir que la réalité est souvent plus étonnante que ce qu'on peut imaginer.»
Apparitions - Parc Notre-Dame-de-Grâce
Les secrets qui ont alimenté la première station trouveront écho dans le parc Notre-Dame-de-Grâce. Constatant qu'ils étaient souvent associés aux péchés capitaux, Claudie Gagnon a décidé de proposer sept tableaux vivants leur correspondant. L'artiste multidisciplinaire rêvait par ailleurs d'investir le parc pour en faire une forêt de contes. Elle y a donc glissé, çà et là, des références à des personnages tel Pinocchio. Enfin, à la source même de son travail est la notion d'apparition, car c'est dans ce lieu qu'en 1967 un citoyen de la ville aurait aperçu la Vierge. «C'est comme si la lumière s'allumait sur quelque chose qu'on ne devrait pas voir, illustre Claudie. Les gens suivront cette lumière et découvriront le parc habité par une vingtaine de personnages affreux et grotesques; très caricaturaux.» La conceptrice a voulu habiter les lieux au maximum, délaissant les décors au profit des costumes et des accessoires. Des interventions sonores signées Frédéric Lebrasseur et assurées par six musiciens seront au programme.
Dormance mécanique - Boul. Langelier
Ces jours-ci, l'appartement de Pascal Robitaille regorge d'une multitude d'inventions de son cru. Ses machines «lo-fi», faites à partir de moteurs d'essuie-glaces ou de pompes d'aquarium, attendent toutes patiemment d'habiter l'allée centrale du boulevard Langelier. Dans cette station, les acteurs disparaissent au profit d'une mécanique baroque. «Je ne me voyais pas diriger des comédiens, explique Robitaille. Je ne suis pas metteur en scène. Ces inventions, c'est une démarche que j'ai en parallèle de mon travail de musicien et de concepteur sonore. J'ai toujours aimé patenter des choses...» Les engins de Robitaille illustreront, de façon poétique et humoristique, les étapes de l'endormissement. D'abord le crépuscule, avec 50 machines recréant le chant des grenouilles, puis l'acouphène, avec 18 tourne-disques sur lesquels reposent des verres, dégageant des sons stridents. Viennent ensuite une quinzaine de «ronflettes», qui simulent le sommeil profond et, enfin, une dernière section où Robitaille interprétera, en trio, du folklore roumain.
Avancez en arrière ? en autobus
Embarquement : coin Charest et Langelier
Frédéric Dubois ne fait pas que piloter Où tu vas quand tu dors en marchant...?, il est également concepteur d'une des haltes les plus mystérieuses : Avancez en arrière. C'est à un tour guidé de Québec, sous le signe de l'insolite, qu'il convie les gens. Les curieux monteront dans un autobus pour une destination inconnue. En chemin, ils verront, le temps d'un flash, des individus dans des contextes et des rôles singuliers, le tout magnifié par des éclairages. Un guide se chargera de leur décrire le paysage et les attractions qui parsèmeront leur route. «Ce sont les lieux et des sensations qu'on voulait mettre de l'avant, affirme Dubois. [...] Ce sera comme au Parc Safari : on passe et on découvre des choses qui apparaissent.» Plutôt que de créer à partir d'un texte, ce qu'ils ont l'habitude de faire, le metteur en scène et sa complice Yasmina Giguère ont élaboré une histoire à partir d'images et de silhouettes, après avoir fait beaucoup de repérage dans la ville.
Noctambleu - rue Saint-Joseph
Durant les trois jours du parcours théâtral, le quartier Saint-Roch aura son red light district, comme à Amsterdam. Le rouge sera toutefois troqué pour le bleu et ce ne seront pas des prostituées, mais différents tabous sociaux ou faits cocasses qui logeront dans les vitrines. Onze comédiens égaieront ainsi une vingtaine de commerces de la rue Saint-Joseph, entre Caron et Dorchester. «Ça aura l'allure d'une expo», précise le scénographe Sébastien Dionne. «C'est comme si les vitrines prenaient vie le soir. Chacune aura un sous-titre explicatif; certaines auront des performances, d'autres des installations visuelles. La plupart seront coupées de l'extérieur, car les commerces seront fermés à cette heure-là, mais il y aura de l'interaction avec le public.» Ici, les gens qui voudront partager un secret pourront le faire en temps réel : une espèce de confessionnal, situé à une extrémité de la rue et doté d'un microphone émettra un signal transmis dans une cabine, installée à l'autre extrémité. Pour l'occasion, cette portion de la rue sera piétonnière.
La Noce ? Parvis de l'Église Saint-Roch
Dans l'imaginaire du chorégraphe Harold Rhéaume, qui vient d'une famille nombreuse, l'église est principalement associée au mariage. Aussi, quand est venu le temps pour lui d'occuper le secteur situé devant l'église Saint-Roch, il a aussitôt songé à présenter un tableau évoquant une noce. Les curieux qui arriveront à cette station verront 16 danseurs sortir de l'immeuble et célébrer une nouvelle union avec un numéro de music-hall, style que Rhéaume a peu exploité. «C'est ce qui se prêtait le mieux au contexte et à l'espace que nous avons, indique-t-il. Il y aura quand même du vocabulaire de la danse contemporaine, mais le côté divertissement sera plus présent.» Les danseurs présenteront leur numéro à l'amphithéâtre naturel que constitue le parvis de l'église, après quoi ils iront vers la foule, afin de se lancer dans un continental auquel tout le monde pourra participer. Un bar sera installé, dos au mur de l'hôtel PUR, pour s'assurer de garder les passants sur place et pour installer un climat propice à la fête.












