Écrite pour le TBSM, la pièce joue sur le comique de la confrontation de gens très contrastés, ce à quoi se prête une petite famille rangée appâtée par l'argent, beaucoup d'argent. Le texte se remarque surtout par la caractérisation réussie du personnage-
titre dont l'esprit sans-gêne suscite des dialogues pétillants et pleins de verdeur.
Même si on rit ferme au spectacle des mots et des caprices de Germaine, le spectacle mis en scène par Michel Poirier cherche encore son souffle par moment. Peut-être parce que la chronique des souvenirs d'une adolescente qui le fonde reste en demi-teinte. Le prologue passé, la jeune Sophie ne s'adresse au public que deux fois. Le vécu l'emporte sur l'évoqué, ce qui n'est pas mal en soi, mais on en oublie un peu, tout de même, que cette étonnante histoire sort de la tête sans doute imaginative de la petite. Il faut dire aussi que jeudi, les conditions de représentation ont pu fausser notre perception du rythme. Un violent orage a sévi au début de la seconde partie, on en perdait presque les voix. Une panne de courant a causé une interruption, heureusement de courte durée. Mais ce serait bouder son plaisir que de trop prêter foi à ces réserves, la couleur ne manque ni à l'oeil ni à l'oreille.
Tout bascule dans la maisonnée de Thomas et d'Évelyne le jour où le couple recueille Gin (Germaine), une vieille cousine obscure mais riche, que la mort d'un énième mari ramène de Las Vegas à son Québec natal. Danielle Proulx compose de son art tout en assurance et justesse cette jeune octogénaire mythomane et au style tapageur, charmeuse tout en se révélant un redoutable moulin à sarcasmes, qui traite la petite du logis comme une demeurée et impose son portrait à la Warhol à ses hôtes. L'actrice a traduit le texte. Très bien du reste. Elle émaille les répliques de son personnage de franco-américaine de courtes locutions anglaises, ce qui le rend d'autant plus crédible.
En fait, Gin est un concentré de nos vieilles perceptions boursouflées de la parente partie chercher aventures et fortune aux États. Et avec elle, c'est une tornade qui s'est engouffrée dans la demeure fidéenne de notre couple. En deuxième partie, du reste, le décor accuse bien son emprise complète sur les lieux, envahi qu'il est par le kitsch. Et en une manière de Pygmalion à l'envers, la vieille dame indigne, qui a désormais Sophie dans sa manche, initie cette jeune fille sage et studieuse aux plaisirs des sorties et de la culture pop.
Jeu sympathique
Émilie St-Germain interprète Sophie. La jeune comédienne a été gagnée par la nervosité une couple de fois jeudi. Elle doit croire en ses moyens, car elle bouge bien, elle a une belle présence et son jeu est très sympathique.
Corinne Chevarier et Éric Cabana prêtent l'équilibre de mise au couple «sinistré» par la tornade Gin, tandis qu'en prétendant de Gin, Michel Poirier compose un gus délicieusement folklorique, élégant comme tout dans ses pantalons ceints en haut du nombril, et plus risible encore dans sa métamorphose de la scène finale.
D'ailleurs, soulignons le punch scénique des deux apparitions qui ponctuent la pièce. La première, assez étonnante, vient casser l'image de grabataire qu'on a cru accueillir en Gin, tandis que l'autre marque la réalisation loufoque d'un de ses grands fantasmes. Soulignons en terminant l'à-propos du visuel de ce spectacle, des accessoires et des colorés costumes de la très extrovertie Gin surtout.
La cousine Germaine, texte de Carl Ritchie. Traduction de Danielle Proulx. Mise en scène de Michel Poirier. Avec Émilie St-Germain, Corinne Chevarier, Éric Cabana, Danielle Proulx et Michel Poirier. Décor et accessoires de Vanessa Cadrin, costumes de Catherine Gauthier, perruques et coiffures de Martin Alarie, éclairages de Lucie Bazzo, chorégraphies de Jocelyn Coutu et bande sonore de Michel Poirier. Une production vue jeudi, au Théâtre Beaumont Saint-Michel. À l'affiche du mardi au samedi, tout l'été. Réservation au 418 (1 866) 884-3344











