Accepté aux conservatoires de Montréal et de Québec, il opte pour ce dernier «parce que c'est plus proche de Rimouski», et il en sort comédien en 1989. Et déjà entrepreneur de théâtre car, à sa dernière année de formation, avec d'autres jeunes de sa cohorte, il a fondé le Théâtre Azimuth et vécu deux ans l'aventure de la création théâtrale avec des enfants inuits du nord du Québec.
Azimuth n'est que sa deuxième entreprise. À 15 ans, il menait sa petite affaire de location de téléviseurs à l'hôpital de Rimouski. Mais ça, c'est de l'histoire ancienne; sa faim de gestion, il l'assouvirait dé-sormais en art. Il assume depuis 2004 la direction artistique du Théâtre du Gros Mécano (jeunes publics), après l'avoir partagée trois ans avec André Lachance. Il la cumule depuis mars avec une autre direction artistique, celle du Théâtre la Fenière.
À la vieille grange-théâtre lorettaine, Carol Cassistat forme tandem avec Fabien L'Heureux, directeur de l'administration et notaire de son état. Celui-ci a exercé des fonctions identiques à Montréal, ces dernières années, au Théâtre de Quat'Sous. Il y a notamment mené à bien le projet de la nouvelle salle, ce qui fait dire à Cassistat que son collègue «quit-te un bureau à l'équerre pour le bureau penché de la maison des comédiens de la Fenière!» Originaire de Loretteville, L'Heureux rentre pour ainsi dire à la maison.
Spectacles de qualité
Carol Cassistat a brigué la direction de la Fenière sur la conviction que le milieu théâtral de Québec ne peut faire l'économie de cette scène, une des doyennes du Québec à sa 52e saison. Il s'y installe après l'épisode tumultueux de l'évincement de ses animateurs depuis 21 ans, Yvon Sanche et Maryelle Kirouac.
En 20 ans, l'acteur a défendu une trentaine de rôles à la Fenière. Le couple était et reste de ses amis les plus chers. Il dit l'avoir consulté avant de prendre les rênes du théâtre. «Je défendrai toujours que la Fenière doit beaucoup à Maryelle et à Yvon», lance-t-il.
Rappelant n'avoir rien eu à voir avec la phase de redressement, il dit : «Je suis là parce qu'il fallait agir. Ma tâche est d'accompagner les choses vers l'avenir en gardant un équilibre entre la tradition et les nouvelles générations. Je connais la Fenière, je connais le public de Québec et je crois pouvoir lui présenter des spectacles de qualité dans le respect du mandat actuel de la Fenière, ce qui veut dire rester ouvert aux auteurs québécois sans se fermer aux auteurs étrangers.»
Retard
Pour sa première saison, Carol Cassistat a programmé la comédie dramatique Grace et Gloria, de Tom Ziegler, et Belle famille, d'Isabelle Hubert. La première pièce court jusqu'au 18, tandis que la seconde tiendra l'affiche du 28 juillet au 19 septembre.
«Très satisfait du résultat artistique» de sa première pièce, l'artiste l'est beaucoup moins de l'affluence aux guichets. Le taux d'occupation était de 40 % voici une semaine.
«Nous avons eu des problèmes de logistique, explique-t-il. Normalement, la promotion se fait dès l'automne, mais nous n'avons reçu le mandat qu'en mars, on a manqué de temps. En plus, le premier spectacle s'impose plus difficilement à la Fenière. Peut-être commençons-nous trop tôt, c'est à analyser.»
À environ 2000, le nombre des abonnés est en baisse d'environ 400 sur l'an dernier. On dispose forcément d'un «fond de salle» plus petit. Cassistat a bon espoir de redresser la situation. L'autre carte de sa première saison, Belle famille, relève de la comédie pure. «C'est écrit finement et c'est très efficace comme mécanique comique», affir-me-t-il.
Le directeur artistique souhaitait programmer quelques lectures publiques cet automne. Le budget ne l'a pas permis. Mais c'est partie remise. Lui qui pratique cette approche au Gros Mécano y voit l'occasion de sonder les envies de son public et d'alimenter sa propre réflexion «pour les deux ans à venir».
Il n'exclut pas par ailleurs, redressement accompli, de revenir à des saisons de trois spectacles, mais il faudrait alors penser coproduction ou codiffusion pour le troisième. «Nous favoriserions les comédies de compagnies de Québec, je crois que ce serait bon pour la synergie au sein de notre milieu théâtral», dit-il.











